N° 186 | mai 2018

La prévention du diabète de type 2 repose sur les régimes Méditerranéen, DASH et AHEI

L’étude des modèles alimentaires s’est imposée comme une approche complémentaire des recherches isolées sur divers aliments en considérant la nutrition humaine dans sa globalité, comme une combinaison d’aliments. Les approches en termes de modèles alimentaires peuvent être divisées en études a priori, s’appuyant sur des hypothèses sur les bienfaits ou les méfaits d’aliments spécifiques avec un effet particulier pour la santé, ou en approches a postériori, qui analysent des données disponibles sans connaissances préalables. Par ailleurs, la régression de rang réduite (RRR), en tant qu’approche mixte, utilise des biomarqueurs reposant sur des hypothèses ou des nutriments impliqués dans le développement du diabète de type 2 (DT2). Ainsi, elle identifie des modèles alimentaires dérivés exploratoires qui expliquent la variance statistique maximale de ces biomarqueurs.

Cependant, en raison des différences dans les approches méthodologiques et la conception des modèles alimentaires, les conclusions sur les modèles bénéfiques pour la santé concernant le diabète ont été relativement limitées. Les tentatives visant à récapituler les éléments de preuve provenant d’études existantes ont soit été limitées à des modèles alimentaires bénéfiques pour la santé omettant les informations issues de modèles alimentaires qui n’étaient pas associés au diabète de type 2, soit ont résumé les estimations des risques à partir de différentes approches sans prendre en compte la comparabilité des contraintes.

Trois modèles alimentaires se dégagent pour la prévention du DT2

Nous avons par conséquent récapitulé les preuves des études prospectives qui ont examiné les associations entre les modèles alimentaires et le diabète de type 2 en tenant compte des différentes approches méthodologiques. Les recherches dans MEDLINE et Web of Science ont permis d’identifier les études prospectives (cohortes ou essais) associant modèles alimentaires et incidence du diabète chez des participants non diabétiques et apparemment sains et ont débouché sur 48 articles concernant 16 cohortes.

Le risque de développer un diabète de type 2 pour les indicateurs de qualité alimentaire sélectionnés fréquemment appliqués était réduit par :

  • le modèle méditerranéen, caractérisé par une consommation élevée de fruits, légumes, légumineuses, noix, poisson et fruits de mer et une consommation modérée d’alcool (RR* comparant les quantiles extrêmes : 0,87 ; IC 95% : 0,82 - 0,93)
  • le modèle DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension, approches diététiques pour prévenir l’hypertension) basé sur les végétaux et riche en fruits, légumes et noix avec des produits laitiers et des viandes pauvres en matière grasse (RR* : 0,81 ; IC 95% : 0,72 - 0,92)
  • le modèle AHEI (Alternative Healthy Eating Index, régime alimentaire alternatif sain) contenant des céréales complètes, des légumes et des fruits (RR : 0,79 ; IC 95% : 0,69 - 0,90)

Par ailleurs, des études ont rapporté une multitude d’indicateurs hétérogènes (n = 15) en terme de composants et de manière d’élaborer. Pour huit d’entre eux, une diminution significative des risques (14% - 68 %) a été observée, mais n’a pas fait l’objet d’une méta-analyse en raison des approches complètement différentes.

Modèles alimentaires « déséquilibrés »
et « équilibrés » : quelles caractéristiques ?

Pour les modèles alimentaires exploratoires, nous en avons identifiés 32 issus de 14 études. Comme des méta-analyses ne seraient pas significatives pour les modèles de composition différente, nous avons évalué les similarités entre les groupes d’aliments à composant unique et identifié deux groupes de modèles globaux :

  • le groupe de modèles « majoritairement déséquilibrés », caractérisé par de la viande rouge et transformée, des céréales raffinées, des produits laitiers riches en matière grasse, des oeufs et des produits frits, était associé à une augmentation du risque de diabète de 44% (RR : 1,44 ; IC 95% : 1,27 - 1,62)
  • le groupe de modèles « majoritairement équilibrés », caractérisé par des légumes, des légumineuses, des fruits, de volaille et du poisson, était associé à une diminution du risque de diabète de 16% (RR : 0,84 ; IC 95% : 0,77 - 0,91)

En raison de la spécificité et de l’hétérogénéité de la structure des modèles dépendant des populations, la comparabilité entre les modèles alimentaires exploratoires demeure limitée et nécessite d’être examinée avec attention par des méta-analyses.

Les recherches ont identifié six modèles de régression de rang réduite (RRR) significativement associés au risque de diabète, l’association la plus forte étant observée à l’aide de marqueurs de thrombose comme réponse. Des méta-analyses des études sur les modèles RRR étaient uniquement justifiées pour les modèles RRR dérivés initialement et leur transposition dans d’autres études de population. Parmi ces modèles identifiés, indépendamment des séries de biomarqueurs et de la composition globale des modèles, ceux qui étaient caractérisés par des consommations élevées de céréales raffinées , de boissons gazeuses sucrées et de viande transformée, étaient tous significativement associés à un risque accru de diabète.

Tous les modèles alimentaires riches en F&L peuvent prévenir le diabète

Tous les modèles alimentaires calqués sur le régime méditerranéen et les programmes DASH et AHEI peuvent fortement contribuer à la prévention du diabète, indépendamment des différents composants spécifiques.

Les deux groupes de modèles alimentaires exploratoires identifiés, caractérisés par des groupes d’aliments concordants, étaient significativement associés au risque de diabète. Cela suggère que la combinaison de plusieurs groupes d’aliments permet d’identifier des modes d’alimentation associés au diabète. Cependant les modèles exploratoires restent très souvent des observations spécifiques à des populations.

Les trois associations systématiques au diabète avec des modèles RRR chez des populations indépendantes permettent de privilégier l’approche RRR par rapport aux approches purement exploratoires.

* Risque relatif

Franziska Jannasch
Département d’Épidémiologie moléculaire, Institut allemand de la nutrition humaine Potsdam-Rehbrücke, Nuthetal, ALLEMAGNE - Centre allemand de recherche sur le diabète (DZD), Munich-Neuherberg, ALLEMAGNE
Janine Kröger
Département d’Épidémiologie moléculaire, Institut allemand de la nutrition humaine Potsdam-Rehbrücke, Nuthetal, ALLEMAGNE - Centre allemand de recherche sur le diabète (DZD), Munich-Neuherberg, ALLEMAGNE
Matthias B. Schulze
Département d’Épidémiologie moléculaire, Institut allemand de la nutrition humaine Potsdam-Rehbrücke, Nuthetal, ALLEMAGNE - Centre allemand de recherche sur le diabète (DZD), Munich-Neuherberg, ALLEMAGNE
F. Jannasch, J. Kröger, and MB. Schulze. Dietary Patterns and Type 2 Diabetes: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis of Prospective Studies. The Journal of Nutrition 2017; 147(6): 1174-1182.
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