N° 189 | septembre 2018

« L’obésité : un processus pathologique marqué par des rechutes chroniques »

Ce titre (version anglaise originale : Obesity : A Chronic Relapsing Disease Process) est tiré d’un article d’opinion publié par la Fédération Mondiale de l’Obésité (World Obesity Federation) en réponse à la question : « l’obésité est-elle une maladie ¹? ».

Cet article s’intéresse plus particulièrement à l’excès de tissus adipeux et à ses conséquences en termes de santé et de handicap social. C’est bien connu: l’obésité est un problème chronique, ponctué de rechutes fréquentes après les traitements ². Cette notion était déjà suggérée il y a plus de 250 ans, par le Dr Malcolm Flemyng, un médecin anglais du XVIIIe siècle qui affirmait : « Quand elle est portée à un degré extrême, la corpulence peut être considérée comme une maladie, puisque dans une certaine mesure, elle empêche l’homme d’exercer librement certaines de ses fonctions animales, et elle a tendance à raccourcir la durée de vie en ouvrant la voie à des affections dangereuses. » ³ .

Aujourd’hui le vocabulaire a changé, mais le problème reste le même : l’obésité est un processus pathologique. 50 ans plus tard, en 1816, le chirurgien britannique William Wadd reprenait cette idée en déclarant : « Les graisses... quand elles sont trop présentes, au point de pouvoir être appelées OBÉSITÉ, ne sont pas uniquement une maladie en soi, mais peuvent avoir de nombreux effets mortels, particulièrement dans le cadre de troubles aigus. » 4.

Un éventail de maladies liées à l’obésité

L’excès de tissu adipeux, particulièrement au niveau abdominal, entraîne un éventail de maladies par le biais des substances produites par les cellules adipeuses hypertrophiées et souvent hyperplasiques. L’obésité est également une source de handicap social et moteur en raison de l’apparence physique des personnes concernées et du poids supplémentaire supporté par les os et les articulations.

À titre d’exemple, les cancers de l’endomètre et du sein sont tous deux liés aux œstrogènes, également produites par les cellules adipeuses. Les taux d’œstrogènes augmentent avec la quantité de tissus adipeux, surtout après la ménopause, période où les graisses deviennent la principale source d’œstrogènes.

Par ailleurs, l’excès de tissus adipeux viscéral augmente le besoin d’insuline par un phénomène d’insulino résistance, qui exacerbe le risque de diabète. Ainsi en cas de «pré diabète», la perte de poids réduit le risque de survenue de diabète ; en cas de diabète installé, elle augmente la probabilité de retrouver une tolérance normale au glucose.

L’obésité n’est pas un choix !

Au-delà de ces considérations, la déclaration de la Fédération Mondiale de l’Obésité omet une notion importante : la stigmatisation liée à l’obésité. Personne ne décide de devenir obèse. Pourtant les sujets obèses sont souvent tournés en dérision par la société. Les enfants obèses subissent également des moqueries et du harcèlement. La recherche sur l’obésité a tenu compte de cette stigmatisation avant même la création de l’International Journal of Obesity en 1977. Beaucoup considèrent qu’avec un peu plus de volonté, l’obésité disparaîtrait. Une idée hélas partagée par de nombreux professionnels de santé, qui tiennent les patients personnellement, voire moralement, responsables de leur obésité...

La perte de poids reste un enjeu central en termes de prévention

Aujourd’hui, l’accent est mis sur les « rechutes chroniques » de ce processus pathologique afin de rappeler d’une manière appropriée que l’obésité est une bombe à retardement...qui menace d’exacerber davantage de graves problèmes de santé comme le diabète ou l’insuffisance cardiaque. Heureusement, perdre du poids peut prolonger l’espérance de vie, réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, diminuer les risques de diabète et de stéatose hépatique non alcoolique (NASH). Une perte de poids modérée est suffisante: lorsque le risque de diabète est élevé, une perte de poids de 5 % suffit à le réduire. Une réduction de poids de 10 % (ou plus) réduit le risque de maladie cardiovasculaire.

L’article d’opinion de la Fédération Mondiale de l’Obésité jette les bases pour les professionnels de santé qui souhaitent aider les personnes obèses à atteindre un poids plus sain. Cette prise de position importante s’inscrit dans le sillon des déclarations de l’American Medical Association et de plusieurs autres associations professionnelles qui ont affirmé en 2013 que l’obésité est une maladie . La Fédération Mondiale de l’Obésité va plus loin: elle souligne le processus par lequel l’obésité produit ses effets délétères, tout en rappelant la chronicité de cette maladie, ponctuée de rechutes. La perte de poids est une stratégie essentielle si l’on veut prévenir les dégâts de cette «bombe à retardement».

L’affirmation de la Fédération « L’obésité est un processus pathologique marqué par des rechutes chroniques » définit donc un cadre pour les efforts en vue de réduire sa prévalence dans le monde.

George A. Bray
Centre de recherche biomédicale Pennington, Université de Louisiane, Baton Rouge, Louisiane, ETATS-UNIS
  1. Bray GA et al. Endocr Rev. 2018 Apr 1;39(2):79-132.
  2. Bray GA et al. Obes Rev 2017 Jul;18(7):715-723.
  3. Flemyng, M. London: L. Davis and C. Reymers, 1760.
  4. Wadd, W. London: J. Callow, 1816, 3rd edition.
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