N° 205 | mars 2020

Effets d’un jeu en ligne sur la promotion de la consommation de fruits chez les enfants

Les recherches sur le marketing alimentaire montrent que les techniques publicitaires augmentent de façon efficace la consommation d’aliments néfastes pour la santé, conduisant à l’épidémie actuelle d’obésité. De nombreuses études démontrent que l’exposition à des signaux d’aliments appétissants peut entraîner leur consommation en activant des réponses alimentaires automatiques1,2,3. Par exemple, la théorie de la réactivité au signal explique ces résultats liés au marketing en faveur d’aliments de mauvaise qualité nutritionnelle. Le modèle théorique établit que les signaux alimentaires qui expriment une consommation alimentaire peuvent agir comme des stimuli
conditionnés qui déclenchent une réactivité aux signaux ou des réponses conditionnées, comme des envies ou de véritables habitudes alimentaires4.

On en sait moins sur les effets de la promotion des aliments de meilleure qualité nutritionnelle, même si chez l’enfant les bienfaits sur la santé d’une plus grande consommation de fruits et légumes (F&L) sont bien établis. En outre, la plupart des études sur le marketing alimentaire axent leurs recherches sur les effets de la publicité alimentaire télévisée, bien que le paysage médiatique évolue rapidement pour inclure les nouvelles technologies numériques en ligne comme outils de
marketing1. L’une des formes de marketing en ligne est le jeu vidéo publicitaire. Il s’agit d’un jeu en ligne gratuit qui intègre des messages publicitaires, des logos et des signes commerciaux.

Un jeu de mémoire en ligne pour favoriser la consommation de fruits chez les enfants ?

L'objectif principal de cette étude est d'examiner si un jeu publicitaire en ligne faisant la promotion d’une marque de fruits avec des produits alimentaires, augmente la consommation ultérieure de fruits. Pour réaliser cette expérience, un modèle randomisé inter-sujets a été mis en place avec 123 enfants néerlandais (âge : 7 à 13 ans) qui ont joué à un jeu vidéo publicitaire faisant la promotion de fruits (n = 43), de produits non alimentaires (n = 40) ou qui constituaient le groupe témoin (n = 40). Par la suite, la consommation de fruits a été mesurée en tant que critère principal d’évaluation. Les enfants ont ensuite complété un questionnaire et ont été pesés et mesurés.
Au total 123 enfants - dont 59,3 % de filles - issus de 3 écoles primaires aux Pays-Bas ont participé (niveaux 2 à 6*). Pour mesurer la consommation de fruits après le jeu publicitaire en ligne, les enfants ont été invités à manger ce qui leur plaisait pendant 4 minutes. Nous avons pesé la quantité de fruits mangée par chaque enfant avant qu’il n’entre dans la pièce et les avons pesé de nouveau après consommation. Les résultats montrent que le fait de jouer à un jeu de mémoire en ligne portant sur des
fruits n’a pas stimulé la consommation de fruits, tout en tenant compte des différences entre sexes et niveaux d’IMC.

Un atout aux approches d’intervention existantes ?

Même si un grand nombre de recherches montrent que le marketing alimentaire influence la consommation réelle, cet effet n’est pas observé avec les aliments plus sains1,2,3.
Nous suggérons que les futurs travaux étudient si l’exposition simple ou différentes formes de marketing alimentaire augmentent réellement la consommation des aliments de meilleure qualité nutritionnelle.
D’autres travaux de recherche sont nécessaires pour comprendre les mécanismes psychologiques permettant d’expliquer comment l’amorçage par signaux alimentaires via des jeux de mémoire influence le comportement alimentaire, en particulier chez les enfants. Ces expérimentations doivent étudier à quel moment et chez quels types d’individus ces jeux de mémoire peuvent augmenter la consommation d’aliments sains.

L’environnement obésogène ne va pas devenir rapidement plus sain. Stimuler les enfants à consommer des F&L par des techniques de divertissement comme les jeux de mémoire pourrait être complémentaire aux approches d’intervention existantes.

* En France, du CE1 à la 6ème

F. Folkvord
Institut des sciences comportementales, Université de Radboud Nijmegen, Département des sciences de communication de l’Université d’Amsterdam, PAYS-BAS
Alexandra Theben
Groupe de recherche Open Evidence Research, Barcelone, ESPAGNE

1. Boyland, E. J., Nolan, S., Kelly, B., Tudur-Smith, C., Jones, A., Halford, J. C., & Robinson, E. (2016). Advertising as a cue to consume: a systematic review and meta-analysis of the effects of acute exposure to unhealthy food and nonalcoholic beverage advertising on intake in children and adults, 2. The American journal of clinical nutrition, 103(2), 519-533.
2. Folkvord, F., Anschütz, D. J., Boyland, E., Kelly, B., & Buijzen, M. (2016). Food advertising and eating behavior in children. Current Opinion in Behavioral Sciences, 9, 26-31.
3. Folkvord, F. (Ed.). (2019). The Psychology of Food Marketing and Overeating. Routledge.
4. Folkvord F et al. Food advertising and eating behavior in children. Current opinion in Behavioral Sciences; 2016: 9:26-31.

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