N° 206 | avril 2020

Environnement alimentaire et consommation de F&L : l’expérience brésilienne

La consommation inappropriée de F&L est l’un des dix principaux déterminants du fardeau mondial des maladies. Elle est caractérisée par leur manque de variété ou leur quantité insuffisante, ce qui se traduit par une diminution du répertoire alimentaire et un faible apport en nutriments¹. Il est d’une importance capitale de proposer dans le monde entier des politiques de santé fondées sur des preuves dans le but d’accroître l’accès aux F&L ainsi que leur consommation.

Toutefois, les études se limitent à l’évaluation de la consommation selon la recommandation « 5 portions par jour ». Dans l’ensemble, elles ne tiennent pas compte de la diversité alimentaire et abordent peu le rôle de l’environnement alimentaire sur la consommation, en particulier dans des contextes collectifs comme les services de santé² et les pays en développement.

Dans un tel contexte, notre étude s’est intéressée à la relation entre la quantité et la diversité des F&L consommés et l’environnement alimentaire.

Un essai communautaire en 3 étapes pour encourager la consommation de F&L

Un essai communautaire contrôlé randomisé a été réalisé afin d’encourager la consommation de F&L au sein d’un échantillon représentatif du service de santé, appelé Programme académique de santé (PAS) de Belo Horizonte (État de Minas Gerais, Brésil). Notre projet a été développé dans les domaines environnemental et individuel.

Il comporte 3 étapes :

  1. Évaluation de la consommation de F&L et des facteurs associés à cette dernière, en tenant compte des domaines individuel et environnemental ;
  2. Développement d'une intervention pour promouvoir la consommation de F&L ;
  3. Évaluation de l'effet de l'intervention sur la consommation de F&L et sur le poids corporel.

Lors de la première phase, 3 414 utilisateurs du PAS ont été interrogés. Ils ont répondu à un questionnaire portant sur des caractéristiques économiques et sociodémographiques, des aspects liés à la santé, le profil d’acquisition, l’état nutritionnel et la consommation de F&L.

Evaluation de l'environnement, de la diversité et de la qualité des F&L

L’évaluation de l’environnement alimentaire du consommateur, lié à l’environnement, a été effectuée grâce à un audit dans des magasins alimentaires (magasins de proximité, marchés municipaux, épiceries, marchés de F&L, marchés de quartier, supermarchés, hypermarchés et boulangeries). La diversité a été évaluée en fonction du nombre de F&L proposés dans les magasins alors que la variété a été contrôlée selon le nombre de différents types d’une même espèce (par exemple, pomme verte, Fuji et Gala). La qualité a été qualifiée de « bonne » ou de « mauvaise » à partir d’une évaluation subjective tenant compte de la présence d’imperfections ou de l’apparition de parties « pourries » ou « trop mûres »³.

Consommation de F&L et environnement alimentaire

Les participants aux services de soins de santé primaires brésiliens avaient une consommation de F&L adéquate du point de vue de la quantité (5,4 portions/jour), mais monotone, avec deux types consommés quotidiennement en moyenne. Les principaux fruits consommés étaient la banane et l’orange alors que les légumes privilégiés étaient la tomate et la laitue.

Concernant les magasins d’alimentation dans lesquels des enquêtes ont été réalisées, une bonne diversité (77,7 % et 85 %) et une bonne variété (74,5 % et 81,4 %) de F&L ont été observées, ainsi qu’une qualité correcte (75,5 % pour les fruits et 60,4 % pour les légumes).

Après avoir procédé à des ajustements liés aux variables sociodémographiques, nous avons constaté que les connaissances individuelles sur les cultures alimentaires augmentaient la disponibilité mensuelle de fruits dans les ménages. De plus, une plus grande variété de fruits et une meilleure qualité des légumes dans les magasins d’alimentation pourraient améliorer la quantité de F&L consommés tandis qu'une plus grande variété de fruits dans les magasins d'alimentation augmenterait la diversité.

Les actions éducatives doivent aller plus loin

Certes, les participants au programme de promotion de la santé ont consommé la quantité recommandée de F&L, mais de manière monotone, malgré leur diversité, leur variété et leur qualité raisonnable dans les commerces d’alimentation des territoires des services de soins de santé. En conséquence, les actions éducatives doivent aller plus loin que la recommandation des quantités adéquates d’aliments, en préservant la culture alimentaire, les compétences culinaires et l’importance d’une alimentation variée, conformément aux recommandations nutritionnelles destinées à la population brésilienne.

Raquel Deus Mendonça
Département de nutrition, Universidade Federal de Minas Gerais, BRÉSIL
  1. World Health Organization. Global status report on noncommunicable diseases 2010. Geneva: WHO; 2011 [cited 2017 Sep 1]. Chapter 1, Burden: mortality, morbidity and risk factors; p. 9-31.
  2. Costa BVL, Oliveira CDL, Lopes ACS. Food environment of fruits and vegetables in the territory of the Health Academy Program. Cad Saude Publica. 2015;31 Suppl 1:159-69.
  3. Duran AC, Diez-Roux AV, Latorre MRDO, Jaime PC. Neighborhood socioeconomic characteristics and differences in the availability of healthy food stores and restaurants in Sao Paulo, Brazil. Health Place. 2013;23:39-47.
  4. Menezes, M, Diez Roux, A, Costa, B et al. (2018) Individual and food environmental factors: association with diet. Public Health Nutr 21, 2782–2792.
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