N° 162 | mars 2016

Les adolescents bordelais mangent mieux après une intervention alimentaire en milieu scolaire

Télécharger Imprimer

Les adolescents français consomment peu de fruits et légumes et de féculents mais sont en revanche grands amateurs d’aliments gras et sucrés. Associés à une déstructuration des rythmes alimentaires, ces habitudes peuvent avoir à long terme des conséquences néfastes sur la santé et favoriser l’obésité et le surpoids (dont la prévalence atteignait déjà 18% en 2006 chez les 3-17 ans). Le PNNS, mis en place depuis 2001, insiste pour les adolescents sur la nécessité de limiter la consommation de produits gras, salés et sucrés et de favoriser la consommation de fruits et légumes.

Dans ce contexte une équipe de pédiatres et chercheurs bordelais vient de publier les résultats d’une étude d’intervention menée dans des collèges et lycées d’Aquitaine en 2007-2008. Elle découle des résultats d’une enquête, menée en 2004-2005 dans cette région, dans le cadre du «Programme nutrition prévention et santé des enfants et des adolescents», ayant évalué l’offre alimentaire aux adolescents en dehors du temps de restauration scolaire. Cette enquête avait montré que la vente d’aliments était organisée essentiellement au moment des récréations matinales et au sein du foyer des élèves et composée en majorité de produits gras et sucrés.

Une intervention pour améliorer l’offre alimentaire dans les collèges et lycées d’Aquitaine

Suite à ces données, les auteurs de cet article ont mis en place une étude d’intervention destinée à améliorer l’offre alimentaire dans les collèges et lycées d’Aquitaine. Elle visait à réduire la disponibilité des aliments gras et sucrés proposés au moment des récréations et à favoriser la disponibilité de fruits et de pain de bonne qualité. Les outils du PNNS ont servi à élaborer des actions d’éducation à la santé associées et d’amélioration de l’offre alimentaire. Objectifs : sensibiliser les élèves à l’équilibre alimentaire et orienter leurs choix vers des produits recommandés, comme les fruits, le pain et l’eau. Elèves et équipes éducatives ont été accompagnés par des associations compétentes en éducation à la santé.

Cette intervention a donné lieu à deux évaluations. L’une, qualitative, portait sur l’opinion des élèves et visait à fournir des pistes de réflexion aux acteurs impliqués dans la nutrition auprès des adolescents. L’autre était quantitative et fait l’objet de cette récente publication. Le but de l’étude était d’évaluer l’impact de l’intervention sur le comportement alimentaire des adolescents et l’offre proposée au foyer des élèves des collèges et lycées impliqués. Une enquête a été menée avant et après la mise en place de l’intervention dans 7 établissements «intervention» et 8 établissements «contrôles».

Une méthodologie rigoureuse

Au total 1602 adolescents ont répondu à l’enquête «avant» (rentrée 2007-2008) et 1050 à l’enquête «après» l’intervention (rentrée 2008-2009). Le recueil des données quantitatives a été réalisé à l’aide d’un questionnaire validé, portant sur les caractéristiques socio démographiques des élèves, leurs habitudes alimentaires (petit déjeuner, goûter et pendant les récréations) et sur l’offre alimentaire disponible au foyer des élèves de l’établissement. L’échantillon final de l’analyse comportait 1602 élèves (771 des établissements «intervention», 831 «contrôles») pour l’enquête «avant» et 1050 (395 élèves «intervention», 655 «contrôles»). Des scores «petit déjeuner équilibré», «en-cas» et «offre alimentaire au foyer» ont été établis à partir des produits recommandés et non recommandés par le PNNS.

Trois scores globaux (variant de 0 à 3) ont été définis pour estimer la consommation de pain, de fruit et de produits non recommandés sur les 3 prises alimentaires évaluées (petit déjeuner, en-cas, goûter). Les élèves ont été également interrogés sur la fréquence de leurs consommations moyennes quotidiennes de féculents, fruits, produits gras et sucrés. L’impact de l’intervention sur le comportement alimentaire des élèves et l’offre alimentaire au foyer des établissements a été évalué à l’aide de régressions multiples et d’analyse multi variée.

Un effet significativement favorable de l’intervention

Avant la mise en place des actions, le comportement alimentaires des élèves «intervention» et «contrôles» n’était pas significativement différent.

Dans les établissements «intervention» une évaluation favorable a été constatée entre les enquêtes «avant» et «après». Après l’intervention, les élèves étaient significativement plus nombreux à prendre un petit déjeuner tous les jours, consommaient plus de produits recommandés en en-cas et leur consommation de fruits était maintenue. L’offre alimentaire proposée au foyer était significativement plus riche en produits «recommandés» et moins riche en produits «non recommandés».

Après ajustement des résultats sur l’âge, le genre et le niveau scolaire, l’analyse multi variée a montré un effet significativement favorable de l’intervention : augmentation de 25% de la fréquence de prise du petit déjeuner (OR=2.63), diminution de la prise quotidienne d’en-cas aux récréations (OR =0.66), augmentation de la consommation globale de pain et petit déjeuner, aux encas et au goûter. En outre l’intervention avait permis d’augmenter la consommation de féculents (OR=1.65) et de maintenir la consommation de fruits (OR=0.90) contrairement au groupe contrôle où celles-ci avaient diminué. Enfin, l’intervention était associée significativement à une augmentation de l’offre en produits recommandés au foyer des élèves (OR=1.34).

La force de cette étude réside dans la taille des échantillons et dans son protocole (présence d’un groupe contrôle) permettant d’établir un lien de causalité entre l’intervention et les évolutions de comportements alimentaires. Une évaluation à «moyen terme» par enquête téléphonique auprès des chefs d’établissements a été réalisée pour évaluer l’offre alimentaire disponible au foyer des élèves 2 ans après la fin de l’intervention : 73.3% des établissements avaient conservé l’offre alimentaire mise en place au moment de l’intervention ce qui confirme son réel impact positif.

Ainsi, ces résultats montrent que le projet «Amélioration de l’offre alimentaire au foyer des élèves associée à des actions d’accompagnement pédagogique», aboutit à l’apparition d’aliments plus recommandés au foyer des élèves et à une amélioration de leur comportement alimentaire. On ne peut donc qu’encourager d’autres établissements scolaires à s’engager dans de telles actions !

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
C. Carriere et coll, Impact d’une intervention sur l’offre alimentaire et sur les comportements alimentaires des adolescents (hors restauration scolaire), Archives de Pédiatrie, 2015;22:1223-1232
Retour Voir l'article suivant