N° 141 | avril 2014

Une augmentation de la consommation des fruits et légumes réduit le risque d’exacerbation de l’asthme

L’asthme: un fardeau important dans le monde

Environ 300 millions de personnes souffrent d’asthme dans le monde 1. Cette maladie comprend des exacerbations aigues associant une aggravation des symptômes et une réduction de la fonction respiratoire, associées à une inflammation accrue des voies respiratoires. La prévention des exacerbations représente un objectif clé du traitement. Elles font courir les plus grands risques aux patients, sont source d’anxiété pour les patients et leurs familles, sont stressantes pour les professionnels de santé et engendrent les coûts médicaux les plus élevés 2. Les glucocorticoïdes inhalés sont le plus souvent utilisés pour contrôler l’asthme et réduire les risques d’exacerbation. Cependant, en considérant leurs coûts, leurs effets secondaires et leur non-observance, d’autres interventions préventives nonpharmacologiques sont nécessaires.

La consommation de fruits et légumes est liée à la santé pulmonaire

Les fruits et légumes sont des éléments clés d’une alimentation saine. Ils sont pauvres en énergie et riches en nutriments comme les vitamines et les minéraux, les fibres et les phytonutriments (polyphénols, caroténoïdes, indoles, isothiocyanates et composés organosulfurés). Des études épidémiologiques ont montré que la consommation de fruits et légumes était liée à une amélioration des signes cliniques de l’asthme. La consommation de fruits est inversement corrélée à une respiration sifflante 3, au début des maladies respiratoires chroniques 4 et directement liée à la fonction respiratoire 5,6. Les produits à base de tomates sont inversement liés à l’apparition de l’asthme 7 et les végétaux inversement liés à une respiration sifflante 8,9 et à l’apparition de l’asthme 10. A partir de ces observations épidémiologiques, nous avons mené deux études interventions sur l’asthme fondées sur la modification de la consommation de fruits et légumes.

Les résultats de deux études d’intervention

Dans une première étude, on a demandé à 22 sujets de réduire leur consommation de fruits et légumes pendant 10 jours. Ils ne devaient consommer que 2 portions de légumes et une portion de fruits chaque jour. On leur a demandé d’éviter divers antioxydants comme le thé, les noix et le vin rouge. A la fin des 10 jours, l’inflammation des voies respiratoires s’était aggravée et les signes cliniques, comme la fonction pulmonaire et le contrôle de l’asthme, s’étaient détériorés 11.

Au cours d’une deuxième étude de 14 semaines, nous avons comparé les effets d’une consommation élevée de fruits et légumes à celle d’une consommation faible chez les asthmatiques. Nous avons réparti de manière aléatoire 139 asthmatiques dans deux groupes : l’un à consommation élevée de fruits et légumes (plus de 5 portions de légumes et 2 portions de fruits par jour), l’autre à consommation réduite de fruits et légumes (moins de 2 portions de légumes et une portion de fruits par jour). L’observance de ce genre d’alimentation a modifi é les apports en nutriments. Les membres du groupe à faible consommation de fruits et légumes avaient une consommation réduite de fibres, de vitamine C et des caroténoïdes.

Les membres du groupe à faible consommation de fruits et légumes avaient 2,26 fois plus de probabilité d’avoir une exacerbation de l’asthme que ceux du groupe à forte consommation de fruits et légumes. A la fi n de l’essai, ils montraient une augmentation de l’inflammation systémique et des voies aériennes.

La consommation des fruits et légumes a un impact sur les symptômes de l’asthme

Nos études montrent que la modification de la consommation des fruits et légumes a un impact sur les symptômes d’asthme, la fonction respiratoire et les risques d’exacerbation. Les résultats des groupes d’alimentation ‘riche’ et ‘pauvre’ en fruits et légumes peuvent très bien s’appliquer à différentes populations occidentales. La forte consommation de fruits et légumes était équivalente aux recommandations nutritionnelles australiennes 12 et américaines 13. De même, l’alimentation pauvre en fruits et légumes représentait la consommation médiane quotidienne des adultes australiens 14. Ainsi, ces études montrent que l’alimentation de type occidental contribue à l’exacerbation de l’asthme.

Une consommation élevée de fruits et légumes pourrait donc être utile dans la prise en charge de l’asthme.

Lisa G. Wood
Professeur Associé, Ecole des Sciences Biomédicales et de Pharmacie et Centre pour l’Asthme et les Maladies Respiratoires, Université de Newcastle, AUSTRALIE
  1. Masoli M, Fabian D, Holt S, Beasley R. Global Initiative for Asthma (GINA) Program: The global burden of asthma: executive summary of the GINA Dissemination Committee report. Allergy 2004;59:469-78.
  2. Reddel HK, Taylor DR, Bateman ED, Boulet LP, