N° 174 | avril 2017

Consommation de fruits, légumes et poisson chez les personnes âgées : des différences socio-économiques ?

Les personnes appartenant à un milieu socio-économique défavorisé respectent moins souvent les recommandations alimentaires, en comparaison de celles issues d’un milieu socio-économique favorisé 1-2. Ces différences liées au milieu socio-économique sont également observées chez les personnes âgées 3-4.

Les obstacles à une alimentation saine déjà bien identifiés

Dans le but d’augmenter la consommation de fruits, légumes et de poisson dans la population générale, plusieurs obstacles à une alimentation saine ont pu être identifiés : l’aversion gustative, le manque de savoir-faire culinaire, le manque de temps, le prix perçu comme élevé, le manque de disponibilité des aliments et l’absence de motivation pour adopter de nouvelles habitudes alimentaires 5-8.

En fonction des milieux socio-économiques des différences se font également sentir. Ainsi, les personnes à faibles revenus dépensent moins d’argent pour des aliments sains comparativement à celles à hauts revenus 6,9. Autre fait notable : les populations avec un bas niveau de scolarité manquent de connaissances sur l’alimentation saine, comparativement à celles ayant suivi des études plus longues 10.

Les personnes âgées ont été peu étudiées

S’il demeure important d’examiner les obstacles à une alimentation saine en fonction des milieux socio-économiques, les études s’intéressant particulièrement aux adultes âgés sont plutôt rares. Ces derniers sont souvent confrontés à des obstacles en lien avec l’âge: perte d’appétit, problèmes de mastication, réduction de mobilité, mobilité limitée... Tous ces obstacles peuvent avoir une répercussion négative sur les choix et la consommation alimentaires 11-14. En l’état actuel, la littérature existante ne permet pas de déterminer clairement si le milieu socio-économique, ajouté aux différents obstacles rencontrés par les personnes âgées ont une influence sur le choix d’une alimentation saine. D’où cette étude qui a identifié les obstacles liés à la consommation de fruits, légumes et poisson, puis à ceux liés aux milieux socio-économiques, pour in fine analyser leurs influences sur le respect des recommandations néerlandaises en matière de fruits, légumes et poisson.

Une étude transversale chez 1 057 adultes âgés de 55 à 85 ans, vivant en résidence

Cette étude transversale a utilisé les données d’une étude de cohorte actuellement en cours - Longitudinal Aging Study Amsterdam (LASA) - dont l’objectif initial est celui d’examiner les changements d’autonomie et de bien-être dans la population âgée aux Pays-Bas 15.

Les données ont porté sur le niveau d’éducation et les revenus du foyer, la fréquence de consommation alimentaire pour évaluer la consommation de fruits, légumes et poisson et sur le mode de vie pour déterminer les obstacles à la consommation des quantités recommandées.

Les recommandations néerlandaises en matière de consommation de fruits, légumes et poisson sont les suivantes : deux portions de fruits par jour (une portion au maximum pouvant être remplacée par un verre de jus de fruits de 200 ml), quatre grandes cuillères de légumes par jour (200 g) et du poisson deux fois par semaine 15.

Des obstacles perçus par près d’1 personne sur 2

48,9 % des répondants rapportent un obstacle à la consommation recommandée pour les fruits, 40 % pour les légumes et 51,1 % pour le poisson. Les obstacles les plus fréquemment perçus sont le prix élevé des fruits et du poisson et le peu d’appétence pour les légumes. Chez les personnes avec des revenus et un niveau d’éducation faibles, la probabilité de percevoir n’importe lequel des obstacles au respect des recommandations en matière de fruits, légumes et poisson est significativement plus élevée.

De plus, avoir des faibles revenus est significativement associé à un moindre respect des recommandations en matière de fruits et de poisson. Cependant, aucun lien n’a été observé entre les revenus et le respect des recommandations concernant les légumes...

Un niveau de scolarité faible est également associé de façon significative à un moindre respect des recommandations en matière de légumes. En revanche, le niveau de scolarité n’est pas lié au respect des recommandations en matière de fruits et de poisson.

Plus le revenu est bas, plus grande est la perception des obstacles à la consommation recommandée. L’obstacle prépondérant est le manque d’appétence pour les fruits et le prix pour le poisson.

Au final, les résultats de cette étude de grande ampleur, chez des personnes âgés au Pays-Bas, suggèrent que, si l’on veut réduire les inégalités liées aux revenus pour la consommation de fruits et de poisson, il peut être important de se concentrer sur les obstacles des apports recommandés pour ces deux types d’aliments, notamment par rapport au goût et aux inquiétudes liées au prix.

Une solution se profile : proposer des aliments sains, abordables et accessibles, ainsi que des interventions pour faire apprécier les fruits, pourrait augmenter la consommation de fruits et de poisson chez les adultes âgés, en particulier dans les populations à faibles revenus.

Pour le confirmer, il convient de mener d’autres études chez les personnes âgées afin de vérifier si cette initiative aboutit à un meilleur respect des recommandations alimentaires.

S Coosje Dijkstra
Département des sciences de la santé et Département d’épidémiologie et de biostatistique - Institut EMGO pour la recherche en santé et soins, Faculté des sciences de la terre et de la vie, Amsterdam, PAYS-BAS
Judith E Neter
Département des sciences de la santé et Département d’épidémiologie et de biostatistique - Institut EMGO pour la recherche en santé et soins, Faculté des sciences de la terre et de la vie, Amsterdam, PAYS-BAS
Ingeborg A Brouwer
Département des sciences de la santé et Département d’épidémiologie et de biostatistique - Institut EMGO pour la recherche en santé et soins, Faculté des sciences de la terre et de la vie, Amsterdam, PAYS-BAS
Martijn Huisman
Département des sciences de la santé et Département d’épidémiologie et de biostatistique - Institut EMGO pour la recherche en santé et soins, Faculté des sciences de la terre et de la vie, Amsterdam, PAYS-BAS
Marjolein Visser
Département des sciences de la santé et Département d’épidémiologie et de biostatistique - Institut EMGO pour la recherche en santé et soins, Faculté des sciences de la terre et de la vie, Amsterdam, PAYS-BAS
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