N° 118 | mars 2012

Evaluation des habitudes alimentaires en Espagne : Olé !

L'Espagne a connu des transformations sociales radicales depuis les années 60, en particulier un exode rural massif. Dans les années 80, l'intégration des femmes dans le milieu du travail s’est associée à une urbanisation accélérée. Un nombre grandissant de personnes profite aujourd’hui des services de livraison à domicile, des restaurants et des distributeurs automatiques, qui sont des facteurs clés des changements alimentaires.

Les outils diagnostiques

Depuis 1987, en Espagne, l'Enquête de Consommation Alimentaire (Food Consumption Survey-FCS) étudie les tendances de consommation des différents groupes alimentaires et fournit des renseignements sur les lieux de consommation (domicile, collectivité, livraison, restaurant). Ces données permettent à la Fondation Espagnole pour la Nutrition (FEN) d’évaluer les tendances alimentaires et l'état nutritionnel de la population. Elles fournissent des informations nutritionnelles permettant d’identifier diverses habitudes alimentaires.

Une augmentation de la consommation de légumes et de fruits

Dans l’alimentation espagnole actuelle, la consommation de lait et de produits laitiers occupe, quantitativement, la part la plus importante. Cependant, elle a connu un déclin significatif entre 2000 et 2010. Celle des oeufs a également diminué régulièrement depuis 2000.

La consommation de légumes, si l’on inclut les pommes de terre, reste globalement stable depuis une décennie, alors qu’en 1964 la consommation était nettement plus importante. Cependant, la consommation de légumes verts a augmenté de plus de 50 g/personne/jour depuis 1964, alors qu’on a observé une baisse constante de celle des pommes de terre durant ces 40 dernières années (>200 g/personne/jour).

La consommation de fruits, y compris les fruits secs, a augmenté à partir de 2000 pour atteindre le double de 1964. La consommation de céréales et de produits dérivés a montré une nette diminution au cours des 40 dernières années (434 g/jour en 1964 versus 218 g/jour en 2010). Le pain est resté l'aliment le plus important de ce groupe.

D’autres évolutions marquantes : les viandes et les boissons non alcoolisées

On a observé une diminution globale d’environ 20 g/personne/jour de la consommation d'huiles et de matières grasses depuis 1964, plus marquée pour l'huile d'olive (chute de plus de 25 g/personne/jour). Cependant, cette dernière représente encore environ 60% du total. La consommation de viandes a augmenté d'environ 300% par rapport à 1964 et le poulet reste la plus consommée.

La consommation de poissons et fruits de mer est importante (100 g/personne/jour) et considérée comme bénéfique pour la santé. Les poissons gras représentent environ 40% des poissons consommés.

Ces dernières années ont connu un déclin progressif de la consommation de boissons alcoolisées. Le vin, élément du régime Méditerranéen traditionnel, ne représente plus que 25,5% de la consommation d'alcool en 2010 contre 62% en 1991. Depuis quelques années, la bière s'est graduellement substituée au vin.

Les boissons non-alcoolisées ont été multipliées par presque 10 depuis 1964.

Enfin, un autre groupe important a connu une forte augmentation de consommation : les repas préparés industriellement ou par un traiteur.

Vitamines et minéraux : des grandes disparités

La consommation calorique moyenne des Espagnols est actuellement de 2761 kcal/personne/jour. Elle est clairement inférieure à celle de 1964 (3008 kcal/personne/jour). Concernant les micronutriments, il est remarquable de constater que la consommation de vitamine C excède de plus de 200% les recommandations. Les consommations d'autres vitamines et minéraux dépassant les recommandations concernent la vitamine B12, l'iode et le phosphore. En revanche, les consommations de zinc et d'acide folique, dans les deux sexes, et de fer chez les femmes, n'atteignent pas 80% des recommandations. Les consommations de vitamines D, B6 et de magnésium sont potentiellement insuffisantes.

Les changements sociaux et économiques des dernières décennies ont donc également entraîné des modifications des habitudes alimentaires. Certaines ont eu un impact positif, comme une plus large variété d'aliments et une disponibilité croissante, mais ne sont pas en accord avec les choix sains du régime méditerranéen. D’autres modifications ont éloigné l'alimentation Espagnole du modèle méditerranéen traditionnel. Les politiques nutritionnelles doivent élaborer des stratégies qui encouragent une alimentation saine tout en consolidant le régime méditerranéen traditionnel.

  • Varela-Moreiras G, Avila JM, Cuadrado C, del Pozo S, Ruiz E, Moreiras O.
  • Evaluation of food consumption and dietar y patterns in Spain by the Food Consumption Survey: updated information. Eur J Clin Nutr. 2010 Nov;64 Suppl 3:S37-43.
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