N° 193 | janvier 2019

Augmenter la production de F&L et de protéines végétales pour une meilleure santé humaine et un système alimentaire durable

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Un jour, le professeur de géographie Evan Fraser et moi-même examinions un graphique montrant la proportion des différents groupes d’aliments à
consommer pour avoir un régime alimentaire sain, conforme au modèle Healthy Eating Plate (HHEP) conçu par l’université de Harvard. Une question
nous est alors venue à l’esprit : existe-t-il une étude qui analyse si la production de fruits et légumes (F&L) est suffisante pour adopter le modèle HHEP
et quelles seraient les conséquences environnementales d’adopter une telle alimentation ?

L’assiette doit être composée à 50 % de F&L

D’après le modèle HHEP, une assiette devrait comporter 50 % de F&L, 25 % de céréales, les 25 % restants étant des protéines, des graisses et des produits laitiers. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO-Food and Agricultural Organization) et le département de l’agriculture des États-Unis (USDA-United States Department of Agriculture) recommandent une consommation d’au moins 2350 kilocalories/personne/jour. D’autres recommandations, comme celles du guide alimentaire canadien (CFG-Canadian Food Guide), suggèrent le nombre de portions nécessaires pour les différents groupes
d’aliments.

La production de F&L est inférieure aux recommandations de consommation

Les données de production étaient disponibles en poids ou en kilocalories. Si nous convertissions ces données en nombre de portions, aurions-nous
une portion suffisante de chaque groupe d’aliments, telle préconisée dans le modèle HHEP ? La réponse a été non.

Pour pouvoir nourrir tous les individus selon le modèle HHEP, l’agriculture mondiale devrait produire 15 portions de F&L par personne et par jour.
Or, d’après les données 2011 de la FAO, 5 portions seulement étaient produites. La production de protéines est également légèrement insuffisante, avec 3 portions quotidiennes par personne au lieu des 5 recommandées dans le modèle HHEP. En revanche, d’autres groupes d’aliments comme les huiles et matières grasses, le sucre, le lait et les céréales étaient largement en surproduction.

Que représenteraient l’occupation des sols et l’impact des émissions de gaz à effet de serre si nous adoptions le modèle alimentaire HHEP ?

Les producteurs agricoles ne cultivent pas suffisamment de F&L pour offrir une alimentation saine à la population mondiale. De plus, la production de protéines devait être augmentée mais cela nécessiterait une surface agricole plus étendue, pour pouvoir nourrir une population croissante.

Si le secteur agricole corrigeait immédiatement ses déséquilibres et modifiait ses priorités en matière de production pour se conformer au modèle HHEP, un nouveau problème émergerait. Cela dégagerait 51 millions d’hectares de terres arables au niveau mondial, mais la surface totale des terres utilisées pour l’agriculture (les pâturages inclus) ferait un bond de 407 millions d’hectares avec pour résultante une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Par conséquent, l’augmentation de la production de F&L doit s’accompagner d’une moindre dépendance à l’élevage, pour que l’approvisionnement alimentaire mondial demeure durable.

Meilleure voie à suivre : une augmentation importante de la production de F&L accompagnée d’un délaissement des protéines animales

Pour explorer la possibilité de ce contexte, nous avons calculé le ratio protéines d’origine animale sur protéines d’origine végétale existant : 84 % des protéines sont d’origine animale contre seulement 16 % de source végétale à l’échelle mondiale. Actuellement 103 millions d’hectares de terres arables et 1092 millions d’hectares de terres à pâturages sont utilisées pour la production des 84 % de protéines animales et environ 36 millions d’hectares de terres arables pour la production des 16 % de protéines végétales.

Par conséquent, pour adopter le modèle HHEP, la meilleure voie serait de coupler une augmentation importante de la production de F&L aux dépends des protéines animales.

Si nous adoptons les proportions de 20 % de protéines de source animale et 80 % de protéines de source végétale, il faudrait une surface de 675 millions d’hectares aujourd’hui et 813 millions d’hectares en 2050 pour produire la totalité des portions de protéines nécessaires, ce qui représente moins que la surface actuellement utilisée pour la production de nos protéines. Afin d’assurer les besoins nutritionnels sans augmenter la surface des terres exploitées par l’agriculture, nous devons à la fois nous orienter vers le modèle HHEP et privilégier les protéines végétales par rapport aux protéines animales.

Krishna Bahadur
Département de géographie, Université de Guelph, CANADA
KC KB, Dias GM, Veeramani A, Swanton CJ, Fraser D, et al. (2018) When too much isn’t enough: Does current food production meet global nutritional needs?. PLOS ONE 13(10): e0205683.
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