N° 156 | septembre 2015

La consommation de fruits et légumes à l’adolescence augmente-t-elle la force et la puissance musculaires ?

L’adolescence est une période de croissance et de développement rapides, caractérisée par des changements de taille corporelle majeurs, ainsi qu’une augmentation du développement musculaire. Une consommation accrue de fruits et légumes (F&L) durant l’enfance est largement encouragée dans le cadre d’une alimentation saine. Des données épidémiologiques suggèrent que la consommation de F&L et/ ou de nutriments associés pourrait jouer un rôle dans l’augmentation de la force et de la puissance musculaires 1-3. Cependant, ces données sont contradictoires et, à ce jour, la majorité des études ont été menées chez des adultes plus âgés. L’importance de la consommation de F&L pour la fonction musculaire à l’adolescence a rarement été examinée. Nous avons donc réalisé une étude transversale afi n d’évaluer l’association entre la consommation de F&L et la force et la puissance musculaires au sein d’une population d’adolescents.

Le projet Nord Irlandais (NI) Jeunes Coeurs (The Northern Ireland (NI) Young Hearts Project)

Nos résultats sont basés sur les données recueillies chez environ 2000 garçons et fi lles, âgés de 12 et 15 ans, qui ont participé au projet YH (Young Hearts – Jeunes Coeurs) 2000 (1999 – 2001). YH2000 est la deuxième d’une série de grandes études transversales chez les écoliers Nord Irlandais (NI) dont l’objectif principal était d’examiner, à l’adolescence, les facteurs de risque modifi ables de maladies coronariennes 4. Durant cette étude, la consommation alimentaire, y compris la consommation totale de F&L, a été évaluée en utilisant un journal alimentaire durant 7 jours. La force de préhension et la puissance maximale lors d’un saut à la verticale ont été choisies comme marqueurs respectifs de la force et de la puissance musculaire. Elles ont été évaluées grâce à un dynamomètre portable et un appareil de mesure Jump-MD. Les associations entre la consommation de F&L, la force et la puissance musculaires ont été examinées en utilisant des analyses de régression linéaire.

Une association positive entre la consommation accrue de F&L et la puissance musculaire

Notre étude a montré que la puissance musculaire était signifi cativement plus importante chez les garçons et les fi lles ayant une forte consommation de F&L (>237,71 g/jour et >267,57 g/jour, respectivement) comparés à ceux qui en consommaient moins (<135,09 g/jour et <147,43 g/jour, respectivement), après ajustement sur des facteurs confondants comme l’âge, l’indice de masse corporelle (IMC), le statut pubertaire, la consommation calorique, l’activité physique et le statut socio-économique. En revanche, aucune association n’a été notée entre la consommation accrue de F&L et la force musculaire chez les garçons ou chez les fi lles. Des associations similaires ont été observées lorsqu’on analysait séparément les fruits et les légumes.

Comparaison aux études précédentes

Des associations entre la consommation de F&L, la force et la puissance musculaires avaient déjà été observées, mais ces données provenaient surtout d’études transversales menées chez des adultes plus âgés. Ces études trouvaient qu’un faible taux sérique de caroténoïdes, pouvant refl éter une faible consommation de F&L, était associé à une moindre force musculaire, ainsi qu’à d’autres mesures de performances physiques 1-3.

Par quels mécanismes les F&L pourraient agir au niveau du muscle

Plusieurs mécanismes ont déjà été envisagés pour expliquer l’association entre la consommation de F&L et les paramètres musculaires. Une forte teneur en antioxydants des F&L pourrait protéger contre le stress oxydatif et l’infl ammation au sein des cellules musculaires. Des sels alcalins présents au sein des F&L pourraient également agir comme tampon contre l’excédent d’acides. Un autre mécanisme potentiel, qu’il serait intéressant d’examiner, serait l’infl uence des nitrates présents dans les F&L qui pourraient améliorer la contraction musculaire en augmentant l’effi cacité mitochondriale au sein des cellules musculaires 5.

Résumé :

  • Il faudrait encourager la consommation de F&L durant l’adolescence comme manière possible d’améliorer la puissance musculaire.
  • Dans cette cohorte d’adolescents, il n’y avait aucune association indépendante entre la consommation de F&L et la force musculaire.
  • Des études d’intervention sont nécessaires pour déterminer si la force et la puissance musculaire sont bien améliorées par la consommation accrue de F&L.
Charlotte E. Neville
Centre de Santé Publique, Ecole de Médecine, de Médecine Dentaire et de Sciences Biomédicales, Queen’s University, Belfast, ROYAUME UNI
Jayne V. Woodside
Centre de Santé Publique, Ecole de Médecine, de Médecine Dentaire et de Sciences Biomédicales, Queen’s University, Belfast, ROYAUME UNI
  1. Semba RD, et al. Carotenoids as protection against sarcopenia in older adults. Arch Biochem Biophys 2007;15:141-145
  2. Cesari M, et al. Antioxidants and physical performance in elderly persons: the Invecchiare in Chianti (InCHIANTI) study. Am J Clin Nutr 2004; 79:289-294
  3. Robinson SM, et al. Diet and its relationship with grip strength in communitydwelling older men and women: the Hertfordshire cohort study. J Am Geriatr Soc 2008;56:84-90
  4. Watkins D, et al. Trends in blood pressure over 10 years in adolescents: analyses of cross sectional surveys in the Northern Ireland Young Hearts project. BMJ 2004;329:139
  5. Larsen FJ, et al. Dietary inorganic nitrate improves mitochondrial effi ciency in humans. Cell Metab 2011;13:149-59
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