N° 117 | février 2012

Connaissances nutritionnelles de la population suisse

En Suisse, et dans d'autres pays européens, des campagnes nutritionnelles ont été menées pour améliorer la qualité de l’alimentation de la population (Programme « 5 par jour »). Des interventions supplémentaires ont été conçues pour consolider les connaissances nutritionnelles et les pratiques dans certaines populations cibles. Notre étude a pour objectif d’évaluer les connaissances nutritionnelles pratiques des consommateurs Suisses.

Une enquête sur les connaissances nutritionnelles de la population suisse

En psychologie cognitive, les connaissances théoriques sont définies comme les connaissances des faits et des choses tandis que les connaissances pratiques représentent la manière d'effectuer des actions 1. Les connaissances pratiques sont donc plus proches du comportement que les connaissances théoriques. Cette distinction a été appliquée récemment au domaine des connaissances nutritionnelles 2,3.

[tableau]

Un échantillon randomisé de la population Suisse (n= 1 043) a reçu par voie postale une enquête sur les connaissances nutritionnelles et une auto évaluation de la consommation alimentaire. Le nombre de bonnes réponses sur les connaissances nutritionnelles a été corrélé à la fréquence de consommations des aliments.

Une relation négative entre l'âge et les connaissances nutritionnelles

Les consommateurs ayant des scores élevés de connaissances pratiques
consomment plus de légumes, de fruits et d'eau que ceux ayant des scores plus faibles. Les associations entre certaines variables démographiques (comme le sexe ou l'éducation) et les connaissances nutritionnelles confirment les études précédentes 4. Nous avons retrouvé une relation négative entre l'âge et les connaissances nutritionnelles, celles-ci étant plus faibles chez les sujets les plus âgés. De meilleures connaissances sont associées au sexe féminin, à un niveau d’éducation supérieur et à diverses formations dans le domaine de la nutrition. Les consommateurs suivant un régime particulier prescrit par leur médecin possèdent moins de connaissances pratiques que ceux qui n’en suivent pas.

De fausses idées sur l’alimentation saine

Les niveaux de connaissances nutritionnelles pratiques étaient corrects dans 53,3% à 91,8% des cas : en grande majorité les consommateurs sont bien informés sur les comportements alimentaires sains. Cependant, pour une proportion significative de ces items, un participant sur trois ou cinq est incapable de répondre correctement à la question posée. 35% des consommateurs croient qu'il faut consommer les produits laitiers et les fruits et légumes en quantités égales ; 19% pensent qu'un repas équilibré doit comporter pour moitié de la viande et pour un quart des légumes et accompagnements ; 28% considèrent qu'un régime équilibré signifie consommer une quantité égale d’aliments de chaque catégorie et plus de 17 % pensent que consommer une forte proportion de fruits et légumes est aussi malsain que consommer une alimentation riche en graisses. Enfin, de nombreux consommateurs (38%) admettent que, pour manger sainement, il faut consommer moins de matières grasses mais pas forcément plus de fruits et légumes.

Cette étude montre que la pyramide d’équilibre alimentaire est absente de l’esprit de nombreux consommateurs et n’est pas prise en compte dans les choix alimentaires quotidiens. Selon cette pyramide, la plus grande proportion (cinq portions) devrait être constituée de fruits et légumes, juste après les boissons. Les produits laitiers ne devraient constituer que trois portions tandis que la viande ne devrait jouer qu'un rôle réduit, une portion 5. Or, presque 12% des participants croient que « manger sainement » veut dire « manger moins », sans tenir compte d’aliments particuliers. Cependant, selon la littérature, le moyen d’obtenir un équilibre calorique n’est pas de manger moins mais de diminuer la densité calorique de l’alimentation 6. On y parvient en augmentant la consommation d'aliments comme les légumes et les fruits (riches en eau) et les céréales complètes. Les personnes âgées pourraient être moins familiarisées avec la pyramide alimentaire alors que plusieurs de nos items étaient basés sur cette pyramide, qui a été introduite en Suisse en 1998 5. De plus, les participants semblent avoir des difficultés à comprendre le sens du terme « alimentation équilibrée ». Selon la littérature scientifique, ce serait une alimentation qui contiendrait “les nutriments essentiels en quantités appropriées pour la croissance et le maintien de la santé chaque jour ou durant la semaine” 7. En pratique une alimentation équilibrée doit se composer de peu de matières grasses saturées et « trans », de cholestérol, de sucres, de sel et d'alcool et de beaucoup de fruits et légumes.

Une communication à améliorer

Une faible connaissance pratique a été observée chez les consommateurs qui croyaient qu'une alimentation équilibrée équivalait à consommer des vitamines. Or, se focaliser sur les vitamines est une simplification à outrance du concept d'alimentation saine. Certains consommateurs considéraient que les fruits pourraient être remplacés par des jus de fruits ou des comprimés. L'OMS a choisi de considérer les fruits et légumes comme une catégorie d'aliments plutôt que de faire référence à leurs nutriments, car leurs effets bénéfiques ne peuvent être attribués à un ou plusieurs nutriments spécifiques 8.

De nombreux consommateurs semblent méconnaître les implications pratiques de la pyramide alimentaire, de la notion d'alimentation équilibrée et de l’importance d’augmenter la consommation de fruits et légumes. Les personnes âgées et celles auxquelles des régimes alimentaires spéciaux ont été prescrits devraient être mieux informés sur ce que représente une alimentation équilibrée.

Le véritable défi consiste à trouver le meilleur cadre et la meilleure façon de diffuser efficacement des messages nutritionnels aux consommateurs.

Michael Siegrist
Institut pour les Décisions Environnementales de l’ETH Zürich (Institute for Environmental Decisions - IED - ETH Zurich), Universitätstrasse 16, Zurich, SUISSE
  1. Anderson, J.R. (1995) Cognitive Psychology and its Implications, 4th edn. New York, NY: WH Freeman and Company.
  2. Miller, C.K. & Achterberg, C.L. (2000) Reliability and validity of a nutrition and foodlabel knowledge test for women with type 2 diabetes mellitus. J. Nutr. Educ. 32, 43–48.
  3. Worsley, A. (2002) Nutrition knowledge and food consumption: can nutrition knowledge change food behaviour? Asia Pac. J. Clin. Nutr. 11, S579–S585.
  4. Parmenter, K., Waller, J. & Wardle, J. (2000) Demographic variation in nutrition knowledge in England. Health Educ. Res. 15, 163–174.
  5. Walter, P., Infanger, E. & Mu¨hlemann, P. (2007) Food Pyramid of the Swiss Society for Nutrition. Ann. Nutr. Metab. 51(Suppl. 2), 15–20.
  6. Rolls, B.J., Drewnowski, A. & Ledikwe, J.H. (2005) Changing the energy density of the diet as a strategy for weight management. J. Am. Diet. Assoc. 105, S98–S103.
  7. Anderson, J.J.B. (2005) Nutrition and Health: An Introduction. Durham, NC: Carolina Academic Press.
  8. World Health Organization (2003) Diet, Nutrition and the Prevention of Chronic Diseases. Report of a Joint WHO/FAO Expert Consultation. Available at http://www.fao.org/DOCREP/005/AC911E/AC911E00.HTM (accessed on 7 July 2009).
Retour Voir l'article suivant