N° 117 | février 2012

Comment perdre du poids sans augmenter la restriction cognitive ? A l’aide des fruits et légumes !

Les interventions traditionnelles pour perdre du poids se focalisent sur l'évitement des « aliments gras ». Ce type d’approche accroit la « restriction cognitive » chez les personnes qui l’utilisent. Cette notion fait référence à la limitation consciente et volontaire du type et de la quantité d'aliments consommés dans le but de perdre du poids ou d'éviter d'en prendre.

Si à court terme, l'augmentation de la restriction cognitive est un facteur prédictif de la réussite de perte de poids 1, à plus long terme le maintien de la restriction cognitive à un niveau élevé est difficile et s’associe à des effets indésirables, comme des crises de gavage alimentaire (binge eating) 2. Certaines études ont également montré que le résultat est moins favorable chez les personnes ayant déjà un fort degré de restriction cognitive au début d’un régime amaigrissant car leur capacité à l’augmenter est très limitée. Chez ces sujets, il est préférable d’utiliser des approches qui ne font pas appel à l'augmentation de la restriction cognitive. On peut alors envisager une approche alimentaire positive qui se focalise sur l’inclusion d’aliments à faible teneur énergétique, comme les fruits et légumes.

Effets sur le poids et le comportement alimentaire de deux types d’interventions

Notre étude a eu pour but de comparer les effets sur le poids et le comportement alimentaire de deux types d’interventions : l’une portant sur l’augmentation de la consommation des fruits et légumes (HIFV-High Intake of Fruits and Vegetables) sans message de restriction et l’autre, plus traditionnelle, utilisant des messages de limitation de la consommation d'aliments riches en graisses (LOFAT - Low Fat).

68 femmes ménopausées avec obésité abdominale ont été réparties de manière aléatoire dans l’un de ces deux groupes (HIFV ou LOFAT) pour une durée de 6 mois. Dans chaque groupe, il y a eu trois sessions de groupe et 10 sessions individuelles avec un nutritionniste.

  • L'intervention HIFV se focalisait sur des messages positifs, encourageant la consommation de fruits et légumes.
  • L'approche LOFAT se focalisait sur des messages de restriction de la consommation d'aliments riches en graisses.

Pour de plus amples détails, voir nos publications précédentes 3-5.

Le poids corporel a été mesuré avant et après l'intervention à 6 mois

La restriction cognitive a été mesurée avant et après l'intervention par le Questionnaire de Consommation de Trois Facteurs (the Three-Factor- Eating-Questionnaire - TFEQ). Ce questionnaire évalue trois facteurs associés aux connaissances et aux comportements alimentaires 6.

Nous avons également évalué la désinhibition (surconsommation d'aliments en réponse à une variété de stimuli associés à la perte de contrôle de l’alimentation) et la susceptibilité à la faim (consommation d'aliments en réponse aux sensations et aux perceptions de faim).

Une perte de poids non liée à la restriction cognitive

Après 6 mois d'intervention, on a observé une diminution significative du poids corporel par rapport aux valeurs de base dans le groupe LOFAT (-3,5 ± 2,9 kg) tout comme dans le groupe HIFV (-1,6 ± 2,9 kg). Cependant, la perte de poids était plus significative dans le groupe LOFAT que dans le groupe HIFV.

Durant l'intervention, la restriction cognitive a augmenté de manière significative dans le groupe LOFAT, alors qu’aucune modification n’a été observée dans le groupe HIFV. Une élévation importante de la restriction cognitive était associée à une plus forte baisse de poids dans le groupe LOFAT. Par contre, dans le groupe HIFV, il n’y avait pas de rapport entre la restriction cognitive et la modification du poids, ce qui suggère que la perte de poids n’a pas reposé sur l’augmentation de la restriction cognitive. De plus, dans le groupe LOFAT, les femmes ayant une restriction cognitive de base élevée ont perdu moins de poids que les autres, ce qui est en accord avec d’autres résultats 1; 7. Dans le groupe HIFV, au contraire, aucune association n'a été retrouvée entre la restriction cognitive initiale et la variation de poids. Autrement dit, une restriction cognitive de base élevée n'était pas un frein dans le cas de l'intervention HIFV.

Enfin, la désinhibition et la susceptibilité à la faim ont significativement diminué dans le groupe HIFV tandis qu'aucun changement n'a été noté dans le groupe LOFAT. Dans le groupe HIFV, le poids total des aliments consommés a augmenté suite à l'intervention et cela pourrait expliquer en partie la moindre sensation de faim observée.

L'approche fruits et légumes : une alternative en cas de forte restriction cognitive

Nous avons ainsi pu démontrer qu’une perte de poids était possible sans augmentation de la restriction cognitive suite à l'intervention HIFV. Il est donc possible de perdre du poids sans utiliser la restriction cognitive pour contrôler l'alimentation. L'approche HIFV serait donc une alternative pour les femmes possédant déjà une forte restriction cognitive. Le succès de cette intervention ne repose pas sur une augmentation de cette dernière, contrairement aux approches traditionnelles de perte de poids comme LOFAT.

Simone Lemieux
Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels, Université Laval, Québec, Canada
  1. Foster GD, Wadden TA, Swain RM, Stunkard AJ, Platte P, Vogt RA. The Eating Inventory in obese women: Clinical correlates and relationship to weight loss. International Journal of Obesity 1998;22:778-85.
  2. Westenhoefer J, Stunkard AJ, Pudel V. Validation of the flexible and rigid control dimensions of dietary restraint. Int.J.Eat.Disord. 1999;26:53-64.
  3. Lapointe A, Weisnagel SJ, Provencher V, Begin C, Dufour-Bouchard AA, Trudeau C et al. Using restrictive messages to limit high-fat foods or nonrestrictive messages to increase fruit and vegetable intake: what works better for postmenopausal women? Eur J CLin Nutr 2010;64:194-202.
  4. Lapointe A, Provencher V, Weisnagel SJ, Begin C, Blanchet R, Dufour-Bouchard AA et al. Dietary intervention promoting high intakes of fruits and vegetables: Short-term effects on eating behaviors in overweight-obese postmenopausal women. Eating behaviors 2010;11:305-08.
  5. Lapointe A, Weisnagel SJ, Provencher V, Begin C, Dufour-Bouchard AA, Trudeau C et al. Comparison of a dietary intervention promoting high intakes of fruits and vegetables with a low-fat approach: long-term effects on dietary intakes, eating behaviours and body weight in postmenopausal women. Br J Nutr 2010;104:1080-90.
  6. Stunkard AJ, Messick S. The three-factor eating questionnaire to measure dietary restraint, disinhibition and hunger. J.Psychosom.Res. 1985;29:71-83.
  7. Lejeune MP, Aggel-Leijssen DP, van Baak MA, Westerterp-Plantenga MS. Effects of dietary restraint vs exercise during weight maintenance in obese men. Eur.J Clin Nutr 2003;57:1338-44.
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