N° 166 | juillet 2016

Plus mes copains mangent de carottes, plus j’en mange moi aussi !

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Les comportements alimentaires sont censés se développer par le biais de l’apprentissage social durant l’enfance. La présence de convives durant les repas, comprenant les parents, les pairs et les frères et soeurs, influence le développement des préférences et des comportements alimentaires. A l’âge adulte, le comportement alimentaire des autres peut avoir une forte influence sur ce que nous mangeons et en quelle quantité. Les recherches confirment que les personnes sont fortement influencées par le comportement alimentaire de leurs pairs et que les adultes, les adolescents et les enfants ajustent leur prise alimentaire sur celle du pair présent.

On a bien montré que les croyances sur les comportements alimentaires des autres - perçues comme des normes alimentaires - influençaient l’alimentation des adultes. Ainsi, ces derniers mangent plus de fruits et légumes quand on les conduit à penser que leurs pairs en consomment de grandes quantités.

L’influence des normes alimentaires perçues sur la consommation de légumes des enfants

Bien que des études suggèrent que les enfants ajustent leur propre consommation calorique sous forme de snack sur celle d’un pair présent, aucune recherche n’a examiné si ceux-ci étaient motivés par les normes alimentaires perçues.

Puisque la consommation de légumes est souvent faible chez les jeunes enfants, et que les habitudes alimentaires prises durant l’enfance se poursuivent à l’adolescence et à l’âge adulte, il est important de chercher de nouvelles pistes pour accroître la consommation de légumes à cette période de la vie.

Dans cette étude, des psychologues de Liverpool ont analysé l’influence des normes alimentaires perçues sur la consommation de légumes des enfants. Ces derniers ont été exposés à une information concernant la quantité de carottes que d’autres enfants avaient consommée.
Dans la lignée d’études précédentes chez des adultes, les auteurs ont émis l’hypothèse que les enfants pouvaient être motivés par les normes alimentaires perçues et augmentaient leur prise de légumes quand ils pensaient que les autres enfants en avaient consommé en grande quantité.

Une étude soigneusement conçue

143 enfants (dont 51% de filles) âgés de 6 à 11 ans (âge moyen 9 ans) ont été recrutés dans deux écoles primaires du Nord Ouest de l’Angleterre. 128 étaient de poids normal et 15 en surpoids. On a laissé croire aux enfants que l’étude avait pour but d’évaluer leurs capacités à jouer à des jeux. Les enfants ont été randomisés dans l’une des 4 conditions suivantes : norme élevée de consommation, faible norme de consommation, aucune norme et groupe contrôle. Les enfants ont été soumis à une feuille d’informations fictive des participants comprenant des informations sur 6 enfants précédents (nombre de participants, date de naissance et genre). Dans les groupes de norme élevée, faible ou sans norme, la feuille contenait une colonne «quantité de carottes consommée». Dans le groupe norme élevée, celle-ci mentionnait «tous»; dans le groupe norme faible était mentionné «aucun»; dans le groupe aucune norme, elle restait vide. (Cette colonne était présente dans le groupe sans norme afin d’éviter que des informations suggérant que la consommation des autres enfants ait pu être surveillée n’affecte la prise alimentaire). Dans le groupe contrôle aucune colonne n’était présente.

Tous les enfants ont été exposés à un bol. Dans le groupe consommation forte il ne restait qu’une seule carotte dans le bol, alors que dans le groupe norme faible, le bol restait plein. Dans les deux autres groupes, le bol contenait des objets sans rapport avec la nourriture (stylos).

Les normes de consommations perçues par les jeunes enfants peuvent influencer leur consommation de légumes

La consommation habituelle de fruits et légumes a été évaluée par un questionnaire validé rapporté sur 24 heures. On a également mesuré le goût des enfants pour les fruits et légumes («combien aimes-tu en manger par jour?) avec 5 réponses, allant de «pas du tout» à «beaucoup». On leur a aussi posé des questions sur leurs croyances de la consommation de fruits et légumes des autres enfants avec des réponses allant d’aucun à 5 ou plus.

Dans l’ensemble, la consommation moyenne de fruits et légumes était de 1,58 portions par jour et les enfants croyaient que les autres en avaient consommé 2 à 3 par jour en moyenne. De plus, les enfants tendaient à dire qu’ils aimaient les carottes.

Mais surtout, les enfants situés dans la norme de consommation élevée croyaient que les autres enfants avaient mangé plus de carottes que ne le pensaient ceux des 3 autres groupes. En clair, les enfants ont été influencés par les normes de consommations perçues concernant la prise de légumes par leurs pairs. Quand ils pensaient que les autres enfants avaient mangé une grande quantité de carottes, ils en mangeaient eux mêmes plus que dans les autres conditions.

Ces résultats laissent penser qu’apporter une information suggérant que les autres enfants mangent une grande quantité de légumes, incite les enfants à en augmenter leur propre consommation. Les normes de consommations perçues peuvent influencer la prise de légumes chez les jeunes enfants. Favoriser l’usage de norme de consommation pour promouvoir une alimentation plus saine chez les enfants mérite certainement d’autres investigations.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
M. Sharps, E. Robinson, Perceived eating norms and vegetable consumption in children. International Journal of Behavioral Nutrition and physical activity 2015- 12:135. pp.1-5
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