N° 208 | juillet 2020

Obésité et régime méditerranéen

Divers facteurs socio-économiques ont conduit une large part de la population à adopter des habitudes alimentaires de mauvaise qualité nutritionnelle. Même si le Régime Méditerranéen (RM) présente de nombreux avantages pour la prévention de nombreuses pathologies, dont l'obésité, son adoption est supplantée par des modèles alimentaires liés à des changements socioculturels.

Le modèle méditerranéen : quand les preuves parlent

Le RM est l'un des modèles alimentaires les plus efficaces en termes de prévention des maladies liées à l'obésité. Il se caractérise par :

  • une forte consommation de F&L, fruits à coque, céréales complètes et huile d'olive,
  • une consommation modérée de poisson et de volaille,
  • et une faible consommation de sucre, de viande rouge et de produits laitiers.

Pauvre en graisses saturées, riche en graisses mono insaturées et avec un rapport équilibré en acides gras essentiels n-6 / n-3, il fournit une grande quantité de fibres et d'antioxydants. Il est associé à un risque plus faible de mortalité due aux maladies cardiovasculaires, aux maladies coronariennes, à l’obésité, au diabète de type 2 et au syndrome métabolique.
Cette revue identifie les publications sur les stratégies existantes pour accroître l'adhésion au régime méditerranéen et combattre la propagation de l'obésité.

L'obésité en tant que maladie mondiale

L'obésité est due à un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques, menant à un excès d'adiposité. Un mode de vie sédentaire et de mauvaises habitudes alimentaires, associées à une prédisposition génétique y contribuent.
L'IMC moyen et la prévalence de l'obésité ont augmenté dans le monde entier chez les enfants et les adolescents de 1975 à 2016. Une transition vers la consommation d’aliments de mauvaise qualité nutritionnelle peut entraîner une prise de poids chez cette population qui augmente les risques d'hypertension artérielle, d’insulino-résistance, de dyslipidémie, de stéatose hépatique, d’apnée du sommeil et des complications psychologiques et sociales.

Le choix : régime méditerranéen vs. régimes occidentaux

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les enfants de la région méditerranéenne se détournant du RM ont un poids corporel plus important que leurs homologues suédois, qui dès leur jeune âge s'habituent à un RM composé de plus de poissons et de légumes.
L'adoption du RM a commencé à diminuer entre 1961 et 1965, période marquée par l’industrialisation avec une plus grande disponibilité d'aliments transformés, de viande rouge et de sucre, au détriment des légumes et des céréales. Les femmes travaillant, le temps de préparation des repas s’est réduit et les achats de plats cuisinés sont devenus courants. De nos jours, l'occidentalisation de l'alimentation est particulièrement évidente, en particulier chez les plus jeunes générations.

Les obstacles à suivre le RM

Les principaux freins sont le coût, une incompatibilité avec le goût, les préférences et la croyance que cela prend trop de temps. L’amélioration de la qualité de l’alimentation consiste à inclure des aliments à moindre coût au sein du patrimoine culturel, augmentant la commodité et l'accessibilité des aliments à moindre coût sans sacrifier le goût ni le plaisir.

Stratégies fiscales pour un mode de vie plus sain : fonctionnent-elles ?

Les taxes sur la "malbouffe" pour modifier les choix alimentaires suscitent souvent de vifs débats.
Par exemple, les gouvernements imposent des taxes pour réduire la consommation des boissons sucrées. Pourtant, il n’existe pas de preuve que la fiscalité conduise à une réelle amélioration de la santé de la population.
Même si les sodas ne représentent qu’une petite partie de la "malbouffe", on peut se demander si les taxes sur le sucre ou le sel peuvent vraiment représenter une solution réaliste dans un contexte où le véritable objectif est d'encourager les citoyens à adopter volontairement une alimentation saine.
Ainsi, l’OMS recommande l’utilisation d'incitations financières dans un contexte politique complet et cohérent.

Le rôle de l'industrie des aliments et boissons

L’évaluation de la valeur nutritionnelle des aliments ultratransformés reste difficile par les consommateurs. Ces derniers comptent généralement sur la réputation de la marque pour faire leur choix.
Le gouvernement peut intensifier l’information, la communication et l'éducation des groupes de consommateurs les plus défavorisés notamment pour les sensibiliser et promouvoir leur connaissance sur ces aliments. Le médecin a un rôle à jouer dans la promotion d'une alimentation saine à ses patients. Les enfants sont sensibles
à la persuasion par une publicité intelligente et influencés par la pression des pairs. La publicité concerne principalement les aliments de mauvaise qualité nutritionnelle, ce qui a conduit à la réglementer dans de nombreux pays européens. Cependant, selon l’OMS, les mesures existantes sont insuffisantes.

Choix individuels et actions à mettre en œuvre

L’alimentation, l’activité physique et les modifications de comportement restent les bases de la gestion de l'obésité, avec un ensemble des politiques publiques structurées pour accroître leur diffusion dans un système de différents niveaux d'intervention. Le RM prévient de nombreuses maladies. Encourager les gens à
l’adopter ne sera pas seulement bénéfique pour la santé publique, mais surtout une mesure concrète d'intervention en termes de durabilité économique.

Thierry Gibault
Endocrinologue, Nutritionniste - Paris, France
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