N° 187 | juin 2018

Étude IDEFICS – Associations entre habitudes alimentaires et marqueur d’inflammation chez des enfants européens

La protéine C réactive ultrasensible (CRP-us) est le marqueur d’inflammation le plus mesuré dans le cadre d’études épidémiologiques. Il est prouvé que cette protéine représente un nouveau marqueur de risque de maladies cardiovasculaires, même chez les enfants. De nombreuses études ont montré que de mauvaises habitudes alimentaires – caractérisées par une forte consommation de sucre et de produits sucrés, d’aliments transformés et de viande rouge, associée à une faible consommation de
F&L – étaient positivement associées à un état inflammatoire. A l’inverse, une alimentation riche en F&L est négativement associée avec ce dernier.
Cependant, rares sont les études à avoir établi un lien entre habitudes alimentaires et maladies chroniques chez les jeunes.

Le principal objectif de l’étude multicentrique IDEFICS* est de décrire la relation prospective entre les habitudes alimentaires, au départ (T0) et lors du suivi à 2 ans (T1), et le taux de CRP-us chez 4020 enfants européens âgés de 2 à 9 ans.

Trois groupes d’habitudes alimentaires identifiés

Trois modèles alimentaires homogènes – définis par des groupes – ont été établis à T0 et à T1, grâce à un questionnaire de fréquence alimentaire remis aux parents, afin d’évaluer la fréquence de consommation d’aliments spécifiques au cours des quatre semaines précédentes :

  • Régime 1 : « sain » – caractérisé par une consommation fréquente de F&L ainsi que d’aliments à base de graines complètes, et une faible consommation de produits sucrés ;
  • Régime 2 : « sucre et aliments transformés » – caractérisé par une consommation fréquente de boissons/produits sucrés et une faible consommation de F&L ;
  • Régime 3 : « protéines animales et sucres raffinés » – caractérisé par une consommation fréquente d’aliments riches en protéines, d’eau et d’aliments à base de glucides.

Lors des deux mesures, les habitudes alimentaires sont restées similaires.
Il a donc été possible de déterminer la relation entre persistance/changements des habitudes alimentaires des enfants au cours du temps et le taux de CRP-us.

Première donnée: le pourcentage d’enfants obèses inclus dans les groupes « protéines animales et sucres raffinés » et « sucre et aliments transformés » était plus élevé que dans le groupe « sain ».

Lors de l’analyse du groupe d’appartenance des enfants à T0 et T1, le groupe du Régime 3 est resté le plus stable : 76 % des enfants continuaient à le suivre à T1. Au cours du temps 73,8 % étaient restés dans le groupe régime 2 et 71,2 % dans le groupe régime 1 jusqu’à T1.

 Associations entre taux de CRP-us et habitudes alimentaires

Les associations entre la CRP-us et le groupe d’appartenance des enfants au moment de référence (T0) et de la visite de suivi (T1) ont fait l’objet
d’une évaluation.
Les sujets ont été répartis en deux catégories en fonction de la CRP-us :

  • d’un côté les premier et deuxième tertiles sexospécifiques
  • de l’autre le troisième tertile sexospécifique.

Les résultats ont montré une association positive entre les régimes 2 et 3 et l’inflammation au cours du temps.
A T0 et à T1, les enfants du régime 2 avaient une probabilité 44 % supérieure au groupe « sain », d’être dans la catégorie présentant le taux de CRP-us le plus élevé. Ceux du régime 3 avaient une probabilité d’être dans cette même catégorie 47 % supérieure à celle des enfants du groupe 1 (Figure 1).

Lorsque toutes les covariables (Figure 2) étaient incluses, les enfants attribués au cours du temps au régime 2 avaient encore une probabilité considérablement supérieure (39 %) à celle du groupe « sain », d’être dans la catégorie présentant le taux de CRP-us le plus élevé.

Relation entre faible consommation de F&L dans l’enfance et inflammation

Ces résultats consolident le fait qu’une alimentation caractérisée par une consommation fréquente de sucre et de produits sucrés ainsi que de produits transformés et par une faible consommation de F&L maintenues au cours du temps est lié à un état inflammatoire chez les enfants.

C’est pourquoi des efforts visant à mettre en oeuvre chez les enfants des mesures et des programmes destinés à augmenter la consommation de F&L et à réduire celle de sucre et de produits transformés afin de limiter le risque de futures maladies associées à l’inflammation.

* Identification and prevention of Dietary- and lifestyle-induced health EFfects In Children and infantS (identification et prévention des effets de l’alimentation et du style de vie sur la santé des nourrissons et des enfants)

Esther María González-Gil
Université Zaragoza, ESPAGNE
collaborateurs
EM. Gonzalez‑Gil, G. Tognon, L. Lissner, T. Intemann, V. Pala, C. Galli, M. Wolters, A. Siani, T. Veidebaum, N. Michels, D. Molnar, J. Kaprio, Y. Kourides, A. Fraterman, L. Iacoviello, C. Picó, J.M. Fernandez‑Alvira, L.A.M. Aznar on behalf of the IDEFICS Consortium. Prospective associations between dietary patterns and high sensitivity C-reactive protein in European children: the IDEFICS study. Eur J Nutr 2017.
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