N° 166 | juillet 2016

Best Food FITS (Families, Infants, and Toddlers) : Améliorer les menus pour enfants en collaboration avec les restaurants

Améliorer l’alimentation à l’extérieur de la maison pourrait réduire l’obésité infantile

Aux Etats-Unis, environ 32% des enfants âgés de 2 à 19 ans sont en surpoids ou obèses 1. Dans certaines communautés, le taux d’obésité est encore plus élevé. Par exemple, à San Marcos, une ville du Centre Sud du Texas, environ 52% des enfants en CM2, en cinquième et en troisième sont en surpoids ou obèses 2. Les repas consommés à l’extérieur de la maison contribuent à l’obésité infantile : ils incluent souvent des boissons sucrées mais peu de fruits et légumes qui sont à la fois peu caloriques et riches en nutriments bénéfiques. On les retrouve plus fréquemment dans les repas pris à la maison 3. Lorsque nous avons entamé cette étude en 2010, quelques interventions avaient tenté de modifier les menus des restaurants, mais aucune ne s’était intéressée aux menus pour enfants. Nous avons sollicité l’implication volontaire de gérants et de propriétaires de restaurants de San Marcos, Texas, pour améliorer les menus pour enfants en éliminant les boissons sucrées, en ajoutant des fruits et légumes et en remplaçant certains plats principaux à haute densité calorique. En outre, substituer les boissons sucrées par de l’eau peut être une stratégie prometteuse de réduction du risque d’obésité 4.

Histoire de la création de notre marque Best Food FITS

Voici le résumé de notre étude originale publiée en 2014 dans Preventing Chronic Disease. Elle a commencé par la création d’une coalition communautaire, dédiée à combattre l’obésité infantile. La création et le développement de la marque Best Food FITS pour les familles, les nourrissons et les tout-petits avaient été financés par le Programme de Nutrition, d’Activité Physique et de Prévention de l’Obésité du Département de la Santé du Texas. En collaboration avec le Département de Marketing de l’Université du Texas. Nous avions créé un logo et des personnages de légumes attirants pour les enfants, qui ont été ensuite déclinés en T-shirts, menus, autocollants de pare-chocs et autres objets promotionnels (cf. logos « Broccolicious » et « Best Food FITS »).

Contacter les restaurants

Tous les aspects de cette étude avaient été validés au préalable par le comité d’évaluation de l’Université. Nous avons d’abord examiné la liste des établissements de restauration fournie par la ville. Après avoir éliminé les bars et les cafés ne ciblant pas les enfants, nous avons recensés une liste de 135 restaurants. Nous avons recueilli les menus pour enfants des 85 restaurants qui en proposaient. Ces derniers ont ensuite été décomposés en plat principal, fruits, légumes, autres accompagnements, desserts et boissons et chaque élément a été classifié plus ou moins sain par trois diététiciens indépendants. Par exemple, les macaronis au fromage ont été classifiés « accompagnement malsain » tandis que les haricots Pinto (variété de haricots roses mexicains) ont été considérés « plutôt sains ». Dans l’ensemble, nous avons constaté que les menus pour enfants à San Marcos comprenaient des boissons sucrées et, en moyenne, trois plats malsains par menu.

Nous avons tenté de contacter ou de rencontrer tous les propriétaires ou gérants: 65 faisaient partie d’une chaîne de restaurants et n’ont pas voulu participer, citant comme motif leur charte commerciale. Nous avons pu rencontrer les propriétaires ou gérants des 70 autres établissements et après avoir décrit notre projet de lutte contre l’obésité infantile, sept d’entre eux ont accepté de créer de nouveaux menus pour enfants et dix autres de modifier leurs menus existants.

