N° 199 | juillet 2019

Influence des habitudes alimentaires du médecin généraliste sur les conseils alimentaires qu’il donne à ses patients

Le médecin généraliste est le premier interlocuteur et une référence majeure en termes de conseil nutritionnel pour les patients1. La nutrition étant un facteur important pour la santé, nous avons exploré la fréquence et la qualité des conseils nutritionnels délivrés en médecine générale.

Notre objectif principal : analyser l’influence du parcours alimentaire passé et des habitudes alimentaires présentes du médecin généraliste sur les conseils prodigués à ses patients.

Les objectifs secondaires : recueillir l’avis des médecins généralistes sur les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS)2 et savoir s’ils les appliquent à titre personnel et dans leur pratique médicale quotidienne.

Une étude qualitative auprès de 10 médecins généralistes

Nous avons donc réalisé une étude qualitative, par entretiens semi dirigés, auprès de 10 médecins généralistes. L’approche qualitative permet d’explorer un sujet encore non étudié et de recueillir des réponses personnelles, les opinions, les croyances et les ressentis des sujets permettant ainsi de faire émerger et d’approfondir des idées nouvelles ou inattendues3.

Les habitudes alimentaires du médecin influencent les conseils qu’il donne

Nous avons constaté que l’alimentation des médecins est influencée par des facteurs psycho-sociaux et familiaux, en particulier l’éducation reçue dans l’enfance, leur personnalité et leur relation à la nourriture. Il existe effectivement un lien entre leurs habitudes alimentaires et les conseils prodigués à leurs patients. Ainsi, dans notre échantillon, ceux ayant une alimentation équilibrée depuis l’enfance (essentiellement les femmes) ont plus tendance à associer alimentation et bonne santé, et donnent plus fréquemment des conseils basiques et généraux. Cependant, face aux difficultés rencontrées par les patients, de tels médecins se sentent un peu démunis pour transmettre et faire appliquer concrètement leurs connaissances théoriques. Les médecins en surpoids ont tendance à n’intervenir que si le patient est déjà motivé car ils considèrent que c’est une perte de temps d’apporter des informations à quelqu’un qui n’est pas en demande. Leur approche est essentiellement motivationnelle, qui part principalement du quotidien des patients, et selon eux les conseils généraux ont peu d’utilité. Tous, par contre, se sentent à l’aise avec les conseils nutritionnels concernant des maladies chroniques fréquentes, comme le diabète. Dans ce cas, le patient étant suivi régulièrement, le temps est leur allié pour l’accompagner. En prévention primaire, l’outil le plus utilisé, pour engager le dialogue et amorcer l’éducation est le calcul de l’IMC. En l’absence de surpoids, de pathologie ou de demande du patient, les médecins n’ont pas le temps de donner des conseils alimentaires.

Les médecins pensent que leur physique a également une influence

Par exemple, un médecin trop mince, donnant des conseils alimentaires, suscite chez les patients des commentaires dubitatifs, sous entendant qu’il ne peut comprendre leurs difficultés.Inversement, les médecins en surpoids ou peu satisfaits de leur physique se sentent moins légitimes à donner des conseils.

Avis des médecins sur le PNNS « consommer au moins 5 F&L par jour »

Si les médecins sont d’accord sur l’importance de la consommation de F&L pour avoir une alimentation saine, des variations selon les médecins existent sur les modalités de cette consommation. Ils reconnaissent des difficultés à quantifier les «5 F&L» - beaucoup d’entre eux trouvent difficile pour les patients d’atteindre cette recommandation. L’application ou la non application des recommandations nutritionnelles par les médecins généralistes influence la manière dont ils délivrent les conseils. Ceux qui ont des difficultés à les appliquer ont la notion qu’il y a une différence majeure entre connaissance théorique et application pratique.

D’après CHAMBON E. Influence des habitudes alimentaires du médecin généraliste sur les conseils alimentaires qu’il donne à ses patients. Dissertation for the State diploma of Doctor in Medicine. 2018.

Estelle Chambon
Médecin généraliste, Collège Universitaire de médecine générale de l’Université Lyon 1, FRANCE
  1. Ferrer E, Fauqué P. La place du médecin généraliste dans la nutrition en prévention primaire: expériences et attentes de patients âgés de moins de 40 ans. Nice, France: Université de Nice Sophia Antipolis; 2016.
  2. Les 9 repères Manger Bouger [En ligne]. [cité 9 mars 2018]. Disponible sur: http://www.mangerbouger.fr/Les-9-reperes
  3. Borges Da Silva G. La recherche qualitative : un autre principe d’action et de communication. Rev Médicale Assur Mal. 2001; 32(2) : 117–121.
Retour Voir l'article suivant