N° 187 | juin 2018

Alimentation, F&L, IMC, inflammation et santé mentale chez les adolescents

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On s’attend à ce que les maladies mentales deviennent l’un des problèmes de santé les plus graves au niveau mondial d’ici 2020. De même, l’obésité et ses complications sont également un fléau international. Les voies physiopathologiques associées aux troubles mentaux et à l’obésité sont identiques et incluent en
particulier une inflammation chronique ¹.

Les personnes ayant davantage de troubles mentaux sont souvent en surpoids ou obèses ². De plus, de nombreuses données montrent que la réponse inflammatoire contribue potentiellement à la physiopathologie de la dépression ³. Plus de 50% des troubles mentaux chez les adultes surviennent avant l’âge de 14 ans (vs 25% avant 24 ans) 4. Ainsi, l’adolescence est une période décisive de changements biologiques significatifs pour l’obésité et la santé mentale.

Des chercheurs australiens ont récemment étudié la relation entre alimentation, adiposité, inflammation et santé mentale chez 843 adolescents de 14 à 17 ans ayant participé à l’étude “the Western Australian Pregnancy (Raine) Cohort Study”.

L’adolescence : une période décisive de changements biologiques

Afin de déterminer les habitudes alimentaires des participants, un questionnaire de fréquence alimentaire a été complété par les parents avec l’aide de leurs enfants.
Deux modèles alimentaires ont ainsi été identifiés :

  • Le modèle alimentaire « Western diet » caractérisé par un apport élevé en viande rouge, plats à emporter, aliments raffinés et pâtisseries ;
  • Le modèle alimentaire « Healthy diet » caractérisé par un apport élevé en fruits et légumes, céréales complètes et poissons.

L’IMC des participants a été mesuré à 14 et 17 ans, et une analyse de sang a été réalisée à 17 ans pour déterminer le taux de marqueurs inflammatoires (leptine et CRP-us).

Pour évaluer leur santé mentale, deux tests ont été utilisés à 14 et 17 ans: un test mesurant la dépression chez les jeunes et un test pour évaluer les problèmes d’internalisation (les comportements affectant le «soi») a et d’externalisation (les comportements affectant aussi des personnes extérieures) chez les adolescents.

Un régime riche en fruits et légumes protège contre l’inflammation

Des modèles d’équations structurelles b ont été utilisés pour tester les hypothèses suivantes :

Hypothèse 1 : Les modèles alimentaires et l’IMC à 14 ans prédisent l’IMC et les marqueurs inflammatoires à l’âge de 17 ans ? OUI

Les résultats chez les adolescents de 14 ans montrent une relation significative entre l’alimentation de type « Western diet » et un IMC élevé. Ce modèle alimentaire à 14 ans est également significativement lié à un IMC et à un niveau de leptine et de CRP-us élevés à 17 ans.

Alors que l’alimentation « Healthy » à 14 ans est significativement liée à un faible IMC et un faible niveau de leptine et CRP-us à 17 ans.

Ainsi, l’IMC à 14 ans permet de prédire l’IMC et le taux de leptine et de CRP-us à 17 ans.

Hypothèse 2 : L’inflammation à l’âge de 17 ans prédit les symptômes dépressifs et les problèmes d’internalisation et d’externalisation : OUI !

L’IMC et la teneur de leptine et de CRP-us à l’âge de 17 ans ont été positivement associés aux symptômes dépressifs et aux problèmes d’internalisation et d’externalisation.

Hypothèse 3 : Une dépression à 14 ans prédit le modèle alimentaire suivi à ce même âge ? NON

Et bien non : les résultats ont montré qu’une dépression survenue à l’âge de 14 ans ne prédit pas le modèle alimentaire suivi à ce même âge. Cette hypothèse est donc à rejeter.

Cependant, le fait d’avoir des troubles de santé mentale à 14 ans constitue un facteur de risque significatif d’avoir des troubles mentaux à 17 ans.

Magnésium, fibres, flavonoïdes et caroténoïdes des F&L réduisent les marqueurs inflammatoires

Les résultats de cette analyse confirment qu’une alimentation saine, notamment riche en F&L, est associée à un taux plus faible d’obésité, d’inflammation et de troubles mentaux chez les adolescents.
Il a d’ailleurs été montré que la présence dans les F&L de certains nutriments tels que le magnésium, les fibres, les flavonoïdes et les caroténoïdes, sont capables de réduire le niveau des marqueurs inflammatoires 5.


a. Type de trouble émotionnel et comportemental qui consiste à intérioriser ses problèmes.
b. Ensemble diversifié de modèles mathématiques, algorithmes informatiques et méthodes statistiques qui font correspondre un réseau de concepts à des données ; souvent utile en sciences sociales en raison de la possibilité qu’elle offre d’analyser des relations entre des construits non perçus (variables latentes) et des variables observables.

 

Basé sur : Oddy WH, et al. Dietary patterns, body mass index and inflammation: Pathways to depression and mental health problems in adolescents. Brain Behav Immun. 2018 Mar; 69:428-439.

Oddy WH, et al. Dietary patterns, body mass index and inflammation: Pathways to depression and mental health problems in adolescents. Brain Behav Immun. 2018 Mar; 69:428-439.
  1. Gans, R.O.B, et al., 2006. Med. Clin. North Am. 90 (4), 573-591.
  2. Warschburger, P., 2005. Int. J. Obesity 29 (2), S127-S129.
  3. Miller, A.H., Raison, C.L., 2016. Nat. Rev. Immunol. 16(1), 22-34.
  4. Kessler, R.C., et al., 2005. Arch. Gen. Psychiatry 62 (6), 593-602.
  5. Galland, L., 2010. Nutr. Clin. Pract. 25(6), 634-640.
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