N° 182 | janvier 2018

Les fruits sont bons pour le moral et surtout après 30 ans !

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La neuroscience nutritionnelle est un champ de recherche en pleine émergence qui étudie l’impact de la nutrition sur le fonctionnement cérébral et le comportement. Certaines habitudes alimentaires peuvent favoriser la «détresse psychologique» (DP) en altérant les niveaux de neurotransmetteurs cérébraux ou l’activité de leurs récepteurs. La «détresse psychologique» est généralement considérée comme la résultante d’un déséquilibre des neurotransmetteurs clés qui régulent la transmission synaptique cérébrale.

La maturation cérébrale n’est pas complète avant 30 ans

Les troubles mentaux sont souvent liés à une altération de l’activité des récepteurs aux neuro transmetteurs et de leurs transporteurs. Les trois principales monoamines cérébrales sont la sérotonine (5HT), la noradrénaline (NA) et la dopamine (DA). Leurs précurseurs sont des acides aminés, fournis par l’alimentation, qui déterminent leur taux cérébraux. Des recherches récentes suggèrent que la maturation cérébrale reste incomplète jusqu’à l’âge de 30 ans. De plus, les jeunes adultes (JA) présentent des différences de contrôle émotionnel et d’état d’esprit comparés aux adultes matures de plus de 30 ans (AM). Ces derniers se remettent plus rapidement des évènements stressants et tendent à avoir un meilleur état d’esprit et une vision plus positive que les JA. Ainsi, des facteurs alimentaires peuvent avoir une influence cérébrale différente entre ces deux tranches d’âge (JA et AM) et agir sur le bien être mental.

Des boucles de causalité entre santé mentale, alimentation saine, mode de vie sain et exercice

Cette étude est la première du genre à analyser les relations entre apports, habitudes alimentaires et exercice physique sur la détresse psychologique (DP) dans ces 2 populations (JA et AM). Autre objectif : évaluer si le bien être mental peut avoir, en retour, un impact potentiel sur une alimentation et un mode de vie sains. L’hypothèse des auteurs est que le bien être mental pourrait augmenter les taux cérébraux de DA et accroître ainsi la motivation pour la santé. Les personnes moins stressées pourraient être plus motivées pour améliorer leur alimentation, s’engager dans des pratiques de vie saines et une activité physique régulière. La littérature suggère que s’impliquer dans des modes de vie sains renforce la motivation pour améliorer le bien-être physique et la santé mentale. Il existe des boucles de causalité, positives et négatives, entre la santé mentale, une alimentation et un mode de vie sains et l’exercice physique. Ces cercles d’interactions peuvent être vertueux et vicieux. Ainsi, si une personne se trouve en détresse psychologique, cela peut avoir une influence négative sur son alimentation, son mode de vie et la pratique régulière d’une activité physique.

Cette étude transversale fait partie d’un vaste projet, examinant les apports alimentaires et la DP. Les sujets ont été recrutés par une enquête internet anonyme. On a recueilli des données démographiques, d’activité physique et d’alimentation (incluant des aliments dont les constituants avaient été associés à la neurobiologie). La DP a été évaluée à l’aide de l’échelle de Kessler à 6 items. 563 sujets ont complété les questionnaires.
463 avaient entre 18 et 29 ans (AJ) et 100 plus de 30 ans (AM).

Deux modèles d’étude ont été utilisés entre ces 2 populations AJ et AM :

  1. Effet de l’alimentation, des pratiques alimentaires et de l’exercice sur la DP
    Chez les JA, la pratique de l’exercice au moins 3 fois par semaine était inversement associée à la DP. La consommation de fast food plus de 3 fois/ semaine et de viande moins de 3 fois/semaine était positivement associée à la DP.
    Chez les plus de 30 ans (AM) une consommation élevée de fruits (plus de 3 fois/semaine) et une faible consommation de glucides à index glycémique élevé était inversement associée à la DP. La consommation de café et le fait de ne pas prendre de petit déjeuner était associée positivement à la DP.
  2. Effets indépendants du bien être mental sur l’alimentation, pratiques alimentaires saines et exercice
    Partant du fait qu’une humeur positive est associée à des taux cérébraux élevés en DA et augmente la motivation globale, les auteurs ont étudié les effets de celle-ci sur l’alimentation saine (inspirée du modèle Méditerranéen), les pratiques de santé bénéfiques (prendre un petit déjeuner, prise de multivitamines et d’huile de poisson) et l’exercice. Dans les 2 populations le bien être mental ne ressortait pas comme une variable indépendante pour les meilleurs modèles de santé.

Chez les JA, l’exercice était positivement associé avec le bien être mental, une alimentation et des pratiques saines, et négativement associé à la consommation de glucides à index glycémique élevé. Chez les AM, il était positivement associé à l’alimentation saine, la prise de café et - de manière surprenante - négativement associé avec des pratiques saines.

Après 30 ans, l’humeur est influencée par la disponibilité en antioxydants apportés par les fruits

Principale découverte de cette étude: l’alimentation et les pratiques alimentaires affectent de manière différente la santé mentale, selon que l’on a moins ou plus de 30 ans. Le moral des JA est plus sensible à la disponibilité des précurseurs de neurotransmetteurs (consommation de viande) et à leur concentration cérébrale (stimulée par l’exercice). A l’inverse, après 30 ans, l’humeur des adultes est plus influencée par la disponibilité en antioxydants apportés par les fruits et la modération d’aliments stimulant de manière inappropriée le système nerveux sympathique (café, sucres à index glycémique élevé, absence de petit déjeuner). Il existe une forte association entre alimentation et pratiques saines et exercice chez les JA mais pas chez la AM. Ces différences de réponses sont probablement liées au niveau de maturation cérébrale. Il serait sans doute utile d’ajuster les habitudes alimentaires à ces 2 tranches d’âge pour améliorer le bien être mental des individus.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Begdache L. et coll. Assessment of dietary factors, dietary practices en exercise on mental distress in young adults versus matured adults: a cross-sectional study Nutritional Neuroscience, 2017, pp 1-11.
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