N° 182 | janvier 2018

Effets bénéfiques des flavonoïdes de myrtille sur l’humeur des jeunes

Troubles dépressifs : un problème de santé publique

Selon l’OMS, les troubles dépressifs constituent la deuxième cause de mortalité chez les jeunes en raison du lien entre suicide et dépression. Les psychothérapies et un seul traitement pharmacologique autorisé, la fluoxétine, sont recommandés pour traiter la dépression chez les adolescents. Cependant, ils ne sont que modérément efficaces : jusqu’à 50 % des jeunes ne répondent pas au traitement ou connaissent une rechute et d’autres épisodes dépressifs. Un domaine important à développer est donc de prévenir la dépression par le biais d’interventions de santé publique dispensées à une population d’enfants et d’adolescents.

La consommation de F&L réduit l’incidence de la dépression

Il existe des données émergentes établissant un lien entre alimentation et apparition de la dépression. Les données épidémiologiques montrent que la consommation de F&L tout au long de la vie présage une incidence plus faible de la dépression à un âge avancé. Dans notre examen de la littérature sur l’alimentation et la dépression chez les jeunes, nous avons constaté que, même si les données étaient de faible qualité, il existait des liens concordants entre la nutrition et la dépression dans les études transversales et longitudinales. Cela peut être attribué à la présence de grandes quantités de micro nutriments: les flavonoïdes. Les flavonoïdes sont une classe de polyphénols naturellement présents dans les fruits, les légumes, le thé, le café et le cacao. Cependant, il n’existe pas d’études d’intervention explorant les effets des aliments riches en flavonoïdes sur l’humeur.

Les boissons aux myrtilles sauvages accroissent l’état émotionnel positif

Compte tenu des liens bien documentés entre la consommation de F&L et la dépression, nous avons testé les effets aigus des myrtilles sauvages riches en flavonoïdes dans un essai randomisé en double aveugle. Nous avons réalisé 3 études indépendantes, avec des enfants en bonne santé (7-10 ans) N=50, des adolescents (12-17 ans) N=33 et des jeunes adultes (18-21 ans) N=21. Tous les participants ont reçu aléatoirement une boisson aux myrtilles sauvages (équivalant à 240 g de myrtilles sauvages fraîches) ou une boisson placebo (correspondant au niveau des sucres et des vitamines). Ils ont été invités à remplir un questionnaire évaluant leurs états émotionnels négatifs (NA) et positifs (PA) (Échelle PANAS) avant et 2 heures après la consommation (période qui représente le pic d’absorption et du métabolisme des flavonoïdes de la myrtille).

Un effet constant dans les 3 études

L’effet des flavonoïdes sur l’humeur était constant dans les trois études, à différents moments de la journée (le matin, l’après-midi et le soir), individuellement et entre deux sujets.

  • Jeunes adultes : augmentation significative de l’affect positif après avoir consommé la boisson aux myrtilles, sans aucun changement dans l’affect positif après avoir consommé la boisson placebo.
  • Enfants : pas de changement significatif dans l’affect positif après la consommation de la boisson placebo, mais une augmentation significative de l’affect positif après avoir consommé la boisson aux myrtilles. Il n’y avait pas de différence significative dans l’affect négatif entre le placebo et la boisson aux myrtilles après la consommation.
  • Adolescents : pas de changements significatifs dans l’affect positif ni négatif suite à la consommation de la boisson. Cependant, bien que non significative, il existait une augmentation des scores d’affect positif moyen deux heures après la consommation. Aucun effet de la boisson aux myrtilles sur l’affect négatif n’a été observé.

Les flavonoïdes peuvent prévenir la dysphorie, un indicateur de survenue de troubles dépressifs majeurs

Des périodes prolongées de morosité ou de dysphorie (faible affect positif) sont de puissants indicateurs de l’émergence d’un trouble dépressif majeur. Par conséquent, si la consommation élevée de flavonoïdes améliore l’affect positif, nous émettons l’hypothèse qu’une consommation soutenue de flavonoïdes pourrait aider à prévenir la dysphorie, et donc l’apparition d’une dépression majeure. Étant donné que la dépression tend à apparaître pour la première fois à l’adolescence et au début de l’âge adulte, et qu’elle entraîne des épisodes répétés plus tard dans la vie, une intervention augmentant la consommation de flavonoïdes durant cette période critique du développement pourrait réduire l’incidence de la dépression à l’adolescence et tout au long de la vie.

Perspective : intervention diététique pour promouvoir un état d’esprit positif

Ces études ont démontré que la consommation de flavonoïdes de myrtille améliorait l’affect positif et n’avait aucun effet sur l’affect négatif chez les enfants en bonne santé et les jeunes adultes. Bien que non significatifs les flavonoïdes de myrtille semblent avoir des effets similaires sur l’humeur des adolescents. Les interventions alimentaires, particulièrement celles ciblant les F&L, pourraient jouer un rôle clé dans la promotion d’un état d’esprit positif et représenter un moyen possible de prévenir la dysphorie et la dépression. Compte tenu des implications potentielles de ces résultats pour la prévention de la dépression, il est important de reproduire l’étude et d’évaluer la possibilité de traduire ces résultats en interventions pratiques, rentables et acceptables.

Sundus Khalid
School of Psychology and Clinical Language Sciences, University of Reading, Earley Gate, Whiteknights, Reading, ROYAUME-UNI
collaborateurs
Khalid S, Barfoot KL, May G, Lamport DJ, Reynolds SA, Williams CM. Effects of Acute Blueberry Flavonoids on Mood in Children and Young Adults. Nutrients. 2017;9(2):158.
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