N° 143 | juin 2014

Pourquoi certaines initiatives pour promouvoir les fruits et légumes à l’école sont-elles effi caces et d’autres non ?

Légumes: difficile de les convaincre

“Mes enfants ? Ils n’aiment pas les légumes !”. Quels sont les parents qui n’ont pas répété cette phrase à maintes reprises !

Toute personne, ayant affaire aux nourrissons et aux jeunes enfants, sait que les légumes sont plus difficiles à faire accepter que les autres aliments. Il n’est guère surprenant que les habitants de la plupart des pays du monde ne consomment pas assez de fruits et légumes.

En tant que parents, ne nous sentons pas coupables et ne soyons pas trop exigeants avec nos enfants. La science le prouve : les aliments sucrés et riches en énergie sont plus faciles à apprécier par les enfants que les fruits et légumes !

Des programmes efficaces

Il sera toujours difficile de convaincre les enfants de manger des fruits et - surtout - des légumes. Ne baissons pas les bras. Certaines actions de promotion se sont avérées efficaces. Ainsi, les données provenant des études sur les actions menées dans les écoles. Les revues systématiques des preuves ont montré leur efficacité 1-4. Les programmes nationaux de fruits et légumes à l’école ont eu des résultats positifs. 18 des 21 Etats Membres de l’Union Européenne ont rapporté un impact favorable sur la consommation dans le cadre du programme européen de fruits à l’école (the EU School Fruit Scheme) 5. C’est le cas pour l’évaluation du programme américain de fruits et légumes frais à l’école 6.

Surmonter les obstacles à l’accès

Connaissant la difficulté pour faire apprécier les fruits et légumes aux enfants, pourquoi ces programmes marchent-ils ? Une des raisons majeures est la facilité d’accès chez les enfants qui n’en consomment pas assez à la maison. Les augmentations de consommation sont plus importantes chez les enfants qui en consommaient le moins au départ 5-7. En Norvège, les distributions gratuites effectuées jusqu’il y a peu, bénéficiaient à toutes les catégories socio-économiques – réduisant efficacement les inégalités de consommation. Au contraire, les programmes subventionnés, également en place, ont été surtout utilisés par les enfants des classes les plus aisées qui consommaient déjà beaucoup de fruits et légumes et ont eu peu d’impact sur l’accès 8.

L’occasion d’apprendre des habitudes saines

Deuxième raison clé : les enfants peuvent apprendre à apprécier les fruits et légumes. Lorsque les enfants sont exposés de manière répétée à des fruits et légumes savoureux, leur appréciation augmente, entraînant une plus forte consommation qui perdure 9.

Ainsi, en exposant les enfants aux fruits et légumes de façon répétée, ces programmes peuvent augmenter leur appétence. Ceci est clairement montré par l’évaluation des programmes mesurant les préférences alimentaires. Avant l’exposition à ces programmes, les enfants disaient qu’ils n’aimaient pas les fruits et légumes. Suite au programme, ils déclaraient le contraire 10. Le programme Food Dudes est basé sur la science de l’apprentissage des préférences et utilise l’exposition, les « modèles » (l’apprentissage) et les récompenses pour augmenter efficacement la consommation 10. C’est une bonne nouvelle car les enfants ramènent leurs préférences à la maison et n’en consomment pas moins à d’autres moments de la journée. De nombreuses études ont montré des impacts positifs sur la consommation totale quotidienne 3.

« Lorsque les enfants sont exposés de manière répétée à des fruits et légumes savoureux, leur appréciation augmente, entraînant une plus forte consommation qui perdure »

Besoins d’actions durables

Cependant, les effets sont relativement modestes – la métaanalyse la plus récente a montré une augmentation de 0,32 portion par jour chez les enfants de 5 à 12 ans 3. On pouvait s’y attendre: le problème principal étant des faibles préférences au départ, il faut du temps pour les instaurer et les maintenir. Comme le montre une intervention aux Pays Bas, les programmes offrant des occasions d’expositions multiples seraient plus efficaces à long terme 12. Pour avoir un effet durable, il faudrait maintenir ces actions durant plusieurs années 2.

Les impacts sont modestes lorsqu’il s’agit de surmonter les obstacles à l’accès. Les problèmes vont bien au-delà du portail de l’école. Une étude chez les Amérindiens au Canada a montré qu’un programme varié de fruits et légumes augmentait les préférences gustatives pour les fruits et légumes chez les écoliers mais n’augmentait pas leur choix d’en consommer à la maison 13.

