N° 187 | juin 2018

Consommation de F&L et marqueur d’inflammation chez les filles prépubères

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Le dosage de la Protéine C-Réactive (CRP), marqueur de la phase aigüe de l’inflammation, est utilisé pour le diagnostic et le suivi des processus inflammatoires. Il est également possible de mesurer des concentrations extrêmement basses de CRP, appelée «CRP ultrasensible» (CRP-us), qui est un marqueur d’inflammation associé à l’obésité, et considéré comme un activateur de tous les stades de l’athérosclérose. L’inflammation semble jouer un rôle important dans la pathogenèse de la thrombose artérielle (accident cardiaque ou vasculaire cérébral) ¹.

Il existe un large consensus sur l’effet de l’alimentation sur le taux de CRP. En particulier, la consommation de F&L - sources majeures de vitamines antioxydantes - a été associée à des taux de CRP diminués dans plusieurs études 2-4. De même, une forte consommation de légumes a été associée à un faible taux de CRP, au cours de l’étude IDEFICS , réalisée auprès d’enfants européens 5. Cependant, l’influence des habitudes alimentaires sur l’inflammation chez les enfants reste peu étudiée. L’objectif de notre étude a été d’analyser cette influence sur le taux de CRP-us dans une population prépubère.

Cette étude incluait 571 enfants de 6 à 8 ans (301 filles, 270 garçons). Aucun des sujets inclus ne présentait de troubles métaboliques, endocriniens, hépatiques ou rénaux et présentaient tous un taux de CRP-us ≤ 10 mg/l afin d’éviter de fausser les résultats.

Un questionnaire de fréquence alimentaire adapté à des élèves d’école primaire a été utilisé afin de recueillir des informations sur leurs apports alimentaires et nutritionnels.

Ces apports ont été analysés par tertile basé sur le taux de CRP-us :

  • Tertile 1 : CRP-us ≤ 0,15 mg/l
  • Tertile 2 : 0,16 ≤ CRP-us ≤ 0,61 mg/l
  • Tertile 3 : CRP-us ≥ 0,62 mg/l

Une consommation élevée de F&L est associée à un taux inférieur de CRP-us chez les filles prépubères

Lors de l’analyse des apports nutritionnels et de la consommation alimentaire chez les garçons, aucune différence n’a été constatée.

En revanche, les filles prépubères des tertiles 1 et 2 présentant les taux de CRP-us les plus faibles, consommaient significativement plus de légumes (181 g/j) que celles du tertile 3 (154,6 g/j) (Figure 1a). De même, la consommation de fruits était la plus élevée chez les filles prépubères du tertile présentant le taux de CRP-us le plus faible : 210 g/j dans le tertile 1, 194 g/j dans le tertile 2 et 173,2 g/j dans le tertile 3 (Figure 1b). Cette tendance semble être due à la haute teneur en fibres et aux taux élevés d’antioxydants présents dans les F&L.

Rôle de la consommation de fibres et de vitamines A et E sur les marqueurs d’inflammation

La consommation de fibres (17,9 g/j) chez les filles prépubères du tertile 3, présentant le taux de CRP-us le plus élevé, était plus faible que chez celles des tertiles 1 et 2 (20,8 g/j dans le tertile 1 et 19,3 g/j dans le tertile 2) (Figure 1c). Il reste à savoir cependant comment les fibres peuvent modifier le taux de CRP-us. Il est possible que cela soit lié à leurs effets sur le ralentissement de l’absorption du glucose et la modification de la production des cytokines pro-inflammatoires par le microbiote intestinal 6.

Par ailleurs, l’étude a rapporté chez les filles du tertile 3 une consommation de vitamines A et E inférieure à celle des filles des tertiles 1 et 2. Ce résultat appuie le fait que les antioxydants pourraient être responsables de la réduction du taux de CRP-us.

Quant aux acides gras, une consommation supérieure en graisses saturées a été enregistrée chez les filles prépubères du tertile 3 (présentant le taux de CRP-us le plus élevé : 17,1 % contre 15,7 % dans le tertile 1 et 16,6% dans le tertile 2).

La qualité globale de l’alimentation a également été évaluée à l’aide de l’index qualité alimentaire (Healthy Eating Index – HEI). Nous avons retrouvé une association inverse importante entre la CRP-us et l’HEI. Le score de l’HEI du tertile 3 chez les filles prépubères (62,8) était considérablement inférieur à celui du tertile 1 (66,1) et du tertile 2 (64,7) (Figure 1d). Ce score a été associé à une consommation plus importante de légumes et plus faible en graisses.

Nos résultats soutiennent l’hypothèse que l’alimentation peut influencer le taux de CRP-us chez les enfants prépubères. Ils soulignent l’importance et la nécessité de formuler des recommandations alimentaires visant à prévenir un taux élevé de CRP-us depuis l’enfance.

 

Basé sur : P. Navarro, O. de Dios, A. Jois, T. Gavela-Pérez, L. Gorgojo, JM. Martin-Moreno, L. Soriano-Guillen and C. Garcés. Vegetable and Fruit Intakes Are Associated with hs- CRP Levels in Pre-Pubertal Girls. Nutrients 2017 Mar; 9(3):224. doi: 10.3390/nu9030224

Carmen Garcés
Laboratoire des lipides, Institut de Recherche en Santé de la Fondation Jiménez Diaz, Madrid, ESPAGNE
collaborateurs
P. Navarro, O. de Dios, A. Jois, T. Gavela-Pérez, L. Gorgojo, JM. Martin-Moreno, L. Soriano-Guillen and C. Garcés. Vegetable and Fruit Intakes Are Associated with hs- CRP Levels in Pre-Pubertal Girls. Nutrients 2017 Mar; 9(3):224. doi: 10.3390/nu9030224
  1. Yeh, E.T. H. Clin. Cardiol. 2005, 28, 408–412.
  2. Oliveira, A.; Rodríguez-Artalejo, F.; Lopes, C. Eur. J. Clin. Nutr. 2009, 63, 1345–1352.
  3. Esmaillzadeh, A.; Kimiagar, M.; Mehrabi, Y.; Azadbakht, L.; Hu, F.B.; Willett, W.C. Am. J. Clin. Nutr. 2006, 84, 1489–1497.
  4. Wannamethee, S.G.; Lowe, G.D. O.; Rumley, A.; Bruckdorfer, K.R.; Whincup, P.H. Am. J. Clin. Nutr. 2006, 83, 567–574 ;
  5. Gonzalez-Gil, E.M.; Santabarbara, J.; Russo, P.; Ahrens, W.; Claessens, M.; Lissner, L.; Brnhorst, C.; Krogh, V.;Iacoviello, L.; Molnar, D.; et al. Eur. J. Nutr. 2016, 55, 2459–2468.
  6. Weickert, M.O.; Pfeiffer, A.F.H. J. Nutr. 2008, 138, 439–442.
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