N° 122 | juillet 2012

Fruits & légumes et poids chez les Européens : avantage pour les ex-fumeurs

Les fruits et légumes pourraient prévenir la prise de poids à l’âge adulte. Leur faible densité calorique et leur forte teneur en eau et fibres renforceraient les signaux de satiété (même si, jusqu’à présent, les études sur le sujet ne sont pas toutes concluantes). De nombreuses études prospectives observationnelles et interventionnelles montrent une relation inverse entre la consommation de fruits et légumes et la prise de poids.

373 803 hommes et femmes participant au projet EPIC

Cependant, les personnes qui consomment des quantités importantes de fruits et légumes ont également tendance à consommer moins de viandes transformées, de graisses saturées et d’hydrates de carbone raffinés, qui sont tous associés à la prise de poids. Que les associations observées précédemment soient entièrement et directement attribuables à la consommation de fruits et légumes ou à un autre mécanisme nutritionnel n’est donc pas clair.

De plus, la grande majorité des études observationnelles porte sur des échantillons représentatifs de taille faible ou moyenne. Des consommations homogènes et des tailles limitées des échantillons auraient pu réduire la puissance de l’association, dans certains sous groupes de participants en particulier.

Nous avons choisi d'étudier la relation entre des consommations accrues de fruits et légumes et des variations de poids à moyen terme, chez 373 803 hommes et femmes participant au projet prospectif européen EPIC sur le cancer et la nutrition (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition).

La consommation de fruits et légumes n'est pas associée à une prise de poids

Globalement, après un suivi moyen de 5 ans 1, les consommations de fruits et légumes de base n’ont pas été associées aux modifications de poids chez les hommes, comme les femmes.

Les noix, les olives et les jus de fruits ont été exclus de la consommation de fruits ; les légumineuses, les pommes de terre et autres tubercules de celle des légumes. Les participants qui avaient modifié leur alimentation avant le début de l’étude, ou dont la consommation énergétique semblait erronée, ont également été exclus de l’étude. Nous avons également pris en compte l’activité physique, les habitudes alimentaires et d’autres facteurs du mode de vie. Les erreurs de mesure de consommation ont été partiellement compensées par une étude randomisée de calibration.

Nos résultats concordent avec ceux d’une revue de la littérature récente qui conclue que la consommation de fruits et de légumes (à l’exclusion des féculents) n’est pas associée à une prise de poids et une obésité ultérieures 2.

Une relation inverse chez les ex-fumeurs

Cependant, les consommations de fruits et légumes ont été inversement associées aux gains de poids chez les participants qui avaient arrêté de fumer durant la période de suivi. Cette association avait déjà été rapportée dans un sous-groupe de la cohorte EPIC 3 mais aucune étude prospective n’avait analysé ce sous-groupe spécifique. Ces résultats nécessitent des études plus poussées. S'ils se confirmaient dans d’autres populations, ils auraient d’importantes répercussions en santé publique car il est notoire que la prise de poids après l'arrêt de tabac est un motif fréquent de rechute.

Les limites de notre étude

Premier commentaire : dans la grande majorité des centres, le poids durant la période de suivi était rapporté par le sujet lui-même et a été ajusté selon une équation prédictive pour en améliorer la précision. Des résultats concordants ont été observés dans les 2 centres qui ont mesuré le poids au début et durant le suivi, ce qui indiquerait qu'il est peu probable que les associations observées soient dues à des erreurs de rapport de poids.

Ensuite, l’alimentation n’a été évaluée qu’au départ. Des facteurs confondants, comme des modifications de l’alimentation durant la période de suivi, ne peuvent être éliminés de nos analyses. La séquence temporelle entre changements d’alimentation et changement de poids est cruciale dans les études observationnelles et une causalité inverse peut subsister, même si l’alimentation a bien été évaluée au départ et durant la période de suivi. Enfin, malgré un fort taux de réponse durant la période de suivi (80%), les participants qui rapportaient un plus mauvais état de santé et un style de vie malsain, surtout avec un IMC faible ou élevé, seraient ceux qui n’auraient pas répondu de manière complète. Ce biais de sélection a pu limiter la généralisation de nos résultats.

Réduire la prise de poids à l'arrêt du tabac

Nous avons résolu certaines des limites rencontrées dans des études précédentes analysant l’association entre la consommation de fruits et légumes et les variations de poids chez des sujets vivant librement. Un échantillon de grande taille et une grande hétérogénéité dans les habitudes alimentaires et la prévalence de l’obésité ont augmenté la puissance statistique de notre analyse, permettant ainsi de détecter de faibles associations et de mettre en lumière toute une variété d’interactions, incluant le changement de statut tabagique. Pour la première fois dans une étude de ce type, les effets confondants potentiels de mécanismes diététiques sous jacents ont été pris en compte et nos résultats n’ont pas été modifiés.

Nous en concluons qu’une forte consommation de fruits et légumes au départ, tout en maintenant l’apport énergétique total, n’a pas influencé de manière significative la variation de poids à mi-parcours. En revanche, elle pourrait aider à réduire le risque de prise de poids chez les personnes qui cessent de fumer.

Anne-Claire Vergnaud
Représentant les chercheurs EPIC-PANACEA — Département d’Epidémiologie et de Santé Publique, Collège Impérial, Londres, Royaume Uni.
  1. Vergnaud AC, Norat T, Romaguera D, et al. Fruit and vegetable consumption and prospective weight change in participants of the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition-Physical Activity, Nutrition, Alcohol, Cessation of Smoking, Eating Out of Home, and Obesity study. Am J Clin Nutr 2012; 95(1): 184-93
  2. Summerbell CD, Douthwaite W, Whittaker V, et al. The association between diet and physical activity and subsequent excess weight gain and obesity assessed at 5 years of age or older: a systematic review of the epidemiological evidence. Int J Obes (Lond) 2009; 33 Suppl 3: S1-92
  3. Buijsse B, Feskens EJ, Schulze MB, et al. Fruit and vegetable intakes and subsequent changes in body weight in European populations: results from the project on Diet, Obesity, and Genes (DiOGenes). Am J Clin Nutr 2009
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