N° 188 | juillet 2018

Les pratiques alimentaires parentales et leur lien avec le risque nutritionnel chez les enfants : étude comparative sur les mères et les pères

Il est important d’instaurer des habitudes alimentaires saines dès le plus jeune âge, car il est avéré que les modes d’alimentation adoptés dans l’enfance se poursuivent par la suite. Les pratiques appliquées par les parents pour la nutrition de leurs enfants peuvent influencer leurs habitudes alimentaires. Ces «pratiques alimentaires parentales», désignent les comportements ou actions (intentionnels ou non) adoptés par les parents, qui influencent les attitudes, les comportements ou les croyances de l’enfant en matière d’alimentation.

La plupart des travaux de recherche portant sur le lien entre les pratiques alimentaires parentales et la consommation alimentaire des enfants se sont uniquement focalisés sur les mères. Toutefois, compte tenu des nouvelles tendances relatives à l’emploi des femmes, du nombre croissant de pères célibataires et de l’évolution des normes sociales liées au rôle domestique des pères, il convient également d’étudier le rôle des pères dans les pratiques alimentaires familiales.

Nous avons donc réalisé une étude observationnelle sur les liens entre les pratiques alimentaires parentales (mères et pères) et le risque nutritionnel chez les enfants.

Analyse croisée de 31 familles biparentales avec 40 enfants d’âge préscolaire

A l’aide des données de la Guelph Family Health Study, nous avons comparé les résultats des pratiques alimentaires parentales des mères et des pères avec le risque nutritionnel de leurs enfants.

Les pratiques alimentaires parentales ont été évaluées à partir d’une version modifiée du Comprehensive Feeding Practices Questionnaire (questionnaire global sur les pratiques alimentaires ou CFPQ), qui s’intéresse à 11 pratiques alimentaires parentales identifiées.

Le risque nutritionnel chez les enfants a été évalué à partir de leur résultat au questionnaire NutriSTEP, rapporté par les parents.

Les enfants impliqués dans la préparation des repas présentent un risque nutritionnel plus faible

Parmi les 31 familles biparentales incluses dans l’étude, nous avons constaté que les mères et les pères qui (a) fournissaient un environnement alimentaire familial sain et (b) impliquaient les enfants dans la planification et la préparation des repas étaient plus susceptibles d’avoir des enfants présentant un risque nutritionnel plus faible.

À l’inverse, les parents qui utilisaient les pratiques alimentaires parentales comme moyen de contrôle, en se servant de la nourriture pour récompenser un comportement (mères), en faisant pression sur les enfants pour qu’ils mangent ou en leur interdisant certains aliments (pères), étaient plus susceptibles d’avoir des enfants présentant un risque nutritionnel plus élevé.

Enfin, il a été constaté que les comportements alimentaires sains des pères montrant l’exemple, étaient associés à des enfants présentant un risque nutritionnel plus faible. Cependant, ce lien n’a pas été retrouvé chez les mères.

Recommandations pour les parents à la maison

Les résultats de notre étude confirment ceux des études existantes, en mettant en évidence le lien entre des pratiques alimentaires parentales spécifiques et la santé des enfants. En outre, nos résultats suggèrent que les futures recherches et interventions visant à comprendre ou améliorer les pratiques alimentaires parentales, devront impliquer à la fois les pères et les mères.

Bien que le profil croisé de cette étude ne permette pas d’établir un lien de cause à effet entre ces pratiques et le statut nutritionnel des enfants, il existe de nombreuses façons pour les parents d’instaurer des pratiques alimentaires saines à la maison.

Les deux parents doivent notamment être encouragés à :

  1. Créer un cadre familial favorisant des habitudes alimentaires saines (en proposant des aliments variés afin de valoriser un régime équilibré et nutritif).
  2. Impliquer les jeunes enfants dans la planification et la préparation des repas, mais aussi dans les courses d’alimentation.
  3. Montrer l’exemple aux enfants, en adoptant des comportements alimentaires sains (par exemple en s’abstenant de formuler une aversion pour les légumes forts en goût ou en testant de nouveaux aliments devant leurs enfants) 5.
  4. Éviter les pratiques alimentaires parentales «coercitives» (en faisant pression sur les enfants pour les inciter à manger ou en utilisant des friandises pour récompenser un bon comportement, par exemple).1,4,6,7

 

Jessica Watterworth
Département des relations familiales et de la nutrition appliquée, Université de Guelph, CANADA
Jess Haines
Département des relations familiales et de la nutrition appliquée, Université de Guelph, CANADA
Watterworth, J.C et al. (2017). Food parenting practices and their association with child nutrition risk status: comparing mothers and fathers. Appl Physiol Nutr Metab, 42: 667-671.
  1. Vaughn, A.E., et al. 2016. Fundamental constructs in food parenting practices: a content map to guide future research. Nutr. Rev. 74(2): 98–117.
  2. Bianchi, S.M. 2000. Maternal employment and time with children: dramatic change or surprising continuity? Demography, 37(4): 401–414.
  3. Yeung, W.J., Sandberg, J.F., Davis-Kean, P.E., and Hofferth, S.L. 2001. Children’s time with fathers in intact families. J. Marriage Fam. 63: 136–154.
  4. Melbye, E.L., Øgaard, T., and Øverby, N.C. 2013. Associations between parental feeding practices and child vegetable consumption. Mediation by child cognitions? Appetite, 69: 23–30.
  5. Holley, C.E., Haycraft, E., and Farrow, C. 2015. ‘Why don’t you try it again?’ A comparison of parent led, home based interventions aimed at increasing children’s consumption of a disliked vegetable. Appetite, 87: 215–222.
  6. Galloway, A.T., Fiorito, L., Lee, Y., and Birch, L.L. 2005. Parental pressure, dietary patterns, and weight status among girls who are “picky eaters”. J. Am. Diet. Assoc. 105(4): 541–548.
  7. Haycraft, E.L., and Blissett, J.M. 2008. Maternal and paternal controlling feeding practices: reliability and relationships with BMI. Obesity, 16(7): 1552–1558.
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