N° 208 | juillet 2020

Résultats à long terme du suivi du régime méditerranéen après Sleeve Gastrectomie

Le régime méditerranéen est associé à une espérance de vie accrue en raison de la réduction du risque de développer diverses maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers. La pyramide alimentaire méditerranéenne moderne a été définie en 2009 et est actuellement bien connue. Cependant, des chercheurs italiens ont proposé une amélioration de cette pyramide (Diète Méditerranéenne Italienne DMI) avec quelques changements. À la base de la pyramide, on trouve des céréales riches en fibres, telles que le pain de blé complet au levain, les pâtes complètes, le riz brun et les céréales complètes. Au sommet, sont placés des aliments céréaliers pauvres en fibres, comme le pain blanc, le riz blanc, le couscous blanc, des pâtes blanches et les pommes de terre.

La place croissante de la chirurgie de l'obésité (chirurgie bariatrique)

Actuellement, la chirurgie bariatrique est considérée comme le traitement le plus efficace de l'obésité morbide et des comorbidités qui y sont liées. La Sleeve Gastrectomie (SG) est la technique la plus répandue  dans le monde car elle laisse la continuité du tube digestif intacte. Après la SG, la satiété et la capacité gastrique sont réduites d'environ 15 % avec une conséquence sur l'apport alimentaire. Cependant, si elle influence le volume de nourriture consommé, elle n'améliore pas nécessairement la qualité des aliments. En outre, au décours d'une SG, les patients doivent respecter des recommandations en matière d'activité physique et de compléments vitaminiques pour prévenir les complications à long terme.

Cependant, le suivi dans le temps reste limité et aucune étude n'a été menée jusqu'à présent pour évaluer le respect des recommandations de la DMI à long terme après une SG.

Une étude prospective de cohorte sur 4 ans

Les chercheurs ont évalué sur 4 ans de manière prospective, les habitudes alimentaires, le poids, le statut en micronutriments, l'évolution des comorbidités, l'utilisation de compléments alimentaires et la fréquence de l'activité physique chez 74 patients ayant eu une SG en 2014. Le succès de la chirurgie a été défini comme une perte d'excès de poids de plus de 50 % alors que la reprise de poids a été définie comme une reprise d'au moins 15 % du poids perdu initialement après la SG.  Un poids stable a été défini comme un gain de < 15 % du poids maximal initialement perdu.

Tous les participants ont consulté individuellement un nutritionniste et ont reçu une formation spécifique pour noter de manière aussi précise que possible tous les aliments et boissons consommés : quantité/taille des portions, marque des aliments, recettes, mode de préparation ou cuisson.

Des recommandations modérément suivies

Les pourcentages des participants ayant suivi les recommandations de la DMI portant sur les fruits, légumes, glucides complexes, lait/produits laitiers, huile d'olive, volaille, poisson/ crustacés, œufs, légumineuses, viande rouge/transformée et charcuterie sont présentés dans le tableau 1.

Tableau 1: % des participants ayant suivi les recommandations de la DMI portant sur certains groupes d'aliments
Groupe d’aliment % des participants ayant respecté les recommandations de la DMI
Viande rouge et transformée 87,8
Huile d'olive 85,1
Poisson/crustacés 75,7
Œufs 67,6
Charcuterie 55,4
lait/ produits laitiers 54,1
Volaille 44,5
Glucides  complexes 40,5
Fruits 40,5
Légumineuses 35,1
Légumes 35,1

 

37,8 % des participants ont repris du poids alors que 54 % rapportaient pratiquer une activité physique.

Des carences en vitamines B12, D, folates, en fer et une anémie ont été constatées respectivement chez  6,8 %, 8,1 %, 24,3 %, 33,8 % et 59,5 % des participants. Seuls 18,9 % prenaient des compléments alimentaires.

L'amélioration ou la rémission du diabète de type 2, de l'hypertension ou des apnées du sommeil était respectivement de 73,3 %, 64,7 % et 100 %.

Une consommation insuffisante de F&L

Les patients qui subissent une SG ont souvent une faible consommation de F&L. Ces derniers offrent un large éventail de micronutriments qui jouent un rôle essentiel dans de nombreux processus physiologiques (faim, métabolisme de base, digestion et absorption des nutriments, métabolisme des acides gras et des glucides, fonctions hormonales, activités du système central nerveux....)

Il est connu que les SG ont tendance à causer moins de carences en micronutriments que les procédures malabsorptives, tels que le by-pass gastrique. Cependant, ces patients sont quand même exposés à un risque à long terme de carences en micronutriments.

Dans cette cohorte prospective, les chercheurs ont constaté une consommation insuffisante de F&L, de volaille et de glucides complexes selon les recommandations de la DMI. La fréquence de l'activité physique et l'utilisation de compléments alimentaires était également insuffisante. Ceci peut contribuer à la reprise de poids et aux carences en micronutriments à long terme.

Pour maintenir les avantages de la chirurgie et atteindre un état nutritionnel optimal, des changements dans les habitudes alimentaires (consommation plus importante de F&L notamment), des modifications du mode de vie en termes d'activité physique, une supplémentation en vitamines et minéraux tout comme l'évaluation nutritionnelle à long terme et le suivi sont obligatoires.

Thierry Gibault
Endocrinologue, Nutritionniste - Paris, France
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