N° 203 | décembre 2019

Des SMS pour augmenter la consommation de F&L chez les adolescents en milieu rural et l’établissement d’objectifs pour une alimentation plus saine

En raison de leur statut socio-économique et du manque d'accès à des aliments sains et abordables, les adolescents ruraux consomment moins de F&L et présentent donc des taux plus élevés d'obésité et de risque de maladies cardiovasculaires1,2. Les études montrent que lorsque les F&L sont davantage disponibles à leur domicile, les adolescents en consomment de plus grandes quantités3.

Les interventions sous forme de SMS se sont avérées efficaces pour perdre du poids chez les  adultes4 et améliorer les achats de F&L chez les adolescents urbains5. Néanmoins, aucun programme ne transmet des messages affectifs, ni ne cible la consommation de F&L et de boissons peu caloriques chez les adolescents en milieu rural. Il n’existe pas non plus d’initiative examinant la capacité des SMS à améliorer l’auto-efficacité et l’adoption d’objectifs en matière d’alimentation.

Dans ce contexte, nous avons développé et testé un programme se basant sur l’envoi de SMS pour augmenter l'auto-efficacité et l'établissement d'objectifs pour une consommation d'aliments et de boissons de meilleure qualité nutritionnelle.

L’objectif principal de cet article est d’étudier l’effet de cette intervention sur la consommation de F&L. Les critères secondaires étaient la consommation de boissons sucrées, les habitudes d’achats alimentaires, la disponibilité des aliments à domicile, l’auto-efficacité et l’adoption d’objectifs pour une alimentation saine.

Le projet « Go Big and Bring it Home » (GBBH)

Le projet GBBH est une intervention de huit semaines se basant sur l’envoi de SMS et dirigée par un mentor, visant à améliorer la consommation de F&L chez les adolescents ruraux. Au total, 411 participants (dont 277 sujets interventions et 134 témoins, âge moyen = 15 ans) ont été recrutés dans 8 lycées ruraux.

Les mentors étaient des étudiants bénévoles en premier cycle en nutrition humaine et diététique de l'Université du Kentucky.

  • La première semaine visait à permettre aux lycéens de connaître leur mentor et à résoudre les problèmes de communication.
  • Au cours des six semaines suivantes, les lycéens ont reçu chaque semaine un défi par SMS en lien avec la consommation de F&L et de boissons peu caloriques. Ces SMS tenaient compte des différents commerces dans lesquels les adolescents indiquaient acheter ou consommer des aliments (commerces de proximité, supermarchés et fast-foods). Ces messages ne contenaient pas de formulations négatives, comme « Interdit de... » ou « Évite... ».

Quelques exemples de SMS envoyés : « Choisis un fruit lorsque tu feras des courses à la station-service » ; « Quand je mange dans des fast-foods, j’aime bien boire de l’eau. Ça pourrait le faire pour toi aussi cette semaine. »

  • La huitième semaine fournissait des informations concernant les objectifs atteints par les lycéens et les établissements scolaires.

Impact sur la consommation et l’achat de F&L

Cette intervention a eu un effet positif significatif sur la consommation de F&L : les lycéens ayant reçu des SMS ont augmenté de 0,71 leurs portions quotidiennes de fruits et légumes, tandis que dans le groupe témoin, elles ont baissé de 1,52 par jour.

Le groupe recevant des SMS a également augmenté ses achats hebdomadaires de F&L  (+ 2,55 achats / semaine).

Effets sur la consommation et l’achat de collations de bonne qualité nutritionnelle, d’eau ou de boissons peu calorique et de boissons sucrées

Aucun effet n’a été observé sur la consommation de boissons sucrées. En revanche, les achats hebdomadaires d’eau et de boissons à zéro calorie ont augmenté dans le groupe recevant des SMS (+0,87 par jour).

Concernant les collations de bonne qualité nutritionnelle, les adolescents recevant des SMS ont augmenté leurs achats de 1,81 par jour sur une semaine.

Effet sur l’auto-efficacité et l’adoption d’objectifs

Comparativement au groupe témoin, les lycéens ayant reçu des SMS présentaient une probabilité significativement supérieure d’avoir une auto-efficacité pour la consommation de légumes (Odd Ratio 1,59) et l’adoption d’objectifs en matière de fruits (Odd Ratio 1,52), légumes (Odd Ration 1,75) et boissons sucrées (Odd Ratio 1,94).

En conclusion, ce type d’initiative axée sur des changements individuels et environnementaux représente une approche prometteuse pour améliorer les comportements en matière d’alimentation et d’achat. 

Alison Gustafson
Faculté de diététique et nutrition humaine, Université du Kentucky, ETATS-UNIS
  1. Lutfiyya MN. et al. Is rural residency a risk factor for overweight and obesity for U.S. Children? Obesity 2007, 15, 2348–2356.
  2. Johnson CM. et al. Eating behaviors and social capital are associated with fruit and vegetable intake among rural adults. J. Hunger. Environ. Nutr.2010, 5, 302–315.
  3. Pearson N. et al. Family correlates of fruit and vegetable consumption in children and adolescents: A systematic review. Public Health Nutr.2009, 12, 267–283.
  4. Flores Mateo G. et al. Mobile phone apps to promote weight loss and increase physical activity: A systematic review and meta-analysis. J. Med. Internet Res.2015, 17, e253.
  5. Trude, A.C.B. et al. A multilevel, multicomponent childhood obesity prevention group-randomized controlled trial improves healthier food purchasing and reduces sweet-snack consumption among low-income african-american youth. Nutr. J.2018,17, 96.
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