N° 207 | juin 2020

Consommation de F&L selon le sexe, le niveau d’éducation et l’appartenance régionale dans 21 pays européens

Une faible consommation de fruits et légumes (F&L) est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers et de mortalité globale. Outre ces effets santé, une évolution vers une alimentation à base de végétaux aura probablement des impacts environnementaux positifs.  Une étude française issue des données de la cohorte NutriNet-Santé confirme les bénéfices santé et environnementaux des nouvelles recommandations alimentaires françaises1.

Les efforts de promotion de la santé et de prévention dans la plupart des pays européens ont visé spécifiquement à accroître la consommation de F&L.  La campagne 5 à 6 F&L / j a été initiée par le National Cancer Institute aux États-Unis (5/6-a-day campaign) dans les années 1990, puis mise en œuvre dans plusieurs pays européens. Cependant, moins de la moitié des pays de l'OMS se conforme aux recommandations actuelles (au moins 400 g, soit 5 portions de F&L par jour).

Le niveau d'éducation est l'un des plus importants prédicteurs de la consommation de F&L. Il est également associé à la qualité et la diversité de l'alimentation et des chances plus élevées de suivre les recommandations.

Des études ont montré une consommation plus élevée de F&L chez les femmes que chez les  hommes, et que ces différences de genre dans la relation entre le statut socioéconomique (SSE) / niveau d'éducation et la consommation de F&L persistaient. Cependant, ces données n'étaient pas toujours cohérentes.

But de cette étude: examiner comment la consommation de F&L varie selon le sexe, le niveau d’éducation et l'appartenance régionale dans un vaste échantillon représentatif de la population adulte européenne.

37 762 sujets interrogés dans 21 pays d'Europe

Les données ont été collectées en 2014 dans le cadre du 7e cycle de l’Enquête Sociale Européenne (ESS) par des entretiens en face à face standardisés et représentatifs chez 37 762  sujets de 15 ans et plus.

21 pays ont été inclus: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Israël, Lituanie Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Slovénie, Suède et Suisse.

Les données utilisées pour les analyses reposaient sur un questionnaire d'auto-évaluation centré sur les attitudes, les croyances et les modèles de comportement. Concernant la consommation de fruits et légumes, 2 questions ont été posées :

  • « À quelle fréquence mangez-vous des fruits frais ou surgelés, à l'exclusion de jus de fruits ? »
  • « À quelle fréquence mangez-vous légumes frais ou surgelés ou salade, à l'exclusion des pommes de terre ? ».

Une consommation d'une fois par jour ou plus a été considérée comme une fréquence acceptable. La consommation de F&L a donc été dichotomisée en :

  • une fois par jour ou plus
  • moins d'une fois par jour (faible consommation comme référence).

L'enquête n'a pas fourni de données sur la quantité et la variété des fruits et légumes consommés.

Le niveau d’éducation a été classé en 3 catégories: «faible», «moyen» «supérieur».

Des variables ont été créées pour l'appartenance régionale "Europe du Nord", "Europe occidentale", "Europe de l'Est", "Europe du Sud".

Une femme avec un niveau d'éducation élevé consomme plus de F&L

Les analyses d'interaction ont confirmé l'association positive entre la consommation de F&L et le niveau d'éducation.

Sur la base de l'échantillon, les résultats ont montré un gradient de genre et d'éducation dans lequel être une femme et avoir un niveau d'éducation élevé était associé à une consommation accrue de F&L. Globalement, les résultats ont aussi montré que les participants vivant en Europe de l'Est avaient les chances les plus faibles de consommer des F&L tandis que ceux d'Europe du Nord affichaient les niveaux les plus élevées de consommation.

Des analyses d'interaction examinant l'association entre l'appartenance régionale et la consommation de fruits et légumes ont révélé des nuances: seules les femmes éduquées d’Europe de l’Est montraient de plus fortes consommations de F&L par rapport aux participants peu instruits de cette région.

Des études antérieures ont identifié le rôle des contraintes économiques et le coût des F&L sur les choix alimentaires. Les coûts sont en cause entre le statut socioéconomique et le régime alimentaire, en particulier chez les personnes peu instruites et à faible revenu. Par rapport aux précédentes études sur les différences sociodémographiques et la consommation de F&L, cette récente publication a amélioré la comparabilité en utilisant des méthodes de collecte de données normalisées, y compris des données représentatives au niveau national de 21 pays en Europe.

Améliorer les pratiques de santé publique en  Europe.

Si être une femme et avoir un niveau d'éducation élevé est positivement associé à la consommation de F&L dans la plupart des régions européennes, les résultats ont relevé quelques variations de consommation selon le niveau d'éducation et l'appartenance régionale. La connaissance sur  les inégalités de consommation de F&L selon le sexe, le niveau d'instruction et l'affiliation régionale devrait permettre l'amélioration de pratiques de santé publique en  Europe.

Thierry Gibault
Endocrinologue, Nutritionniste - Paris, France
  1. Kesse-Guyot E. Sustainability analysis of French dietary guidelines using multiple criteria. Nature Sustainability, 2020. 3:377–385.
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