N° 182 | janvier 2018

Comprendre la consommation de F&L à partir de la psychologie de la personnalité

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La consommation de fruits et légumes (F&L) est une composante essentielle d’une alimentation saine associée à une meilleure santé physique et mentale. Compte tenu de l’importance de cette saine habitude, il est crucial de comprendre quels facteurs présagent une consommation plus élevée de F&L. La majorité des recherches s’est concentrée sur la manière dont les facteurs démographiques comme être une femme, avoir un statut socioéconomique élevé et un indice de masse corporelle plus faible, prédisent une plus grande consommation de F&L. On en sait moins sur comment les facteurs psychologiques – à savoir les traits de personnalité – influencent la consommation de F&L.

La personnalité façonne les préférences alimentaires

Il y a cinq principaux traits de personnalité reconnus en psychologie :

  • le neuroticisme,
  • l’extraversion,
  • l’ouverture à l’expérience,
  • l’agréabilité et
  • la conscienciosité.

Vous avez probablement entendu parler du neuroticisme, caractérisé par une émotivité négative et la tendance à percevoir des menaces dans l’environnement, et l’extraversion, caractérisée par une émotivité positive et la tendance à être stimulé par la compagnie des gens. Les traits de personnalité moins connus mais tout aussi importants sont l’ouverture à l’expérience (le désir de nouveauté, la pensée abstraite complexe et la sensibilité esthétique), l’agréabilité (tendance à la coopération et l’altruisme) et la conscienciosité (tendance à l’autodiscipline et l’organisation). Étant donné que la personnalité façonne la perception, l’interprétation et le comportement des individus dans leur environnement, il est probable que la personnalité puisse influencer les préférences alimentaires, notamment la consommation de F&L.

Comment la personnalité affecte la consommation de F&L chez les jeunes adultes ?

Les jeunes adultes (18 à 25 ans) ne sont pas connus pour atteindre le minimum recommandé d’au moins 5 portions de F&L/jour ; en réalité, ils sont généralement les moins enclins à en consommer. Pourtant, même au sein de ce groupe d’âge, certains jeunes adultes en mangent plus que d’autres. La question est donc : pouvons-nous prédire ces différences d’après leurs traits de personnalité ? Oui, cela est possible : trois traits de personnalité sur cinq augurent une consommation plus élevée de F&L.

1. Individus ouverts à l’expérience : premiers mangeurs de F&L

La donnée la plus robuste est que les jeunes adultes plus ouverts à l’expérience déclarent une consommation journalière plus élevée de F&L que leurs pairs moins ouverts. L’ouverture est caractérisée par un désir de variété, une volonté d’essayer de nouvelles choses et un intellect supérieur. En tant que trait associé à l’exploration, l’ouverture peut permettre aux jeunes adultes d’élargir leur palette, d’essayer des aliments nouveaux et inhabituels et de surmonter leurs aversions gustatives.

2. Une consommation élevée de F&L contribue au bonheur et à l’extraversion

Les jeunes adultes plus extravertis déclarent une consommation journalière plus élevée de F&L que leurs pairs moins extravertis. L’extraversion est associée à une plus grande réponse du cerveau aux récompenses, ce qui pourrait suggérer que ce trait présagerait une consommation plus élevée «d’aliments récompenses» sucrés, mais ce n’est pas ce que nous avons observé. Une interprétation possible est que les gens les plus heureux mangent des aliments plus sains. Des données expérimentales montrent que l’induction d’états d’esprit positifs peut amener les gens à choisir des aliments sains. Cependant, des recherches plus récentes montrent également qu’une consommation plus élevée de F&L améliore l’état d’esprit des gens, il est ainsi possible que l’apport plus élevé en F&L contribue à des sentiments de bonheur, ce qui contribue à l’extraversion.

3. Être consciencieux augmente la consommation de F&L

Les jeunes adultes plus consciencieux mangent davantage de F&L que leurs pairs moins consciencieux. Ce n’est pas surprenant étant donné que la conscienciosité est un marqueur d’autodiscipline. Cependant, dans nos recherches, cet effet est étonnamment faible – ce qui est surprenant parce que la conscienciosité est habituellement l’indicateur le plus important d’autres habitudes saines comme l’exercice, le port de la ceinture de sécurité, l’application d’une protection solaire et des bilans de santé réguliers. Il est possible que l’autodiscipline, même si elle est essentielle à un plus large éventail de comportements associés à la santé, ne soit pas aussi importante pour la consommation d’aliments végétaux, qui est plus liée aux goûts.

« Essayez ! » : concevoir des campagnes plus efficaces fondées sur les traits de personnalité

Du point de vue de la santé, ces résultats suggèrent que les traits de personnalité sont importants pour établir des habitudes alimentaires saines au début de l’âge adulte. Ces caractéristiques

  • notamment l’ouverture, l’extraversion et la conscienciosité
  • pourraient ouvrir la voie à une meilleure santé maintenant et plus tard dans la vie grâce à une consommation accrue de F&L.

Dans une perspective de santé publique, comprendre les traits de personnalité des personnes qui mangent (ou ne mangent pas) leurs F&L pourrait aider les institutions à concevoir des campagnes plus efficaces pour augmenter cette consommation. Par exemple, les campagnes de santé publique pourraient essayer de cultiver une plus grande ouverture vis-à-vis des F&L en encourageant les gens à découvrir des aliments différents et à essayer de nouveaux aliments végétaux grâce à une campagne « Essayez ! ».

Tamlin S Conner
Département de psychologie, Université d’Otago, NOUVELLE-ZELANDE
Conner, T. S., Thompson, L. M., Knight, R., Flett, J. A. M., Richardson, A. C., & Brookie K. L. (2017). The role of personality traits in young adult fruit and vegetable consumption. Frontiers in Psychology, 8, 119. https://dx.doi.org/10.3389/fpsyg.2017.00119 [open access]
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