N° 201 | octobre 2019

Lutte contre la consommation de boissons sucrées dans les 1 000 premiers jours de la vie : entretiens avec des familles et des prestataires du programme WIC

Aux États-Unis, la prévalence de l’obésité infantile persiste à des niveaux élevés. Les disparités raciales et socio-économiques de l’obésité infantile prennent racine dans les 1 000 premiers jours de la vie - de la grossesse jusqu’à 2 ans1. La consommation de boissons sucrées (BS) est un facteur de risque majeur d’obésité durant toute la vie, y compris la grossesse et la petite enfance2,3. Notre but est d’étudier la perception de la consommation de BS et l’acceptabilité d’éventuelles interventions incitant les familles à faibles revenus à éviter les BS dans les 1 000 jours de la vie.

Nous avons réalisé 25 entretiens semi-structurés avec des femmes enceintes et des mères de nourrissons participant au programme WIC, et 7 entretiens avec des prestataires et médecins du programme. Les participants se sont prêtés à un entretien de 90 minutes, ont examiné 24 supports visuels puis en ont discuté. Nous avons étudié les perceptions, les freins et les éléments facilitateurs pour éviter les BS et l’efficacité des diverses interventions.

Les parents ont le sentiment d’un manque de contrôle sur le choix des boissons

Presque toutes les mères avaient du mal à distinguer les boissons bonnes pour leur santé et celle de leurs enfants. Elles s’appuyaient sur la marque et l’emballage pour déterminer quelles étaient les boissons sucrées, mais aucune n’a indiqué évaluer la teneur en sucre. La plupart croyaient que leurs envies de femmes enceintes étaient irrésistibles et leurs attirances si fortes qu’il était impossible de les surmonter. Elles croyaient que les enfants maîtrisaient leur consommation de boissons sucrées et qu’il leur était impossible de les éviter. Mères et prestataires du programme WIC se sont aperçus que les familles cherchaient des alternatives à l’eau, bonnes pour la santé.

Les conséquences néfastes sur la santé sont fortement motivantes pour les mères

Si les messages destinés à promouvoir les bienfaits de l’eau sur la santé ont été bien accueillis, ceux soulignant les conséquences néfastes des BS sur la santé ont suscité des réactions plus contrastées. Toutes les mères approuvaient que les messages sur les conséquences néfastes des BS pour la santé des enfants puissent convaincre les parents d’arrêter de leur en donner. En revanche, les prestataires ne pensaient pas que les conséquences néfastes sur la santé soient un argument efficace pour faire passer le message: les familles ne se sentiraient pas concernées et trouveraient les messages négatifs décourageants.

Les illustrations concrètes sur la teneur en sucre modifient les comportements par rapport aux BS

Les femmes ont été surprises par les informations sur la teneur en sucre de différentes boissons, en particulier celles des boissons considérées « saines » (exemple : boissons pour sportifs et aux fruits). De nombreuses mères ont apprécié de pouvoir faire des choix éclairés en comparant la teneur en sucre des différentes boissons. Les prestataires ont noté que les supports visuels montrant la quantité de sucre des boissons avaient un impact positif dans leur pratique.

Thèmes
Citations illustratives
Confusion concernant les boissons bonnes ou non pour la santé
« Bon pour la santé ? Le jus de pommes bio...Le lait à un pour cent est bon pour la santé, il n’a pas de matières grasses... Je bois aussi une boisson chocolatée, mais elle est bio. »
Manque de contrôle sur le choix des boissons
« Quand j’étais enceinte, je ne buvais presque jamais d’eau. C’était surtout parce que j’avais toujours des envies de choses sucrées ».
Forte motivation induite par les images montrant les conséquences néfastes sur la santé
« AVC, crise cardiaque... oh mon Dieu. C’est effrayant... J’aimerais qu’ils boivent tout le temps de l’eau et oublient les boissons sucrées... ça me fait peur surtout pour mes enfants ».
Responsabilisation par les informations sur la teneur en sucre
« Vous pourriez dire à quelqu’un ‘oh tu bois tout ce sucre’, mais en fait quand on voit les cuillères de sucre... ça fait beaucoup ».

 

Les messages axés sur les conséquences sur la santé des nourrissons et la responsabilisation des parents pour choisir des boissons de meilleure qualité nutritionnelle selon la teneur en sucre doivent être testés dans des interventions pour diminuer la consommation de BS dans les 1 000 premiers jours.

Basé sur : Morel K., et al. Parental and Provider Perceptions of Sugar-Sweetened Beverage Interventions in the First 1,000 Days: A Qualitative Study. Acad Pediatr. 2019; 19(7): 748-755.

Kayla Morel
Centre médical de l’université Colombia, ÉTATS-UNIS / Université de médecine de New York, ÉTATS-UNIS
Yvonne Nong
Centre médical de l’université Colombia, ÉTATS-UNIS / Université de médecine humaine de l’Université d’État du Michigan, MSU, ÉTATS-UNIS
  1. Taveras EM et al. Reducing racial/ethnic disparities in childhood obesity: the role of early life risk factors. JAMA Pediatr. 2013;167:731–738.
  2. Gillman MW et al. Beverage intake during pregnancy and childhood adiposity. Pediatrics. 2017;140(2).
  3. Park S et al. The association of sugar-sweetened beverage intake during infancy with sugar-sweetened beverage intake at 6 years of age. Pediatrics. 2014;134: S56–S62.
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