N° 116 | janvier 2012

Quand l’école influence la consommation des fruits et légumes chez les enfants

Depuis 2004, dans les écoles primaires anglaises, on offre gratuitement un morceau de fruit chaque jour de classe durant les trois premières années. Si cette intervention a un impact sur la consommation des fruits et légumes (F&L) chez les enfants, ce bénéfice ne perdure pas quand on cesse d’offrir les fruits gratuitement.

Pour maintenir, et augmenter, la consommation de fruits et légumes des enfants au delà de cette intervention, il est important de mettre en place des initiatives de promotion des fruits et légumes après l’âge de 8 ans, lorsqu’on cesse d’offrir des fruits.

Des opportunités pour apprendre davantage de choses sur les fruits et légumes

De nombreuses écoles primaires anglaises ont adopté cette idée. Elles ont trouvé le moyen d'enseigner plus de choses sur les fruits et légumes par des leçons intégrées dans le cursus scolaire normal ainsi que durant les activités para scolaires.

• Les programmes scolaires permettent aux enfants d’acquérir des connaissances sur les fruits et légumes en Sciences, Technologie et Travaux Pratiques, Education Personnelle, Sociale, Sanitaire et Civique. Les cours de Géographie, d’Anglais et d’Art, offrent également des opportunités pour apprendre certaines choses sur les fruits et légumes.
• Au cours d’activités para scolaires, comme du jardinage et de la cuisine, les enfants peuvent également acquérir certaines connaissances sur les fruits et légumes. Par exemple, la Société Royale d’Horticulture du Royaume Uni, est à la tête d’une campagne nationale « On le fait pousser, on le cuit, on le mange » (Grow It, Cook It, Eat It). Cette campagne encourage les écoles à mettre en place des activités de jardinage qui font participer les enfants à la préparation et à la consommation de ce qu’ils ont fait pousser.

Comment aider les jeunes enfants à surmonter la néophobie alimentaire ?

Des recherches ont montré que ces activités pratiques- le jardinage, la cuisine - augmentent l’affinité pour les fruits et légumes. Pratiquées avec des pairs et des professeurs à l’école, ces activités peuvent aider les jeunes enfants à surmonter leur néophobie alimentaire naturelle. Cela peut se faire en donnant des exemples d'habitudes alimentaires saines, à travers des expositions répétées aux aliments, un environnement favorable à leur consommation et la pratique d’activités concrètes aidant les enfants à se familiariser avec ces aliments.

De nouvelles recommandations nutritionnelles visant à améliorer la qualité nutritionnelle des aliments servis en restauration scolaire ont été émises à l’intention des écoles. On a prévu d’augmenter la quantité de fruits et légumes servis aux repas et de restreindre celles des aliments à faible valeur nutritionnelle, comme les chips, les bonbons et les boissons sucrées.

Un excellent travail de soutien

Si ces règles sont obligatoires, les enfants ont la possibilité d’apporter un repas qui n’est pas conforme aux recommandations. Une intervention récente, visant à améliorer la valeur nutritionnelle du contenu des repas apportés par les enfants, a montré que seulement 19% d’entre eux respectaient les recommandations nutritionnelles pour les légumes et 54% pour les fruits. La composition et la valeur nutritionnelle des aliments consommés en dehors de l’école sont sous la responsabilité des parents. Il semble que lorsque les enfants consomment plus de fruits à l’école, ils en mangent moins à la maison.

De nombreuses écoles font un excellent travail de soutien. Elles aident les enfants à avoir une alimentation plus saine à l’aide de projets, de programmes et de bonnes pratiques alimentaires intégrés dans le cursus scolaire. Mais cela a-t-il vraiment un impact sur l’alimentation des enfants ?

Afin de répondre à cette question, nous avons recruté un échantillon aléatoire d’enfants inscrits dans 129 écoles primaires anglaises. Une enquête nutritionnelle a été menée auprès d’un échantillon de 2 530 enfants, âgés de 6-7 ans, utilisant l’outil d’évaluation alimentaire des enfants CADET (Child And Diet Evaluation Tool) afin d’estimer leur consommation moyenne d’aliments et de nutriments. On a demandé aux écoles de répondre à un questionnaire pour recueillir davantage de données.

Cinq types d’initiatives susceptibles de modifier la consommation de fruits et légumes des enfants ont été évaluées:

• Jardinage • Cuisine • Traiteurs • Nombre de leçons • Implication des parents

L’effet bénéfique du jardinage sur la consommation des légumes

Les résultats montrent que les enfants inscrits dans une école ayant un club de jardinage et un score global élevé dans les cinq catégories consomment significativement plus de légumes que ceux qui fréquentent des écoles sans club de jardinage. De plus, lorsque les parents s’impliquent activement dans les activités scolaires pour promouvoir les fruits et légumes, les enfants en consomment plus. Cet effet n’a pas été noté pour la consommation de fruits.

Ces résultats sont-ils différents dans les écoles plus défavorisées ? Non : nos résultats montrent que les efforts pour promouvoir les fruits et légumes auprès des enfants ont le même impact, quel que soit l’environnement socio-économique ou l’origine des écoliers.

A notre connaissance, c’est la première fois que l’on a étudié l’association entre les initiatives scolaires pour promouvoir les fruits et légumes auprès des écoliers et leurs habitudes alimentaires. Nos résultats sont encourageants pour les écoles où les parents sont impliqués et où il existe des activités para scolaires, comme le jardinage, pour promouvoir les fruits et légumes. D’autres recherches sont évidemment nécessaires pour confirmer nos résultats.

Joan Ransley
Université de Leeds, RU
Ransley JK, Taylor EF, Radwan Y, Kitchen MS, Greenwood DC and Cade JE. Does nutrition education in primary schools make a difference to children’s fruit and vegetable consumption? Public Health Nutrition 2010:13(11), 1898–1904
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