N° 154 | juin 2015

L’adhésion aux recommandations de santé publique a un impact bénéfique sur le risque de survenue d’un cancer

Le cancer est la deuxième cause de mortalité chez les femmes en France depuis plusieurs décennies. Représentant 31 % des cas de cancer en France en 2012, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme (88 nouveaux cas par an pour 100 000 femmes), suivi par le cancer colorectal (24 nouveaux cas par an pour 100 000 femmes) et le cancer du poumon (19 nouveaux cas par an pour 100 000 femmes). Globalement, l’incidence du cancer est en constante augmentation ces dernières années, avec des variations selon sa localisation : si l’incidence du cancer du sein est en diminution, à l’inverse l’incidence du cancer du poumon est en forte augmentation chez les femmes.

Le mode de vie est connu pour influencer le risque de développer un cancer

Des recommandations nationales de santé publique ont été établies pour alerter la population sur la diminution du risque de cancer et l’amélioration de l’espérance de vie constatées après l’adoption d’un mode de vie sain, qui combine le fait de ne pas fumer, le maintien d’un poids normal (indice de masse corporelle (IMC) entre 18,5 et 25 kg/m²), une consommation d’alcool limitée, une consommation élevée de fruits et légumes et la pratique régulière d’une activité physique de loisir.

Quel est l’impact des messages de santé publique concernant ces cinq comportements ? Combien de cancers auraient pu être évités grâce à un mode de vie plus équilibré ? Voilà quelques questions auxquelles nous avons cherché à répondre.

64 000 femmes françaises suivies pendant 15 ans

Nous avons utilisé les données de la cohorte prospective de femmes françaises E3N (Étude épidémiologique auprès de femmes de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale) et suivi plus de 64 000 femmes, âgées de 40 à 65 ans en 1990, indemnes de cancer au début de l’étude. Un modèle de risque proportionnel de Cox a été utilisé pour estimer le risque relatif de cancer, après ajustement sur les principaux facteurs associés au risque de cancer, afin d’isoler les effets individuels et combinés des recommandations de santé publique sur le risque de développer un cancer. La proportion de cas de cancer attribuables à chacun des cinq comportements et à leur combinaison a été estimée et s’interprète comme le pourcentage de cas de cancer qui auraient pu être théoriquement évités si l’exposition avait pu être supprimée dans la population d’analyse. La fraction attribuable s’obtient en tenant compte de la force de l’association entre l’exposition et la pathologie étudiée, et de la fréquence de l’exposition au sein de la population.

L’adhésion à une seule recommandation a déjà un impact sur le risque de cancer…

Nous avons observé que suivre une seule des cinq recommandations étudiées a un impact, bien que modéré, sur le risque de cancer en permettant d’éviter jusqu’à 3,2 % des cancers. Des variations ont été observées selon le type de cancer. Ainsi, limiter sa consommation d’alcool à moins d’un verre par jour permettrait d’éviter 5,2 % des cancers du sein après la ménopause. Maintenir son indice de masse corporelle en zone normale (entre 18,5 et 25) permettrait d’éviter 8,6 % des hémopathies malignes (leucémies, lymphomes) et 13,3 % des cancers du corps de l’utérus. Enfin, ne jamais commencer à fumer et pratiquer une activité physique régulière permettraient d’éviter respectivement 41,8 % et 22,5 % des cancers du poumon.

En particulier, une consommation d’au moins cinq fruits et légumes par jour pourrait permettre d’éviter un total de 1,5 % des cancers. Un pourcentage plus élevé est observé concernant la prévention des cancers du sein en pré ménopause (3,9 %), des cancers colorectaux (5,1 %) et des cancers du poumon (5,4 %).

... et l’adhésion silmutanée de plusieurs de ces recommandations permettrait de prévenir davantage de cancers

L’adhésion simultanée à l’ensemble des cinq recommandations permettrait d’éviter plus de 6 % de l’ensemble des cas de cancers. La proportion calculée des cas évités s’élevait à 47,5 % pour le cancer du poumon et à 6,3 % pour le cancer du sein après la ménopause.

Les résultats de notre étude encouragent à suivre autant que possible les recommandations de santé publique liées au mode de vie et incitent à renforcer les recommandations de santé publique concernant ces cinq comportements afin d’améliorer la prévention du cancer.

Laureen Dartois
Inserm U1018 Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP), équipe 9 « Mode de vie, gènes et santé : épidémiologie intégrée trans-générationnlle » ; Gustave Roussy, institut de cancérologie ; Université Paris-Sud XI – Villejuif – FRANCE
Guy Fagherazzi
Inserm U1018 Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP), équipe 9 « Mode de vie, gènes et santé : épidémiologie intégrée trans-générationnlle » ; Gustave Roussy, institut de cancérologie ; Université Paris-Sud XI – Villejuif – FRANCE
Marie-Christine Boutron-Ruault
Inserm U1018 Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP), équipe 9 « Mode de vie, gènes et santé : épidémiologie intégrée trans-générationnlle » ; Gustave Roussy, institut de cancérologie ; Université Paris-Sud XI – Villejuif – FRANCE
Françoise Clavel-Chapelon
Inserm U1018 Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP), équipe 9 « Mode de vie, gènes et santé : épidémiologie intégrée trans-générationnlle » ; Gustave Roussy, institut de cancérologie ; Université Paris-Sud XI – Villejuif – FRANCE
Dartois, L., Fagherazzi, G., Boutron-Ruault, M. C., Mesrine, S., Clavel-Chapelon, F. 2014. Association between five lifestyle habits and cancer risk: results from the E3N cohort. Cancer Prev. Res. (Phila), 7(5): 516-525
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