N° 148 | décembre 2014

Choix alimentaires et durée de sommeil chez les adolescents

Une courte durée de sommeil chez les enfants et les adolescents a été associée à un indice de masse corporelle plus élevé et à d’autres troubles de santé comme le diabète de type 2, les maladies cardiaques et certains cancers. Certains choix alimentaires pourraient expliquer cette association.

Associations entre la durée du sommeil et les choix alimentaires

Notre étude a examiné les associations entre la durée du sommeil et des choix alimentaires sains ou malsains, dans un large échantillon (n=13 284) représentatif de l’ensemble des adolescents américains. Nous avons analysé la consommation de fruits et légumes et de produits de restauration rapide dans des entretiens au domicile. La durée de sommeil était rapportée par les adolescents.

La variable « consommation de F&L » a été défi nie par la consommation d’au moins un légume et un fruit le jour précédent, signalée par l’adolescent. La variable « consommation de restauration rapide » a été basée sur les informations concernant la fréquence de la consommation de produits d’alimentation rapide par les adolescents (0-1 fois ou ≥2 fois au cours des sept derniers jours).

La variable « temps de sommeil » était rapportée par les adolescents. Les réponses ont été regroupées en trois catégories, selon des études déjà publiées et les recommandations de l’Académie Américaine de Pédiatrie:

  • durée de sommeil courte (<7 heures/nuit)
  • durée de sommeil moyenne (7-8 heures/nuit)
  • durée de sommeil recommandée (>8 heures/nuit)

Nous avons testé trois modèles imbriqués de régression logistique pour deux variables :

  • consommation quotidienne de fruits et légumes
  • consommation d’aliments de restauration rapide la semaine précédente.

Les modèles ont été ajustés pour les covariants démographiques et socio-comportementaux.

50% des adolescents consomment des aliments de restauration rapide au moins deux fois au cours de la semaine précédente Plus de la moitié des adolescents qui avaient consommé au moins un fruit et un légume le jour précédent avaient également consommé des produits de restauration rapide deux fois ou plus la semaine précédente (55,9% et 57,7%, respectivement). Les adolescents qui rapportaient des choix alimentaires malsains étaient significativement plus âgés et avaient une fratrie de taille significativement plus réduite à la maison.

Une consommation de F&L plus élevée chez des adolescents avec des niveaux élevés d’activité physique et un niveau d’éducation maternelle de baccalauréat

Les adolescents ayant des niveaux élevés d’activité physique avaient des consommations de fruits et légumes significativement plus élevées et une consommation de produits de restauration rapide moins élevée.

Les adolescents rapportant un niveau d’éducation maternelle équivalent au baccalauréat avaient une consommation de fruits et légumes plus élevée, tandis que les adolescents rapportant un niveau plus élevé (premier cycle universitaire ou plus élevé) rapportaient une consommation moindre de fruits et légumes. Enfin, les adolescents rapportant la présence de leurs deux parents biologiques à la maison consommaient significativement plus de fruits et légumes.

Petits dormeurs: consommation de F&L réduite et d’aliments de restauration rapide accrue

Notre étude a montré qu’une courte durée de sommeil (<7 heures par nuit) était associée à une moindre probabilité de consommation adéquate de F&L (-25%) et une probabilité accrue (+20%) de consommation d’aliments de restauration rapide.

Il est recommandé aux adolescents de dormir plus de 8 heures/ nuit. Il est néanmoins intéressant de noter que nos analyses montrent que les moyens dormeurs (7-8 heures/jour) n’ont pas une probabilité significativement réduite de consommer des fruits et légumes, ni d’augmentation significative de consommer des aliments de restauration rapide. Ceci suggère que l’association entre une durée courte de sommeil et les choix alimentaires interviendrait en dessous d’un seuil de durée habituellement courte de sommeil.

Influence d’autres variables

D’autres covariants ayant montré des associations statistiquement significatives avec la consommation de fruits et légumes englobaient: l’activité physique, le temps passé devant un écran, l’âge, le sexe, une origine hispanique ou une autre origine ethnique, le niveau d’éducation de la mère et la présence des deux parents biologiques à la maison. De même, le temps passé devant un écran, l’âge, le sexe, le niveau d’éducation de la mère et la taille de la fratrie au domicile ont montré une association statistiquement significative avec la consommation d’aliments de restauration rapide.

Implications pour des interventions de prévention de l’obésité

Notre étude montre que le sommeil pourrait être lié à la fois aux bons et mauvais choix alimentaires des adolescents ; les petits dormeurs seraient plus vulnérables que ceux qui dorment 7 heures ou plus/nuit.

De futures recherches devraient examiner les mécanismes responsables des associations observées. Si leurs résultats étayent le fait qu’un défi cit chronique de sommeil serait directement lié aux choix alimentaires malsains, alors des programmes améliorant le sommeil seraient un élément important - mais actuellement largement sous-estimé - d’interventions pour promouvoir la santé et prévenir l’obésité.

Allison Kruger
Ecole de Médecine de l’Université de Stony Brook, Etats-Unis
Lauren Hale
Ecole de Médecine de l’Université de Stony Brook, Etats-Unis
« Kruger AK, Reither EN, Peppard PE, Krueger PM, Hale L. Do sleep-deprived adolescents make less-healthy food choices? Br J Nutr. 2014 May 28;111(10):1898-904 ».
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