N° 186 | mai 2018

Les F&L protègent contre le diabète

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Le diabète de type 2 (DT2) se caractérise par une hyperglycémie et une insulinorésistance. Ses principaux facteurs de risque sont liés au mode de vie: IMC élevé, sédentarité et alimentation de forte densité énergétique. Les preuves s’accumulent en faveur du rôle potentiel du stress oxydant dans sa survenue. L’accumulation de radicaux libres, associée à un déclin des mécanismes de défense antioxydants de l’organisme, peut provoquer des altérations cellulaires et enzymatiques favorisant la lipoperoxydation et l’insulinorésistance.

Par ailleurs des études ont bien mis en évidence que l’augmentation d’apports en antioxydants, comme les vitamines C et E, améliore la sensibilité à l’insuline, réduit la glycémie pré et post prandiale et diminue l’HbA1c. Certains auteurs ont d’ailleurs rapporté une réduction significative du statut antioxydant et une augmentation des marqueurs du stress oxydatif chez les diabétiques de type 2. Ces éléments pourraient être des marqueurs précoces de la maladie et prédiraient les complications du DT2.

Principales sources d’antioxydants: les F&L, le vin, le café et le thé

Les antioxydants apportés par l’alimentation ont des effets cumulatifs et synergiques. Les principales sources sont les F&L, le vin, le café et le thé. Ils agissent en prévenant l’accumulation de radicaux libres tout en réduisant les dommages cellulaires qu’ils produisent. On a récemment développé le concept «d’index de la capacité antioxydante totale des aliments» qui représente un marqueur fiable des capacités anti oxydantes des aliments. Ainsi, un index antioxydant élevé a été associé à des bénéfices en termes de santé dans diverses études de population, cas témoin et d’intervention.

Jusqu’à présent aucune n’a porté sur les risques de DT2. Une équipe d’épidémiologistes français a donc étudié la relation entre la capacité antioxydante totale et le risque de DT2, dans une vaste cohorte de femmes issues de l’étude E3N-EPIC*.

La sous population étudiée représentait une cohorte de 64 223 femmes, dont 1 571 avaient déclaré un DT2 au cours du suivi. Les critères de DT2 reposaient sur leurs déclarations, le suivi d’un régime ou la prise de médicaments antidiabétiques ou les hospitalisations. On a également utilisé les remboursements de traitements anti DT2 au moins après janvier 2004. Ces femmes diabétiques ont alors répondu à un questionnaire spécifique portant sur les circonstances du diagnostic, les traitements suivis et les dosages récents de glycémie et d’HbA1c. L’analyse principale rapportée dans cet article, a seulement inclut les femmes dont le DT2 était survenu avant 2008.

En 1993, un questionnaire alimentaire validé à 208 items a été adressé aux femmes de la cohorte pour évaluer leur alimentation au cours de l’année précédente. La composition moyenne en nutriments a été évaluée à l’aide d’une table de composition alimentaire officielle.

La force du FRAP

Pour estimer la capacité antioxydante de chaque aliment, le test de pouvoir antioxydant réduisant les ions ferriques - FRAP (ferric ion-reducing antioxydant power)- a été utilisé. La capacité antioxydante totale de l’alimentation a été calculée au moyen de cet index (en excluant le café parce que, faute de consensus, on ignore si les antioxydants qu’il contient sont absorbés et pour éviter un biais dans l’analyse).

L’index FRAP a été divisé en quintiles pour réaliser les diverses analyses statistiques (détaillées dans l’article). Par rapport aux femmes du quintile le plus bas, celles du quintile antioxydant le plus élevé consommaient quotidiennement plus d’énergie, moins de café, plus de F&L, de thé et de vin (respectivement 2991 vs 1804 kcal, 261 vs 315 ml, 558 vs 334 g, 471 vs 57 ml, 159 vs 29 ml). En utilisant les courbes de régression vectorielle on a trouvé une association négative entre la capacité antioxydante totale et le risque de DT2 avec un plateau correspondant à un index FRAP de 15 mmol/j.

Une forte consommation de F&L et de thé réduit le risque de diabète

Ainsi, cette étude prospective est la première à retrouver une relation significative entre une forte capacité antioxydante de l’alimentation et un plus faible risque de DT2 chez les femmes. Cette population protégée se distingue par une forte consommation de F&L et de thé, riches en antioxydants. Ces données confirment celles de précédentes hypothèses concernant une relation inverse entre le DT2 et la consommation de F&L. Cet effet est sans doute lié à une action synergique des micronutriments présents dans les F&L.

La puissance de cette étude réside dans la vaste taille de l’échantillon et sur son caractère prospectif. Ces résultats ont d’autant plus d’intérêt en termes de santé publique que le DT2 représente actuellement un véritable fléau mondial. Gageons que d’autres études suivront pour confirmer ces données et mieux comprendre les mécanismes biologiques à l’origine de cet effet bénéfique.

* E3N : Etude épidémiologique auprès des femmes de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale)

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
F.R. Mancini et coll, Diabetologia (2018) 61:308-316, Dietary antioxydant capacity and risk of type 2 diabetes in the large prospective E3N-EPIC cohort.
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