N° 204 | janvier 2020

Impact de la consommation de légumes verts et jaunes sur les symptômes dépressifs chez les collégiens et lycéens au Japon

Les adolescents souffrant de problèmes de santé mentale font face à des défis majeurs. Ils ont tendance à être stigmatisés, isolés et victimes de discriminations. La dépression, en particulier,  est le trouble mental le plus courant chez les jeunes1, 2. Une méta-analyse récente (portant sur 21 études menées dans 10 pays) a montré qu’une consommation élevée de fruits, légumes, céréales complètes, poisson, huile d’olive et laitages pauvres en matières grasses, avec une faible consommation de produits d’origine animale, est associée à une réduction du risque de dépression chez l’ensemble de la population (adolescents, adultes et personnes âgées)3.

Des modèles alimentaires particuliers sont-ils associés à des symptômes dépressifs ?

Des habitudes alimentaires saines peuvent réduire le risque de dépression. Cependant, il existe peu d'informations publiées sur la relation entre la consommation alimentaire quotidienne et la santé mentale des adolescents. Par conséquent, nous avons examiné si des régimes alimentaires particuliers (par exemple, la consommation de viandes, poissons, légumes verts et jaunes, fruits, lait et produits laitiers ) étaient associés à des symptômes dépressifs chez les collégiens et lycéens.

Au total, 858 adolescents ont participé à cette étude (âge moyen : 15,49 ans).

Pourquoi les légumes verts et jaunes sont-ils importants ?

Cette étude a démontré que les adolescents qui consommaient des légumes verts et jaunes chaque jour (une ou plusieurs fois) présentaient des symptômes dépressifs significativement plus faibles que ceux du groupe «Jamais / 1 à 2 fois par semaine» (figure 1). D'un autre côté, d'autres schémas alimentaires (viande, poisson, laitages et fruits) ne montraient pas d'association significative avec les symptômes dépressifs.

Dans notre étude préclinique, nous avons rapporté qu'un prétraitement au sulforaphane, un puissant composé naturel anti-inflammatoire présent dans les légumes crucifères, bloquait de manière significative l'augmentation des taux de facteur de nécrose tumorale sérique α (TNF-α) après une seule administration de lipopolysaccharide (LPS). En outre, le prétraitement au sulforaphane a également bloqué les phénotypes de type dépression chez la souris après l'administration de LPS4. De plus, nous avons signalé qu'un apport de glucoraphanine, un précurseur de glucosinolate de sulforaphane, à la fin de l'enfance et à l'adolescence pourrait empêcher l'apparition du phénotype pseudo-dépressif chez la souris après un stress de défaite sociale chronique5. Ces résultats précliniques suggèrent que la consommation de légumes riches en sulphoraphane a des effets prophylactiques sur les symptômes dépressifs liés à l'inflammation chez l'homme.

Modèles alimentaires sains et santé mentale

La consommation de plats d'accompagnement des Japonais se caractérise généralement par une forte consommation d'algues, de champignons, de légumes verts et jaunes, de fruits de mer, de légumes de couleur claire, de pommes de terre et de cornichons. Ce profil alimentaire s'est avéré être associé à des taux plus faibles de symptômes dépressifs chez les étudiants universitaires japonais6.

Notre étude a également révélé que les habitudes alimentaires ont un impact important sur les symptômes dépressifs chez les adolescents. Plus précisément, la consommation de légumes verts et jaunes peut jouer un rôle dans la réduction des symptômes dépressifs chez ces derniers.

Ainsi, la consommation de légumes verts et jaunes peut être essentielle dans le contexte de la santé mentale des adolescents. 

Figure 1 : Différence au niveau des signes dépressifs selon la fréquence de consommation des légumes verts et jaunes (après correction en fonction des covariables, de l’âge et du nombre d’heures de sommeil. Les barres d’erreur représentent l’écart type par rapport à la moyenne. **p < 0,01.)

Mami Tanaka
Centre de santé mentale médicolégale, université de Chiba, JAPON
  1. WHO (2017). Maternal, newborn, child and adolescent health: Adolescents and mental health.
  2. Thapar A, et al. (2012). Depression in adolescence. The Lancet; 379: 1056–1067.
  3. Li Y, et al. (2017). Dietary patterns and depression risk: A meta-analysis. Psychiatry Research; 253: 373–382.
  4. Zhang JC, et al. (2017). Prophylactic effects of sulforaphane on depression-like behavior and dendritic changes in mice after inflammation. The Journal of Nutritional Biochemistry; 39: 134–144.
  5. Yao W, et al. (2016). Role of Keap1-Nrf2 signaling in depression and dietary intake of glucoraphanin confers stress resilience in mice. Scientific Reports; 6: 30659.
  6. Fujii A, & Kuwata T (2016). Relationship between food-intake patterns and depressive states in Japanese university students. Japanese Journal of Health and Human Ecology; 82: 217–227.
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