N° 178 | septembre 2017

La formation des médecins pour l’éducation des patients aux fruits et légumes : des solutions existent !

La corrélation entre l’obésité et d’autres maladies chroniques dans l’augmentation de la morbidité et de la mortalité est bien établie. Il existe déjà des preuves solides que la nutrition et le mode de vie jouent un rôle crucial dans la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles... Parmi les recommandations nutritionnelles, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de consommer quotidiennement au moins 400 grammes de fruits et légumes*.

L’augmentation de la consommation de fruits et légumes se justifie par des modèles alimentaires bien connus

Ces recommandations se fondent sur l’abondante littérature scientifique indiquant que les fruits et légumes (F&L) peuvent améliorer la santé et en dernier lieu, réduire le risque de maladie chronique 1. L’augmentation de la consommation de fruits et légumes se justifie par des modèles alimentaires bien connus, tels le régime méditerranéen ou le régime alimentaire anti-hypertension DASH, préconisant une augmentation de l’apport en potassium et une diminution de l’apport en sodium 2.

Même si le message est clair que l’apport élevé en F&L peut favoriser un état de santé optimal, il ne s’est pas fidèlement transmis entre les chercheurs et les professionnels de la santé. Les chercheurs ont continué à souligner le manque de formation en nutrition dans les facultés de médecine et, au-delà, pour les médecins concernant la nutrition dans les soins de santé. Par conséquent, les patients ne reçoivent pas d’évaluation, ni de conseils nutritionnels de qualité de la part les médecins, ce qui traduit un échec de la médecine.

Les patients sont réceptifs et recherchent des conseils nutritionnels

Il est donc est impératif de fournir de nombreuses opportunités aux médecins pour apprendre les bases de la nutrition, les techniques d’évaluation et les stratégies de conseil. Ceci peut être réalisé en soulignant l’importance de la nutrition au début de la formation universitaire et en poursuivant cette démarche en cabinet.

  • Des cours de nutrition obligatoires dans le programme de premier cycle.
    De nombreuses universités proposent un cours élémentaire sur la nutrition, que peut assurer tout scientifique possédant une formation en nutrition ou en sciences de l’alimentation. Les enseignants peuvent utiliser ce cours comme un composant obligatoire de leur programme afin d’améliorer les connaissances élémentaires du métabolisme des nutriments. Plus important, ces cours comportent des connaissances conceptuelles sur les habitudes alimentaires saines, passant notamment sur un apport quotidien élevé en F&L. Cette démarche peut contribuer aux efforts menés pour satisfaire aux normes nationales, comme « Healthy People 2020 » et le « Plan d’action pour l’alimentation et la nutrition pour l’Europe 2015-2020 », destinés à améliorer la situation nutritionnelle mondiale de la population.
  • Intégrer la nutrition dans les facultés de médecine.
    Au lieu des offres actuelles limitées concernant la nutrition dans les écoles de médecine (< 20 heures), il faudrait les développer au-delà de la biochimie élémentaire du métabolisme des nutriments3. Les facultés de médecine peuvent établir des partenariats avec des institutions locales et/ou des groupes de nutritionnistes diététiciens agréés afin d’inclure des cours sur des sujets tels que : les traitements nutritionnels médicaux, l’évaluation nutritionnelle physique et les techniques de conseils en nutrition. Utiliser une approche de l’apprentissage par résolution de problèmes (ARP), réputée efficace auprès des étudiants en médecine, encouragerait les médecins à parler facilement avec leurs patients des F&L comme composants d’une alimentation saine4. Cette approche par étude de cas peut fournir des outils pratiques d’application pour véritablement intégrer les conseils en nutrition dans les relations avec les patients.
  • Proposer une formation médicale continue (FMC) centrée sur la nutrition.
    Au-delà de la faculté de médecine, encourager les médecins à en apprendre davantage sur les sujets relatifs à la nutrition centrés sur leur pratique en cabinet est une méthode efficace pour améliorer leurs connaissances et leur confiance. Même si la science de la nutrition évolue en permanence, des habitudes alimentaires saines comportant des apports élevés en F&L continuent à produire de bons résultats chez les patients (p. ex. pour les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le diabète). Proposer des cours de FMC sur les applications de la nutrition et la discussion des concepts nutritionnels avec les patients peut améliorer la transmission des informations auprès de chaque patient.

Enrichir les discussions relatives à la nutrition avec les patients

Le sujet de la nutrition dans la formation médicale exige davantage d’attention. La nutrition doit être abordée dès les programmes de premier cycle et se poursuivre tout au long de la formation en faculté de médecine et au-delà. Grâce à une continuité de l’éducation nutritionnelle, les médecins pourront enrichir les discussions relatives à la nutrition avec les patients concernant des habitudes alimentaires saines, comportant notamment la consommation de quantités plus importantes de fruits, légumes et céréales complètes. Sans de tels changements, nous sommes défaillants vis-à-vis des médecins et par conséquent des patients.

* Pour simplifier, cela correspond à cinq plats de 80 grammes : 2 têtes de brocoli, 1 petit bol de laitue, 3 cuillères à soupe de mélange de légumes, ½ poivron, 1 gros panais/oignon/igname ou une tomate de taille moyenne.

Kristen K. Hicks
Science de la Nutrition et de l’Alimentation, Université A&M du Texas, College Station, ÉTATS-UNIS
  1. Hartley L, Igbinedion E, Holmes J, et al. Increased consumption of fruit and vegetables for the primary prevention of cardiovascular diseases. Cochrane Database Syst Rev. 2013(6):CD009874.
  2. McDonough AA, Veiras LC, Guevara CA, Ralph DL. Cardiovascular benefits associated with higher dietary K+ vs. lower dietary Na+: evidence from population and mechanistic studies. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2017;312(4):E348-E356.
  3. Hicks K, Murano P. Viewpoint regarding the limited nutrition education opportunities for physicians worldwide. Education for Primary Care. 2016;[epub]:1
  4. Edwards MS, Rosenfeld GC. A Problem-Based Learning Approach to Incorporating Nutrition into the Medical Curriculum. Medical Education Online. 2009;11.
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