N° 185 | avril 2018

Effets de la consommation de F&L sur l’asthme, la respiration sifflante et les réponses immunitaires

L’asthme est une inflammation pulmonaire chronique, associée à une réduction des voies respiratoires, une hyper réactivité bronchique et des symptômes comme la toux, le wheezing (respiration sifflante), la dyspnée et l’oppression thoracique. Il dépend de facteurs génétiques et environnementaux. Dans certains cas, comme l’exacerbation par des virus, les traitements comme les glucocorticoïdes peuvent s’avérer inefficaces et leur utilisation prolongée expose à des effets secondaires comme la surinfection pulmonaire, la cataracte et l’ostéoporose ¹. Des interventions nonpharmacologiques sont donc nécessaires pour réduire le fardeau de l’asthme chez les adultes et les enfants. Mieux comprendre le rôle de l’alimentation dans la survenue de cette pathologie peut aider à la prise en charge de cette maladie inflammatoire chronique.

Une faible consommation de F&L peut jouer un rôle essentiel dans le développement de l’asthme et des allergies

Cette récente revue de la littérature, réalisée par une équipe australienne, fait le point sur la relation entre la consommation de F&L et le risque d’asthme, de wheezing et les réponses immunitaires. Les études publiées jusque juin 2016 ont été recensées à partir des bases de données internationales.

Au final, 58 études ont été recensées: 30 transversales, 13 de cohorte, 8 cas-témoin et 7 études d’intervention. La majorité (n=30) retrouve des associations bénéfiques entre une consommation importante de F&L et le risque d’asthme et/ou la fonction respiratoire, alors que 8 n’ont trouvé aucune relation significative. Vingt études rapportent des résultats mitigés montrant une association négative entre la consommation de fruits ou de légumes seuls et l’asthme.

En outre, les méta-analyses chez les adultes et les enfants ont montré des associations inverses entre la consommation de fruits et le risque de prévalence du wheezing et de sévérité de l’asthme 2,3. De la même façon la consommation de légumes était négativement associée avec le risque de survenue d’asthme. Sept études se sont intéressées aux réponses immunitaires en relation avec la consommation de F&L dans l’asthme : 6 ont montré un effet protecteur contre l’inflammation systémique ou respiratoire.

Effets bénéfiques des F&L sur l’asthme

Une étude de cohorte réalisée en Grèce 4 a suivi des enfants depuis la naissance jusqu’à l’âge de 18 ans. Elle a montré qu’une consommation quotidienne de F&L au cours des 12 derniers mois était inversement associée à l’asthme à 18 ans.

Certains F&L plus spécifiques pourraient avoir des effets protecteurs. Ainsi, Knekt et al. 5 ont trouvé une incidence plus faible d’asthme chez près de 400 adultes de 30 à 69 ans associée à une consommation accrue de flavonoïdes alimentaires (en particulier apportés par les oranges, pommes, pamplemousses, oignons, choux blancs, baies et jus). Les associations les plus fortes ont été notées pour les apports de pommes et d’oranges.

Une vaste étude (près de 70 000 femmes) 6 a montré des associations inverses entre l’asthme et une forte consommation de tomates, carottes et légumes-feuilles.

L’étude internationale ISAAC de Nagel 7 incluant 50 000 enfants de 8-12 ans dans 20 pays a montré qu’une consommation de légumes verts était associée à une diminution du nombre d’enfants atteints de respiration sifflante dans les pays pauvres seulement, alors que la consommation de fruits était associée à une faible prévalence de respiration sifflante tant dans les pays riches que pauvres.

En outre, une étude prospective sur un an chez plus de 4000 enfants de 6-7 ans 8 a montré qu’une consommation élevée de tomates, fruits et agrumes était associée à une réduction de l’essoufflement.

Consommation de F&L durant la grossesse et risque d’asthme chez l’enfant

Des associations inverses entre l’incidence d’asthme diagnostiqué médicalement chez les enfants et les plus fortes consommations de F&L par la mère durant la grossesse ont été rapportées par Fitzsimon et al. 9.

Selon Willers, la consommation de pommes chez 1212 femmes enceintes a réduit la respiration sifflante, et l’asthme confirmé par un médecin chez les enfants. Cependant, aucune association n’a été démontrée avec la consommation de légumes par la mère 10.

En revanche, une autre étude a montré que la consommation de légumes plus de 8 fois par semaine était inversement corrélée à la respiration sifflante persistante sans retrouver aucune association avec la consommation de fruits 11.

Effets protecteurs des F&L sur l’asthme: rôle des antioxydants

Les effets protecteurs des F&L sur l’asthme et la fonction pulmonaire sont expliqués par divers mécanismes. En particulier, les F&L frais sont riches en une combinaison de divers antioxydants comme les vitamines C et E (présente en particulier dans les maïs, tomates, épinards, brocolis, kiwis, mangue) et les caroténoïdes (dont le lycopène, un puissant anti oxydant, particulièrement concentré dans les tomates, les fruits rouges, la pastèque, les abricots et le pamplemousse rose). Les flavonoïdes (polyphénols des F&L dotés de puissants effets antioxydants et anti inflammatoires), les isoflavonoïdes et les composés phénoliques interviennent également 12.

Les asthmatiques présentent un stress oxydatif élevé qui augmente lors des exacerbations aigues. Ainsi un apport élevé en antioxydants peut être bénéfique 13.

Afin de mieux identifier les mécanismes biologiques responsables des effets de la consommation de F&L sur l’asthme, des études supplémentaires sont nécessaires.

Hosseini B, Berthon BS, Wark P, Wood L. Effects of Fruit and Vegetable Consumption on Risk of Asthma, Wheezing and Immune Responses: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients 2017. 9, 341.
  1. Andreeva-Gateva PA, et al. Postgrad. Med.2016, 128, 474–484.
  2. Mendes, A.P., et al. J. Asthma 2011, 48, 235–240.
  3. Barros, R., et al. Allergy 2008, 63, 917–923.
  4. Bacopoulou F, et al. J. Asthma 2009, 46, 171–174.
  5. Knekt P, et al. Am. J. Clin. Nutr.2002, 76, 560–568.
  6. Romieu I, et al. Thorax 2006, 61, 209–215.
  7. Nagel G, et al. Thorax 2010, 65, 516-522.
  8. Farchi S, et al. Eur. Respir. J.2003, 22, 772–780.
  9. Fitzsimon N, et al. Ir. Med. J.2007, 100, 27–32.
  10. Willers SM, et al. Thorax 2007, 62, 773–779.
  11. Chatzi L, et al. Thorax 2008, 63, 507–513.
  12. Okoko BJ, et al. Eur. Respir. J.2007, 29, 1161–1168.
  13. Leonardi S, et al. Allergy Asthma Proc.2014, 35, 51–56.
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