N° 199 | juillet 2019

Les médecins jouent un rôle essentiel pour améliorer l’alimentation et la santé des individus pour le 21e siècle

Une alimentation saine réduit le risque de maladies cardiovasculaires athéromateuses et peut améliorer significativement la santé cardiovasculaire (CV) de la population. De nombreuses études ont largement démontré les bénéfices CV d’une consommation élevée de F&L, céréales complètes, poisson, fruits à coque, graines, légumineuses et, en parallèle, limitée en boissons sucrées, céréales raffinées, viande rouge et transformée. Certains modèles alimentaires (Méditerranéen, DASH) réduisent la mortalité CV et globale. Ces effets bénéfiques passent par des mécanismes multiples.

Malgré ces preuves, la qualité de l’alimentation demeure médiocre, notamment aux USA, en particulier dans les populations défavorisées, qui sont justement les plus à risque de maladies CV. Un grand nombre déclare manquer de connaissances nutritionnelles adaptées. D’où la prise de conscience par les autorités de santé de l’urgence pour les médecins de délivrer des conseils alimentaires éclairés à leurs patients qui les considèrent comme la meilleure source d’information. Malgré la volonté des praticiens à jouer ce rôle, ils sont encore trop peu impliqués dans le conseil nutritionnel, estimant ne pas avoir été suffisamment formés et entraînés à cette pratique au cours de leurs études médicales.

Des réformes majeures engagées pour préparer les médecins du 21e siècle

Des efforts pour améliorer la formation médicale en nutrition, tant dans le premier cycle que dans la formation post doctorale, sont faits depuis des décennies. Les données scientifiques n’ont cessé de s’accumuler et justifient l’inclusion de la formation nutritionnelle au cours des études médicales. Des réformes majeures ont été engagées pour préparer les médecins du 21e siècle à améliorer l’éducation de leurs patients, en particulier en médecine générale et certaines spécialités cliniques (cardiologie, endocrinologie, réanimation, obésité, gastro entérologie, cancérologie et quelques spécialités chirurgicales). Aujourd’hui, malgré le manque de temps et de ressources, les besoins pour renforcer la formation médicale théorique et pratique en nutrition à travers de nouvelles opportunités interprofessionnelles sont indéniables. En 1985, une étude avait souligné qu’un tiers des universités de médecine ne formait pas assez les étudiants aux relations entre l’alimentation et la santé. Un minimum de 25 heures de formation au cours des études était recommandé.

Seuls 14% des futurs médecins se sentent capables de donner des conseils nutritionnels aux patients

Peu de progrès ont été constatés depuis. En 2013, une étude a révélé que 71% des universités de médecine consacraient moins de 25 h de formation à la nutrition et que 36% étaient largement en dessous de la moitié de ce temps... Même si l’éducation nutritionnelle était enseignée de façon didactique, la pratique clinique et l’acquisition de compétences restaient minimales. Les étudiants se plaignent de ne pas avoir suffisamment d’enseignement dans ce domaine. Seuls 14% d’entre eux se sentent capables de donner des conseils nutritionnels aux patients. Ce manque de compétences est confirmé par de nombreuses études. Une récente enquête a montré que 77% des directeurs des programmes médicaux reconnaissaient ne pas atteindre les besoins nécessaires dans le domaine de la nutrition.

6 domaines pour améliorer l’éducation basée sur les compétences et la pratique

La nécessité d’entraîner les cliniciens à ce nouvel environnement de santé a conduit à des réformes des études médicales aux USA, considérées comme un véritable enjeu pour le 21e siècle, visant à associer l’enseignement didactique à l’expérience clinique, à travers des activités interprofessionnelles en équipes avec des pairs.

On a ainsi défini 6 domaines pour améliorer l’éducation basée sur les compétences et l’entraînement qui peuvent être appliqués à d’autres pays.

Soins au patient :
Le soin est centré sur le patient dans un esprit de compassion, approprié et efficace

Connaissances médicales :

Démontrer le savoir médical dans le domaine biomédical, clinique, épidémiologique et socio-comportemental et l’appliquer au soin du patient :

  • principes de base en nutrition et sources alimentaires ;
  • preuves des liens entre l’alimentation et le risque CV ;
  • outils d’évaluation de l’alimentation et connaissance des théories du changement appliquées à l’alimentation.

Systèmes fondés sur la pratique :

Renforcer la connaissance du système de santé et la capacité d’appliquer ses ressources au soin individuel. Capacité d’adresser les patients à des spécialistes et à les renseigner sur des programmes internet concernant les techniques culinaires, la perte de poids, la prévention du diabète et le «bien-être».

Apprentissage basé sur la pratique et son amélioration :

Capacité à évaluer le soin utile à chaque patient et continuer à l’améliorer.

Compétences interpersonnelles et de communication :

Échanger de manière efficace des informations et établir une collaboration en équipes interdisciplinaires pour améliorer le soin du patient.

Professionnalisme :

Capacité à effectuer des activités professionnelles en adhérant à des principes éthiques (compassion, respect, honnêteté, intégrité).

En dépit des preuves que la qualité de l’alimentation influence la santé CV, les habitudes alimentaires «malsaines» perdurent dans la population, notamment aux USA. Les médecins ont un rôle essentiel à jouer pour améliorer l’alimentation et la santé des individus et des populations. Cela représente un immense potentiel pour le 21e siècle. Pour y parvenir, l’éducation nutritionnelle et la pratique des médecins en formation est indispensable. La nutrition est une science dynamique qui évolue sans cesse et cette formation doit s’y adapter. Comme pour toutes les pathologies chroniques, cela nécessite un modèle collaboratif de soins nutritionnels. Beaucoup de professionnels de santé sont concernés. La santé publique en dépend.

D'après K.E. Aspry et al, Medical Nutrition Education, Training, and Competencies to Advance Guideline-Based Diet Counseling by Physicians: A Science Advisory From the American Heart Association. Circulation. June 5 2018: 137:e821-e841.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris, FRANCE
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