De nouveaux menus

Dans chacun des 17 restaurants ayant accepté de modifier leurs menus, une équipe de deux étudiants a travaillé de manière répétée avec le propriétaire ou le gérant. Notre stratégie : créer de nouveaux éléments de menus à base d’aliments déjà présents dans les menus existants. Par exemple dans les restaurants mexicains, nous avons inclus des avocats, des tomates et de la laitue dans les menus pour enfants. Ceci n’engendrait pas de charges supplémentaires pour les restaurants. Les nouveaux menus ont d’abord été créés sur Powerpoint puis modifiés par l’équipe de recherche jusqu’à obtenir l’approbation finale par le gérant ou le propriétaire. Ces nouveaux menus ne comprenaient pas de boissons sucrées (un critère d’inclusion pour participer), offraient plus de fruits et légumes et moins de plats malsains que les menus pour enfants présents dans la communauté avant le début de cette étude.

Leçons à retenir

Au début de notre projet, nous ne savions pas s’il y aurait une réponse favorable des propriétaires et des gérants. Certains étaient trop occupés pour y participer ; en revanche, ceux qui ont accepté de collaborer étaient très enthousiastes à l’idée de modifier leurs menus et très concernés par la santé des enfants dans leur communauté. Nous avons alors appris qu’il est important de persévérer pour rester en contact avec ces professionnels très occupés et d’être très respectueux de leur temps. A la fin du projet, des liens d’amitié avaient été tissés entre les équipes de recherche et les restaurants partenaires.

Les mères utilisaient les informations nutritionnelles présentes sur les menus

Bien que nous n’ayons pas quantifié les commandes concernant les nouveaux menus pour enfants à leur introduction, nous l’avons fait 2-4 ans plus tard. Environ la moitié des répondants avaient remarqué les éléments sains sur les menus et rapportaient que les informations nutritionnelles jouaient un rôle important dans les choix alimentaires pour leurs enfants. Cependant, nous ne savons pas si ces nouveaux menus ont vraiment eu un impact sur l’alimentation des enfants dans la communauté. Cependant, il y a de l’espoir : une étude récente a révélé que les mères utilisaient les informations nutritionnelles présentes sur les menus pour choisir des plats plus sains pour leurs enfants 5.

Sylvia Hurd Crixell
Nutrition et Alimentation, Ecole des Sciences de la Famille et de la Consommation, Université d’Etat du Texas à San Marcos, ETATS-UNIS
BJ. Friedman
Nutrition et Alimentation, Ecole des Sciences de la Famille et de la Consommation, Université d’Etat du Texas à San Marcos, ETATS-UNIS
Deborah Fisher
Nutrition et Alimentation, Ecole des Sciences de la Famille et de la Consommation, Université d’Etat du Texas à San Marcos, ETATS-UNIS
Crixell S. H., Friedman B., Fisher D. T., Biediger-Friedman L. (2014), Improving children’s menus in community restaurants: Best Food for Families, Infants, and Toddlers (Best Food FITS) intervention, South Central Texas, 2010-2014. Prev Chronic Dis., 11:140361.
  1. Ogden C. L., Carroll M. D., Kit B. K., Flegal K. M. (2014), Prevalence of childhood and adult obesity in the United States, 2011-2012. JAMA. 311(8):806–14.
  2. Mapping FITNESSGRAM. http://www.reshapingtexas.org/ fitnessgram. Accessed July 31, 2014
  3. Batada A., Bruening M., Marchlewicz E. H., Story M., Wootan M. G. (2012), Poor nutrition on the menu: children’s meals at America’s top chain restaurants. Child Obes. 8:251–4.
  4. Muckelbauer R., Gortmaker S.L., Libuda L., Kersting M., Clausen K, Adelberger B., Müller-Nordhorn J. (2016), Changes in water and sugar-containing beverage consumption and body weight outcomes in children. Br J Nutr. 115:2057-66.
  5. Domoff S. E., Kiefner-Burmeister A., Hoffmann D.A., Musher-Eizenman D. (2015), Maternal feeding goals and restaurant menu choices for young children. Child Obes. 11:484-8.
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