N° 143 | juin 2014

Du fan de foot au fan de gras…

Après cette période de coupe du monde, voici un article qui tombe à pic. Il s’intéresse aux modifications du comportement alimentaire des supporters selon la victoire ou la défaite de leur équipe favorite.

Deux chercheurs du département marketing de l’INSEAD se sont penchés sur une question jusqu’alors peu étudiée. D’une manière générale, les supporters ont tendance à s’approprier les victoires ou les défaites de leurs équipes, ce qui peut avoir une influence sur leur propre comportement.

Un ego menacé se sent plus attiré par des aliments malsains

Des études ont montré, par exemple, qu’après la défaite d’une équipe de foot, la criminalité liée à l’alcool, les accidents de circulation, les violences domestiques augmentaient. Il a même été constaté que les accidents cardiaques augmentaient après une défaite par procuration et diminuaient en cas de victoire....

En revanche on connait mal l’influence que de tels événements peuvent avoir sur la capacité des «supporters sur canapés» à réguler leur prise alimentaire. Les deux auteurs de l’article sont partis de l’hypothèse qu’après une défaite, les supporters d’une équipe de foot auraient tendance à manger de manière moins saine, partant du principe qu’un ego menacé se sent plus attiré par des aliments malsains. A l’inverse, ils ont supposé qu’une victoire de foot par procuration aurait l’effet opposé et, en augmentant leur propre estime, pourrait inciter les supporters à manger plus sainement.

Une célèbre compétition du football américain

Les chercheurs se sont intéressés (pour la partie la plus importante de leur étude) au Super Bowl, une célèbre compétition du football américain, regardée par plus de 100 millions de spectateurs. Ils se sont particulièrement focalisés sur les équipes les plus réputées et les supporters les plus fervents. L’étude a porté sur le match du dimanche qui représente plus de 70 % des compétitions.

Les données de consommation alimentaire ont été collectées auprès d’un panel représentatif d’Américains (âge moyen 38 ans, 52% de femmes, 48% d’hommes) habitant dans des grandes villes. On a demandé aux participants de remplir un carnet de consommation alimentaire sur 2 périodes de 2 semaines à un an d’intervalle. Les données ont été converties en niveau de consommation de macronutriments.

Les sujets ont été répartis en quatre groupes : 2 groupes contrôles (sujets habitant dans une ville dépourvue d’équipe de foot ou avec une équipe qui ne jouait pas le dimanche étudié) et deux groupes d’observation (sujets vivant dans une ville dont l’équipe avait perdu le match et inversement dans une ville dont l’équipe avait gagné).

Ils ont utilisé deux mesures d’alimentation malsaine : la consommation de graisses saturées et la consommation calorique totale.

Ils ont étudié l’alimentation sur 3 jours: le dimanche (jour du match), le lundi et le mardi qui suivaient. L’étude a porté sur 726 sujets.

De profondes différences de consommation en graisses saturées et en calories

Si l’on n’a trouvé aucune différence de consommation significative entre les 4 groupes pour les jours du dimanche et du mardi, en revanche, la journée du lundi a été marquée par de profondes différences de consommation en graisses saturées et en calories:

  • Après une défaite la consommation de graisses saturées avait augmenté de 16%
  • après une victoire, inversement elle avait diminué de 9%

En outre, le niveau de ferveur des supporters modérait ces résultats. Dans les villes où ils étaient les plus fervents, la consommation de graisses saturées augmentait de 28% après une défaite et diminuait de 16% après une victoire.

Au niveau de l’apport calorique on retrouvait les mêmes tendances : augmentation de 10% après une défaite et diminution de 5% après une victoire. En revanche le niveau d’implication des supporters n’a pas eu d’impact significatif.

Cette étude montre que les fans du ballon rond mangent moins sainement après avoir vu leur équipe favorite perdre un match de foot. Le lendemain leur consommation de graisses saturées et de calories augmente. A l’inverse, elle diminue quand le match a été gagné.

Ces effets sont cependant transitoires puisque la consommation habituelle se rétablit au cours du mardi. Les supporters se remettent rapidement de leurs émotions !

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Cornil Y. et Chandon P. From fan to fat? Vicarious losing increases unhealthy eating, but self-affi rmation is an effective remedy. Psychological science 2013 Oct;24(10):1936-46
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