N° 184 | mars 2018

Environnement familial et consommation de légumes chez les petits Norvégiens : les récents apports de l’Etude BRA

La promotion d’une alimentation saine dès le début de la vie peut contribuer à réduire l’incidence des maladies non transmissibles.
En dépit des bénéfices santé largement reconnus des F&L, augmenter leur consommation est un véritable défi dans de nombreux pays.

En Norvège, la consommation de F&L est insuffisante, tant chez les adultes que les enfants scolarisés et préscolarisés. Si la présentation répétée d’un aliment aide les enfants à apprécier de nouveaux goûts, leurs préférences alimentaires sont influencées par des facteurs génétiques et environnementaux. Comme les choix des enfants se perpétuent à l’âge adulte, la petite enfance représente une période cruciale pour la mise en place d’habitudes alimentaires saines. Parce qu’il façonne ces dernières, l’environnement familial est le premier milieu où l’enfant peut déterminer ses gouts.

Chez les enfants scolarisés, la disponibilité à domicile et l’accessibilité (forme «prête à manger») des F&L représentent les principaux leviers de consommation. Les habitudes et modèles parentaux et les encouragements sont d’importants facteurs qui favorisent la consommation de F&L. Cependant un niveau socio économique bas est associé à une alimentation moins riche en végétaux.

Etude BRA: augmenter la consommation de légumes chez les enfants de 3 à 5 ans

Les fruits, doux et sucrés, sont plus faciles à être accepter que les légumes, parfois amers, par les enfants. Définir les facteurs qui favorisent ou entravent la consommation de légumes chez les jeunes enfants est important. Une étude norvégienne s’est intéressée à cette tranche d’âge en développant les éléments pour mesurer l’environnement physique familial des jeunes enfants.
En second lieu, les auteurs ont étudié les associations entre ces facteurs d’environnement et la consommation de légumes chez des enfants de 3 à 5 ans.

But de l’étude BRA : augmenter la consommation de légumes chez les enfants préscolarisés (3-5 ans), à l’aide de changements d’environnement alimentaire et de pratiques diététiques en jardin d’enfants ou à la maison. Les objectifs plus spécifiques étaient d’augmenter la fréquence quotidienne de consommation de légumes, leurs variétés sur un mois et la quantité quotidienne consommée.

Une collecte des données en 3 étapes

Six cent trente trois enfants nés en 2010 et 2011 ont été étudiés et les données ont été collectées en 3 étapes :

  1. un questionnaire en ligne pour les parents évaluant les consommations de légumes par les enfants et les facteurs pouvant les influencer.
  2. une observation directe de la consommation de fruits, de baies et de légumes sur 2 repas par jour dans des jardins d’enfants, avec une attention particulière pour les enfants de faible milieu socioculturel.
  3. un rappel de consommation sur 24 heures par internet évaluant la consommation de F&L , surtout de légumes, sur 3 repas et 3 collations.

Des associations positives avec la «disponibilité» et «l’accessibilité» à la maison

Concernant la disponibilité et l’accessibilité, les 2 critères mis en exergue, «disponibilité et accessibilité à la maison», expliquaient 42% de la variance totale.

  1. Pour la « disponibilité » : il existait une interaction significative entre l’éducation maternelle, la différence de la prise de légumes (p=0.001), la fréquence de consommation (p=0.015) et la quantité consommée (p<0.001). Chaque unité d’augmentation de la «disponibilité» était associée à une plus forte augmentation
    de la prise de légumes chez les enfants de femmes culturellement élevées par rapport à ceux de mères de moindre niveau culturel (respectivement 2.7 contre 1.2 variétés/mois). De la même façon, les enfants de milieu culturel élevé avaient une fréquence quotidienne de consommation plus forte que ceux de faible milieu culturel (respectivement 1.3 contre 0.8 fois/j). Néanmoins, les enfants de milieu culturel bas consommaient des quantités plus importantes que les autres (79.7 contre 28.9 g/j).
  2. Pour « l’accessibilité à la maison » : chaque unité d’augmentation sur «l’accessibilité à la maison» était significativement associée avec une élévation de la fréquence de consommation de légumes de 2 à 3 fois/semaine (p<0.001) et de la quantité consommée de 17 g/j (p=0.018).

Parmi les barrières potentielles, sont ressorties la « barrière des portions » et la « barrière des achats », expliquant 57% de la
variance totale.

Chaque unité d’augmentation de la «barrière des portions» était associée à une réduction de la variété d’environ 2 /mois, de la fréquence de consommation de 1 fois/j et de la quantité de plus de 38 g/j.

En revanche, aucune association n’a été observée entre la « barrière des achats » et la consommation de légumes.

Cette étude souligne l’importance de cibler chez les jeunes enfants les interventions futures sur l’environnement physique à la maison. Certains facteurs modifiables de l’environnement familial peuvent promouvoir ou freiner la consommation de légumes. Pour mieux les comprendre, il convient de répéter de telles recherches chez les enfants d’âge préscolaire jusqu’à présent peu étudiés.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
A.L. KRISTIANSEN et al, Associations between physical home environmental factors and vegetables consumption among Nowegian 3-5-years old: the BRA study, Public Health Nutrition, doi:10.1017/S13689800116003396, pp. 1-11.
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