N° 183 | février 2018

Promouvoir et faciliter l’allaitement maternel et l’accès des enfants à des aliments sains comme les F&L

Télécharger Imprimer

Les préférences alimentaires commencent à se développer durant le développement foetal et évoluent tout au long de la vie, en fonction de facteurs biologiques, sociaux et environnementaux. La petite enfance est une période cruciale pour la mise en place des préférences alimentaires et représente le moment idéal pour améliorer la qualité de l’alimentation. Cet article passe en revue les facteurs influençant les préférences alimentaires de l’enfant.

Les enfants ont des préférences innées pour les goûts sucrés, salés et la saveur umami (qui correspond au goût proche du sucré du mono-glutamate de sodium) alors qu’ils rejettent les saveurs aigres et amères. Cela les aident à consommer des aliments denses en énergie et en protéines et à éviter des aliments potentiellement toxiques. Cependant, ces aversions peuvent les conduire à rejeter des aliments sains à saveur amère comme certains légumes.

Influences pré et post natales

L’enfant apprend à apprécier les saveurs des aliments dès la vie intra utérine, durant l’allaitement maternel et en consommant des aliments infantiles. Dès 11 semaines, le fœtus perçoit les changements de saveur du liquide amniotique, influencées par l’alimentation maternelle. Cette dernière détermine également le gout du lait maternel. Ces expositions pré et post natales conditionnent les préférences alimentaires de l’enfant quand il grandit.

Ainsi, les enfants de 5 à 8 mois dont la mère a consommé du jus de carotte pendant le premier trimestre de sa grossesse et au cours de l’allaitement, ont une moindre aversion pour les céréales à l’arôme de carotte que ceux dont les mères n’ont consommé que de l’eau. On ne sait pas très bien pour quelle raison l’exposition à de multiples saveurs au cours de l’allaitement est nécessaire pour influencer l’acceptation de l’enfant. Quoiqu’il en soit, l’allaitement maternel expose l’enfant à des saveurs bien plus variées que les formules infantiles et explique pourquoi les enfants nourris au sein ont des préférences plus riches au cours de la diversification alimentaire. Ainsi les enfants allaités consomment entre l’âge de 2 et 13 ans plus de F&L que ceux qui ne l’ont pas été. La qualité de l’alimentation de la mère joue donc un rôle crucial.

Diversification alimentaire

L’allaitement exclusif est recommandé jusqu’à l’âge de 4 à 6 mois en général, au moment ou l’enfant commence à diversifier son alimentation avec des aliments solides, complétant ainsi ses besoins non assurés par le lait maternel seul. Durant cette période, plus l’exposition aux F&L est variée, répétée et précoce, plus facile est leur acceptation par l’enfant.

Habitudes alimentaires des parents

Le rôle des parents est crucial pour façonner les préférences alimentaires de leurs enfants. Ces derniers préfèrent les aliments familiers. Le contexte social et émotionnel joue un rôle. Récompenser par une sucrerie un enfant après avoir consommé un aliment qu’il n’apprécie pas ou le forcer à en manger ont des effets contre productifs. Cependant, il a été montré que récompenser un enfant par autre chose qu’un aliment qu’il aime (image ou auto collant) peut être efficace. Créer une ambiance émotionnelle positive autour d’un aliment a également son importance. Les préférences des enfants sont également modelées et stimulées par le comportement alimentaire des parents ou de leurs pairs.

En revanche, limiter la consommation d’aliments «malsains» par l’enfant s’avère plus difficile. La stricte restriction ne marche pas, ni les stratégies de contrôle. Il est plus utile de leur faire pratiquer du jardinage, de la cuisine ou de mettre à libre disposition des F&L pour encourager leur consommation.

Effets des media et de l’environnement

L’influence de la publicité télévisée est considérable chez les enfant de 2 à 11 ans. En moyenne, aux USA, les 2-7 ans sont exposés à 12 publicités par jour, les 8-12 ans à 21. La moitié des spots est consacrée aux aliments peu recommandés (sucreries, snacks, céréales, fast food...). Des études ont bien montré que la durée d’exposition à la TV des jeunes enfants est associée à une alimentation de piètre qualité. L’effet de «marque» est très puissant chez les enfants.

L’environnement médiatique est combiné à l’environnement physique qui est moins favorable dans les quartiers défavorisés où les petits commerces de marques et les fast food sont plus nombreux que les épiceries et les supermarchés, ce qui réduit les choix alimentaires.

Quelles mesures prendre ?

En termes de santé publique, l’origine multifactorielle des préférences alimentaires nécessite des approches multiples.

A tous les niveaux, il faut promouvoir et faciliter l’allaitement maternel et l’accès des enfants à des aliments sains. A l’inverse, il faut limiter l’exposition aux aliments malsains pour lesquels les enfants ont une préférence innée.

Il est donc recommandé de :

  1. développer une politique de congé maternel payé, mettre en place des stratégies adaptées à l’allaitement dans les services médicaux et sur les lieux de travail ;
  2. modifier l’environnement commercial en favorisant l’accès géographique et financier à des aliments sains ;
  3. limiter le marketing alimentaire pour les enfants ;
  4. améliorer la composition des plats de restauration et des aliments transformés ;
  5. former les parents, les enseignants de petites classes et les fournisseurs de soins de l’enfant, à des pratiques alimentaires contribuant à des préférences alimentaires saines.

Ces mesures pourront apporter, non seulement l’installation et les bénéfices d’un alimentation de qualité, mais aussi améliorer la santé globale de la population.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
J.P. Beckermann et al, The development and public health implications of food preferences in children, Front. Nutr. 4:66, dec 2017, vol 4, pp 1-8
Retour Voir l'article suivant