N° 183 | février 2018

Pratiquer le jardinage à l’université pour augmenter la consommation de F&L

Pendant la première année d’université, les étudiants ont tendance à prendre trop de poids: ils quittent le domicile familial, doivent désormais gérer eux-mêmes leur hygiène de vie... Durant cette période, les étudiants consomment le plus souvent des aliments préparés et des plats cuisinés, généralement caloriques et pauvres en nutriments. Par ailleurs, les initiatives de jardinage et de potagers chez les enfants semblent prometteuses pour leur inculquer de meilleures habitudes alimentaires et accroitre leur consommation de F&L. Nous ne savons pas encore si de telles initiatives pourraient être efficaces chez les adolescents et les étudiants.

D’où l’objectif de notre étude: savoir s’il existe une relation entre la participation à des potagers au cours de l’enfance, voire plus tard, et la consommation de F&L sur un panel varié d’étudiants de première année.

Le jardinage: une stratégie pour encourager la consommation de F&L

Historiquement, les programmes de jardinage étaient utilisés pour favoriser une agriculture durable et respectueuse de l’environnement et encourager un enseignement scolaire pratique. Depuis peu, ces initiatives ont également pour objectif d’améliorer les habitudes alimentaires des enfants, en augmentant notamment leur consommation de F&L1. Le jardinage scolaire associe souvent des leçons théoriques de nutrition et l’opportunité de travailler dans un jardin 2,3.

Les effets à court terme de ces initiatives sont bien connus : elles augmentent la consommation de F&L chez les écoliers pendant l’intervention ou juste après 4,5. Les études ont par ailleurs montré que participer à un potager améliore à la fois les connaissances nutritionnelles et le goût pour les légumes 2,3. D’autres études ont également constaté que la pratique du jardinage en commun une fois par semaine peut considérablement augmenter la consommation de F&L, tant chez l’enfant que chez l’adulte.

Néanmoins, les effets à long terme de telles activités sont encore mal connus.

Effets à long terme de la participation à un potager en termes de fréquence et de quantité de F&L consommés par les étudiants de première année :

Notre étude portait sur 1121 étudiants de première année, de 18 ans ou plus et consommant en moyenne moins de 2 équivalents tasses de fruits (entre 200 et 300 g) ou plus de 3 équivalents tasses de légumes (environ 300 g) par jour.

Le poids et la taille des sujets ont été mesurés pour calculer leur IMC.

Les participants ont répondu à plusieurs questionnaires :

  • Questionnaire sur le mode de vie et la santé ;
  • Questionnaire du National Cancer Institute concernant les F&L ;
  • Questions concernant la participation à des expériences de jardinage pendant l’enfance et au cours des 12 derniers mois.

11 % des étudiants ont rapporté avoir participé à un potager uniquement lorsqu’ils étaient enfants, 19 % récemment seulement, 20 % pendant l’enfance et récemment, et 49 % n’avoir jamais fait cette expérience. Par ailleurs, 60 % des étudiants déclaraient ne pas avoir jardiné récemment, contre 31% 1 à 3 fois par mois et 9 % au moins une fois par semaine. La Figure 1A montre que les étudiants qui avaient participé à un potager pendant l’enfance et récemment consommaient une quantité significativement supérieure de F&L (435 g par jour), en comparaison de ceux qui n’avaient jamais jardiné (332,5 g par jour).

Chez les étudiants qui s’occupaient d’un potager, plus les séances de jardinage étaient fréquentes, plus la consommation de F&L augmentait.
Ainsi lorsque les étudiants n’avaient pas jardiné récemment, la consommation moyenne de F&L était de 367,5 g par jour, tandis que ceux qui s’occupaient d’un potager 1 à 3 fois par mois consommaient en moyenne 420 g de F&L par jour. Enfin, chez les étudiants qui jardinaient au moins une fois par semaine, cette consommation atteignait 490 g de F&L par jour (Figure 1B).

Décideurs politiques: mettez en place des potagers dans les écoles et les universités

Les résultats de cette étude confirment que le jardinage représente une des stratégies possibles pour augmenter la consommation de F&L chez les étudiants qui, à l’heure actuelle, ne respectent pas les quantités recommandées aux États-Unis. Pour avoir un effet plus significatif sur la consommation de F&L, le jardinage devrait avoir lieu à différents moments dans le temps et à une fréquence suffisante.

Puisque les étudiants qui participent plus souvent à des potagers consomment davantage de F&L, les décideurs politiques devraient mettre en place ce type d’activité dans les écoles, les collèges et les universités afin d’exposer davantage les enfants et les jeunes à cette pratique.

Anne E. Mathews
Food Science and Human Nutrition Department, université de Floride, ÉTATS-UNIS
collaborateurs
J. Loso, D. Staub, SE. Colby, MD. Olfert, K. Kattelmann, M. Vilaro, J.Colee; W. Zhou, L. Franzen-Castle, AE. Mathews. Gardening Experience Is Associated with Increased Fruit and Vegetable Intake among First-Year College Students: A Cross-Sectional Examination. J Acad Nutr Diet 2017 Nov. https://doi.org/10.1016/j.jand.2017.09.005.
  1. Corrigan MP. Growing What You Eat: Developing Community Gardens and Improving Food Security [dissertation]. Athens, OH: Ohio University; 2010.
  2. Hermann J, Parker S, Brown B, et al. After-school gardening improves children’s reported vegetable intake and physical activity. J Nutr Educ Behav. 2006; 38(3):201-202.
  3. Ratcliffe M, Merrigan K, Rogers B, et al. The effects of school garden experiences on middle school-aged students’ knowledge, attitudes, and behaviors associated with vegetable consumption. Health Promot Pract. 2011;12(1):36-43.
  4. Savoie-Roskos M, Wengreen H, Durward C. Increasing fruit and vegetable intake among children and youth through gardening-based interventions: A systematic review. J Acad Nutr Diet.2017; 117(2):240-250.
  5. Evans C, Christian M, Cleghorn C, et al. Systematic review and meta-analysis of school-based interventions to improve daily fruit and vegetable intake in children aged 5 to 12 y. Am J Clin Nutr.2012;96(4):889-901.
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