N° 200 | septembre 2019

Freins et facteurs favorisant le changement de mode de vie des patients ayant une cardiopathie ischémique

Les cardiopathies ischémiques sont la 1ère cause de mortalité au niveau mondial et en France (1, 2) et constituent le 1er pôle de dépenses en soins médicaux en France (3). Vu les nombreuses complications de cette pathologie, il est nécessaire de prévenir sa survenue ou sa récidive. Des changements de mode de vie tels que l’arrêt du tabac, une augmentation de la consommation quotidienne de fruits et légumes (au moins 5 portions par jour selon le PNNS), et une activité physique modérée semble avoir un rôle important dans la diminution du risque des cardiopathies ischémiques (4).

Cette étude qualitative a pour objectif principal de définir les contraintes auxquelles font face certains patients souffrant de cardiopathie ischémique pour suivre les recommandations hygiéno-diététiques. Son objectif secondaire serait d’adapter les pratiques en médecine préventive ambulatoire en termes de prévention secondaire et d’améliorer l’observance des règles hygiéno-diététiques chez ces patients.

Des entretiens ont été réalisés auprès de 14 patients ayant une cardiopathie ischémique et résidant dans la région Rhône-Alpes-Auvergne en France.

Les freins au changement du mode de vie

1/ Habitudes alimentaires culturelles

Le frein principal évoqué par la plupart des patients était le plaisir de manger, de fumer et de consommer l’alcool.

Tous les patients interrogés avaient un régime de type « occidental » défini par une consommation élevée de viande rouge, sucres, alcool, aliments transformés, et peu de fruits et légumes. De plus, ils étaient sédentaires à cause de l’urbanisation et le développement des technologies et loisirs tels que la télévision.

Certains patients ont souligné que les conseils diététiques fournis étaient difficiles à appliquer car ils ne prenaient pas en compte la dimension culturelle de leur régime alimentaire.

A contrario, les patients ayant de l’appétence pour les fruits et légumes, au-delà du régime occidental, ont réussi à améliorer plus facilement leurs habitudes alimentaires.

2/ Environnement social proche

Le changement du mode de vie a été plus simple pour les patients ayant des proches encourageants et non culpabilisants, contrairement aux autres.

3/ Connaissances des patients et suivi des recommandations

Les patients ayant une bonne connaissance des recommandations ont conscience de l’impact de l’alimentation sur la pathologie coronarienne et son risque de récidive. Il a été facile pour eux de changer leur mode de vie, contrairement aux autres.

Certains ont souligné la difficulté à comprendre et à interpréter les messages sanitaires du PNNS. Associer ces messages aux publicités agro-alimentaires promouvant des aliments de mauvaise qualité nutritionnelle peut créer des confusions chez les patients.

4/ Manque de temps

Plusieurs patients ont évoqué le sentiment de manque de temps. Ceci représente un frein majeur à l’activité physique et la consommation de légumes, considérés comme  des aliments plus difficiles/long à cuisiner.

La sédentarisation professionnelle croissante ainsi que les progrès technologiques (ex. télévision) provoquent ce sentiment de manque de temps, et limite la motivation pour l’activité physique et la cuisine considérés comme des tâches supplémentaires.

5/ Relation professionnel de santé-patient

Parmi les principaux freins, les patients ont souligné un manque d’accompagnement et d’explications. Etant donné que la consultation  de médecine générale dure en moyenne 18 minutes (5), il semble difficile d’aborder plusieurs sujets dont celui du mode de vie. Le médecin devra encourager le patient à reprendre un prochain rendez-vous dédié aux questions hygiéno-diététiques.

6/ Facteurs physiopathologiques :

D’autres facteurs entrent en compte tels que les antécédents familiaux de pathologie cardiovasculaire,  le vieillissement et ses conséquences (ménopause, pathologies rhumatologiques limitant l’activité physique…).

Quelles solutions ?

1/ Un suivi régulier multidisciplinaire afin d’avoir une réévaluation constante et maintenir les efforts à long terme. Une étude a montré une augmentation de la consommation en fruits et légumes chez 72% des patients ayant suivi un programme interventionnel basé sur l’accompagnement des patients par leur famille et une équipe multidisciplinaire contre 35% chez les autres (5).

2/ Motiver le patient via une approche centrée sur la personne : le médecin doit respecter le libre arbitre du patient tout en l’accompagnant. Trois qualités relationnelles sont nécessaires pour construire une relation de confiance : l’authenticité, l’empathie et le regard positif inconditionnel (6).

D’après : TANG E. Habitudes alimentaires et hygiène de vie des patients ayant une cardiopathie ischémique : Etude qualitative des freins et des facteurs favorisant le changement de mode de vie. Thèse pour le diplôme d’état de docteur en médecine. 2019.

Estelle Tang
Collège Universitaire de médecine générale de l’Université Lyon 1, FRANCE
  1. OMS. Les 10 principales causes de mortalité 2016 [En ligne]. 2018 [cité le 06/05/2018]. Disponible sur : http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/thetop-10-causes-of-death.
  2. De Peretti C, et al. Disponible sur : http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2014/910/2014_9-10_3.html> Institut de Veille Sanitaire Santé Publique France.
  3. Heijink R, Renaud T. Disponible sur : http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes143.pdf.
  4. Yusuf S. et al. The Lancet, 2004. 364(9438) : 937-952.
  5. Popeller AL, et al. Exercer. 2008; 80(1):56-7.
  6. Rogers C. Éditions ESF ; 2016. p. 31-51.
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