N° 189 | septembre 2018

Quand l’Australie part en lutte contre l’obésité dans les écoles

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En Australie, comme dans le monde, l’obésité infantile pose un véritable problème de santé publique: une étude réalisée chez plus de 30 000 enfants scolarisés a révélé que près de 25% des enfants de 4,5 à 15 ans étaient en surpoids ou obèses. L’obésité de l’enfant présente des risques pour la santé, en particulier dans le Queensland, deuxième état de l’Australie par sa superficie, surtout dans les zones défavorisées. Déjà en 2011-2012, dans cet Etat, la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants de 5 à 17 ans, atteignait respectivement 18.2 et 9.3%. En 2014-2015 ces problèmes concernaient environ 217 000 enfants.

Les aliments de forte densité énergétique sont des déterminants clés de l’obésité chez les enfants australiens. Dans le Queensland, 61% des enfants consomment des aliments non essentiels (biscuits sucrés et salés, confiseries) et plus de 50% boivent des boissons sucrées tous les jours. Si une bonne proportion consomme les quantités de fruits recommandés, moins de 10% le font pour les légumes... En outre, la plupart des enfants du Queensland sautent le petit déjeuner. Le manque d’activité physique joue également un rôle majeur. Selon une étude de 2006, moins de la moitié des enfants de 6 à 10 ans atteint les recommandations de 60 minutes d’activité par jour. La prévalence de la sédentarité est élevée: elle atteint 41% chez les 5-7 ans et 73% chez les 16-17 ans.

Une telle progression de l’obésité souligne la nécessité des politiques favorisant une alimentation saine et une activité physique régulière à l’école.

Les déterminants personnels et environnementaux sont à la base des changements de comportements

Les politiques de santé peuvent influencer les déterminants environnementaux par une variété d’outils qui atténuent les circonstances défavorables tout en offrant des opportunités utiles pour la santé et en réduisant le risque d’obésité. Les taxes sur les aliments ou les boissons riches en calories, le développement de pistes cyclables, peuvent ainsi avoir un impact sur l’environnement et lutter contre l’obésité.

Ces politiques peuvent également modifier les déterminants personnels par le biais de l’éducation, en transformant des comportements malsains en comportements bénéfiques pour la santé. L’OMS a proposé des options favorables dans l’environnement scolaire pour promouvoir l’alimentation saine et l’activité physique dans les écoles, y interdire les publicités alimentaires, favoriser une éducation intégrée sur les bons choix alimentaires, augmenter le nombre de cours d’éducation physique et diffuser des recommandations alimentaires nationales et régionales pour les enfants scolarisés. Elles insistent sur la facilité d’accès à des aliments sains et la présence d’espaces sécurisés qui encouragent les enfants à pratiquer une activité physique et à adopter une alimentation saine en dehors des classes.

Investir pour promouvoir les aliments et boissons sains dans les écoles

Cet article souligne qu’une politique de prévention de l’obésité dans les écoles du Queensland est un véritable challenge. Le gouvernement a fait des investissements significatifs pour promouvoir les aliments et boissons sains dans les écoles. Cependant, il reste beaucoup à faire car les enfants consomment encore trop de snacks et restent trop sédentaires. Le Gouvernement a développé de nombreux partenariats avec le groupe de travail de l’obésité (Obesity Task Force and Eat Well) pour prévenir l’obésité dans les écoles.

En 2005-2008 a été lancée la première initiative, le programme « Eat Well, Be Active-Healthy Kids for Life Action » pour favoriser l’alimentation saine et l’activité physique chez tous les enfants de l’Etat.

D’autres ont suivi pour lutter contre l’alimentation déséquilibrée et le manque d’activité physique. Le « Active-Ate Program » a visé à augmenter la disponibilité des aliments sains dans les cantines scolaires et a formé les professeurs afin d’atteindre cet objectif.

Le « Eat-Well Queensland » (2002-2012) a eu pour objectif de faciliter la perte de poids, de favoriser l’alimentation saine et l’activité physique chez les Indigènes, les populations défavorisées et les enfants scolarisés, au moyen de messages diffusés dans les media sociaux et de programmes de promotion.

Le programme « PANOSH (Physical Activity and Nutrition Out of School) » a insisté sur la disponibilité d’aliments sains en dehors des heures de classe et a incité les enfants à être plus actifs après l’école, durant leurs loisirs.

De nombreux autres programmes ont été mis en place dans le cadre de ces politiques (Smart Choices, Smart Moves ...).

La politique la plus efficace pour lutter contre l’obésité dans les écoles

Après avoir évalué ces diverses initiatives, la conclusion est que la politique la plus efficace pour lutter contre l’obésité dans les écoles est probablement de limiter l’accès aux aliments malsains pour les remplacer par des choix plus sains et d’augmenter les niveaux d’activité physique. Il est important que ces politiques impliquent également tous ceux qui sont concernés dans l’environnement de l’enfant : parents, professeurs, coordinateurs, directeurs d’école... Leur mise en œuvre est facilitée par la mise à disposition d’informations, la formation des responsables de cantines, le développement des compétences de chacun.

Enfin, les parents ont un rôle essentiel à jouer en tant que modèle au cours des activités extra scolaires et pour les choix alimentaires de leurs enfants. C’est une évidence- peut-être - mais il est utile de la souligner !

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
N. Alsharairi. Current Government Actions and Potential Policy Options for Reducing Obesity in Queenland schools. Children (Basel). 2018 Jan 29;5(2). pii: E18. doi: 10.3390/children5020018.
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