N° 163 | avril 2016

Comment évaluer l’impact sur la santé des taxes alimentaires ?

Avant de rédiger l’article original - Evaluating the Health Impacts of Food and Beverage Taxes, publié dans Obesity Reviews - la majorité de mes travaux dans ce domaine portait sur la « modélisation ». En utilisant les données économiques, la modélisation permet d’estimer l’impact potentiel des variations de prix (suite aux subventions ou aux taxes) sur la consommation puis d’examiner, sa traduction au niveau de la santé des consommateurs (on en retrouve un exemple dans l’article d’Adam Brigg).

Des preuves provenant du « monde réel »

Même si je pense que ce type d’études est important, je me suis rendu compte que les preuves apportées ne résoudraient qu’une partie du puzzle attendu par les décideurs. Ces derniers semblaient bien plus intéressés par les preuves provenant du « monde réel » (c’est-à-dire les études portant sur des taxes déjà en vigueur). Mais très peu, voire aucun pays, n’avait introduit ce genre de taxe avec comme objectif annoncé d’améliorer la santé.

Mais à la fin de l’année 2012, tout a changé quand le Danemark a introduit une nouvelle taxe sur les matières grasses saturées, en partie pour lutter contre les taux élevés de maladies cardiovasculaires dans le pays. Depuis, d’autres lui ont emboîté le pas: la France a taxé les boissons sucrées, ainsi que la Hongrie qui, en 2013, a fait de même pour certains produits riches en sel et en sucres. Examiner ces « expériences » offrirait des arguments beaucoup plus probants aux décideurs. On pourrait étudier, non seulement l’impact de la taxe sur la consommation d’aliments et sur la santé, mais également sur d’autres facteurs : les réactions de l’industrie agroalimentaire ; les autres conséquences économiques ; l’opinion du public.

Un certain nombre de défis à relever

Il n’est pas toujours facile de mener une évaluation scientifique rigoureuse qui implique un certain nombre de défis à relever. Par exemple, le public espère souvent établir un lien direct entre les subventions et les taxes et les modifications en matière de santé, ce qui n’est pas toujours possible.

Par exemple, si on prend les travaux de Cliona Ni Mhurchu en Nouvelle Zélande, ils suggèrent qu’une subvention de 20% sur les fruits et légumes augmenterait leur consommation respective de 12% et de 18%. Cela devrait contribuer à réduire les cas de cancers et de maladies cardiaques, même si ces réductions n’apparaîtront pas tout de suite. Par ailleurs, d’autres facteurs (amélioration des traitements, diminution du tabagisme etc.), qui ont également un impact sur les cancers et les maladies cardiaques, sont en train d’évoluer. C’est pourquoi il est très difficile de cerner les modifications au niveau des maladies et de les attribuer uniquement à une nouvelle subvention ou taxe.

Dans notre revue de littérature, nous suggérons que l’évaluation doit se focaliser en priorité sur les variations de consommation. Dès que des modifications significatives auront été démontrées, il sera alors approprié de regarder leurs effets sur certains paramètres de santé.

Une combinaison de différentes approches

Nous soulignons également l’importance de ne pas se focaliser uniquement sur les bénéfices, mais de prendre également en compte les dommages que pourraient provoquer ces taxes ou subventions. Si une taxe sur le sel entraîne moins d’achats de snacks salés, cela pourrait être compensé par une augmentation de l’achat de sucreries. Une autre réponse pourrait être de moindres dépenses consacrées aux fruits et légumes, afin d’amortir le coût plus élevé de l’alimentation. Il est donc important d’évaluer l’impact des taxes et des subventions sur l’alimentation dans son ensemble et pas seulement sur le produit visé.

Enfin, on n’obtiendra une compréhension approfondie de l’impact de ces taxes et subventions qu’en utilisant une combinaison de différentes approches : l’évaluation des mesures politiques réelles ainsi que des modélisations (comme celles présentées par Adam Briggs et Cliona Ni Mhurchu).

Oliver Mytton
Centre de Recherche sur l’Alimentation et l’Activité Physique (UK- CRC, CEDAR), Unité d’Epidémiologie du Conseil de Recherche Médical (MRC), Ecole de Médecine Clinique de l’Université de Cambridge, Cambridge, ROYAUME-UNI
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