Des effets hétérogènes

Il existe une variabilité importante. Si de nombreux programmes réussissent, d’autres non. Certains seraient efficaces dans un contexte donné. Par exemple, l’évaluation du programme pilote de fruits et légumes du Nord du Canada (the Northern Fruit and Vegetable Pilot Programme in Canada) n’a pas trouvé de preuves en faveur de l’inclusion de l’éducation nutritionnelle dans un programme gratuit pour améliorer son efficacité 10. Cependant, dans d’autres cas, les programmes éducatifs modifiaient efficacement les préférences 14.

Des approches multifactorielles

Des initiatives pour promouvoir les fruits et légumes mal adaptées à la population visée ont peu de chances de réussir.

Augmenter l’accessibilité n’aura aucun effet chez les enfants qui en consomment déjà à la maison; des expositions répétées ne changeront pas les comportements des enfants qui les apprécient déjà; les programmes éducatifs ne marcheront pas si les enfants n’apprécient pas ces produits. Les approches « multifactorielles » ont été plus efficaces en prenant en compte les variations au sein de chaque école et entre différentes écoles 2-4.

Prendre en compte les caractéristiques des enfants à l’école permettrait de progresser plus rapidement dans la conception de programmes de promotion plus efficaces.

Corinna Hawkes
Directeur Politiques de Santé et Affaires Publiques, WCRF International
  1. Mozaffarian D, Afshin A, Benowitz NL, et al. Population approaches to improve diet, physical activity, and smoking habits: a scientifi c statement from the American Heart Association. Circulation. 2012 Sep 18;126(12):1514-63.
  2. De Sa, J., & Lock, K. (2008). Will European agricultural policy for school fruit and vegetables improve public health? A review of school fruit and vegetable programmes. Eur J Pub Health, 18(6), 558-568.
  3. Evans CE, Christian MS, Cleghorn CL, Greenwood DC, Cade JE. Systematic review and meta-analysis of school-based interventions to improve daily fruit and vegetable intake in children aged 5 to 12 y. Am J Clin Nutr. 2012 Oct;96(4):889- 901
  4. Van Cauwenberghe E, Maes L, Spittaels H, van Lenthe FJ, Brug J, Oppert JM, De Bourdeaudhuij I. Effectiveness of school-based interventions in Europe to promote healthy nutrition in children and adolescents: systematic review of published and ‘grey’ literature. Br J Nutr. 2010 Mar;103(6):781-9.
  5. AFC Management Consulting/CO CONCEPT. Evaluation of the European School Fruit Scheme. Brussels: European Commission, 2012.
  6. Bartlett, S., Olsho, L., Klerman, J., et al. (2013). Evaluation of the Fresh Fruit and Vegetable Program (FFVP):. Prepared by Abt Associates. Alexandria, VA: USDA FNS.
  7. Wengreen, H. J., Madden, G. J., Aguilar, S. S., Smits, R. R., & Jones, B. A. (2013). Incentivizing Children’s Fruit and Vegetable Consumption: Results of a United States Pilot Study of the Food Dude Program. J Nutr Educ Beh, 45(1), 54-59
  8. Bere E, Veierod MB, Klepp K-I. The Norwegian school fruit programme: evaluating paid vs. no-cost subscriptions. Prev Med 2005;41:463–70.
  9. Ahern, S. M., Caton, S. J., Bouhlal, S., Hausner, H., Olsen, A., Nicklaus, S., … & Hetherington, M. M. (2013). Eating a Rainbow. Introducing vegetables in the first years of life in 3 European countries. Appetite, 71, 48-56.
  10. He, M., Beynon, C., Sangster Bouck, M., St Onge, R., Stewart, S., Khoshaba, L.,& Chircoski, B. (2009). Impact evaluation of the Northern Fruit and Vegetable Pilot Programme–a cluster-randomised controlled trial. Pub Health Nutr, 12(11), 2199-2208.
  11. Horne, P. J., Tapper, K., Lowe, C. F., Hardman, C. A., Jackson, M. C., & Woolner, J. (2004). Increasing children’s fruit and vegetable consumption: a peermodelling and rewards-based intervention. EJCN, 58(12), 1649-1660.
  12. Reinaerts E, Crutzen R, Candel M, De Vries NK, De Nooijer J. Increasing fruit and vegetable intake among children: comparing long-term effects of a free distribution and amulticomponent program. Health Educ Res. 2008 Dec;23(6):987- 96.
  13. Gates, A., Hanning, R. M., Gates, M., Isogai, A. D., Metatawabin, J., & Tsuji, L. J. S. (2011). A School Nutrition Program Improves Vegetable and Fruit Knowledge, Preferences, and Exposure in First Nation Youth. Open Nutr J. 5.
  14. Friel, S., Kelleher, C., Campbell, P., & Nolan, G. (1999). Evaluation of the nutrition education at primary school (NEAPS) programme. Pub Health Nutr., 2(04), 549-555.
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