N° 190 | octobre 2018

Consommation de jus de fruits « 100 % pur jus » par les enfants du programme WIC : attention aux excès…

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Il existe une controverse sur la quantité de jus de fruits «100 % pur jus» allouée aux enfants du « programme WIC ». Si le jus de fruit pur apporte des vitamines et minéraux, de nombreuses données suggèrent que sa consommation en excès peut nuire à la santé chez l’enfant. A volume équivalent, un jus de fruit apporte presque autant de sucre qu’une canette de soda et ne présente pas les mêmes bénéfices qu’un fruit entier ¹.

Alors que la consommation de fruits est associée à des résultats bénéfiques sur la santé, la consommation de jus de fruit semble produire l’effet inverse ². Elle peut entraîner un gain de poids et l’apparition de caries chez les jeunes enfants ³. En outre, la consommation de jus de fruit dans la petite enfance renforce la préférence des enfants pour le goût sucré qui conduit, plus tard, à une forte consommation de boissons sucrées comme les sodas 4.

Une quantité de jus de fruits trop élevée chez les enfants WIC ?

Bien que la quantité de jus de fruit ait été réduite de moitié, le panier alimentaire WIC contient actuellement près de 380 cl de jus de fruit, ce qui représente 71 à 108 % de l’apport maximal recommandé par l’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP).

Cette quantité peut être trop élevée :

  1. WIC étant un programme de «supplémentation», il est possible que les familles s’approvisionnent déjà en jus de fruit par paiement en espèces ou par le biais du programme SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) ;
  2. de nombreux enfants WIC participent à d’autres programmes d’aide nutritionnelle, comme « Head Start », qui délivrent du jus de fruits.

Les enfants inclus dans WIC pourraient ainsi dépasser la quantité de jus de fruits recommandée par l’AAP.

Pour le vérifier, nous avons utilisé des données nationales, comparant la consommation de «jus de fruits 100 % pur», de fruits entiers et de légumes, chez des enfants du programme WIC, des «non-participants éligibles en termes de revenus» (revenus ≤ 185 % de la ligne de pauvreté fédérale) et des «non-participants de foyers à revenus élevés» (revenus > 185 % de la ligne de pauvreté fédérale), en suivant les modifications de 2009 du panier alimentaire WIC.

Une compilation de trois enquêtes du NHANES

Les données sont issues du National Health and Nutrition Examination Surveys (NHANES), organisme d’enquêtes nationales représentatives sur l’état de santé et le statut nutritionnel des Américains.

En compilant 3 enquêtes NHANES entre 2009 et 2014, nous avons inclus 1 576 enfants de 2 à 4 ans (677 participaient au programme WIC, 409 étaient des «non-participants éligibles en termes de revenus», 490 des «non-participants de foyers à revenus élevés»).

Pour calculer la consommation de jus de fruits «pur jus», de fruits entiers et de légumes, un «rappel de 24 h» a été utilisé.

Une probabilité supérieure de dépasser l’apport maximal recommandé de jus de fruits

Les enfants WIC ont consommé quotidiennement 0,77 équivalent tasse de «jus de fruits 100 % pur» (20 cl), 0,75 équivalent tasse de fruits entier et 0,65 équivalent tasse de légumes entiers.

Par rapport aux «non-participants éligibles en termes de revenus», les enfants WIC ont consommé une quantité plus importante de «jus de fruits pur», avec une probabilité 1,5 fois supérieure de dépasser l’apport maximal recommandé par l’AAP (figure 1).

Par rapport aux «non-participants de foyers à revenus élevés», les enfants WIC ont consommé moins de légumes.

Réduire la quantité de jus de fruits dans les paniers alimentaires WIC

Ces résultats révèlent donc que les enfants du programme WIC ont une probabilité plus élevée que les «non-participants éligibles en termes de revenus» de dépasser la quantité de jus de fruit «pur jus» recommandée par l’AAP.

Tous les enfants de l’échantillon avaient un faible apport de fruits entiers et un apport insuffisant de légumes.

Ces conclusions confirment la nécessité de réduire la quantité de jus de fruits 100 % pur jus dans le panier alimentaire WIC et d’affecter des fonds supplémentaires pour des bons d’achat pour les fruits et légumes entiers 5,6.

Kelsey A. Vercammen
Département d'épidémiologie, École de santé publique T.H. Chan de l’Université de Harvard - ETATS-UNIS
Alyssa J. Moran
Département de nutrition - École de santé publique T.H. Chan de l’Université de Harvard - ETATS-UNIS
Laura Y. Zatz
Département de nutrition et département des sciences sociales et comportementales - École de santé publique T.H. Chan de l’Université de Harvard - ETATS-UNIS
Eric B. Rimm
Département d'épidémiologie - École de santé publique T.H. Chan de l’Université de Harvard - ETATS-UNIS
D'après : Vercammen K, Moran A, Zatz L, Rimm E. A Comparison of 100% Fruit Juice, Whole Fruit and Vegetable Intake between Children Participating in WIC and Nonparticipants. American Journal of Preventive Medicine. 2018; 55(1):e11-8
  1. Heyman MB, Abrams SA. Fruit Juice in Infants, Children, and Adolescents: Current Recommendations. Pediatrics. 2017:e20170967.
  2. Muraki I, Imamura F, Manson JE, et al. Fruit consumption and risk of type 2 diabetes: results from three prospective longitudinal cohort studies. Bmj. 2013;347:f5001.
  3. Shefferly A, Scharf RJ, DeBoer MD. Longitudinal evaluation of 100% fruit juice consumption on BMI status in 2–5-year-old children. Pediatr Obes. 2016;11(3):221-227.
  4. Sonneville KR, Long MW, Rifas-Shiman SL, Kleinman K, Gillman MW, Taveras EM. Juice and water intake in infancy and later beverage intake and adiposity: could juice be a gateway drink? Obesity. 2015;23(1):170-176.
  5. Ferris HA, Isganaitis E, Brown F. Time for an End to Juice in the Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children. JAMA Pediatr.
    2017.
  6. Nagata JM, Djafari JT, Chamberlain LJ. The option of replacing the special supplemental nutrition program for women, infants, and children fruit juice supplements with fresh fruits and vegetables. JAMA Pediatr. 2016;170(9):823-824.
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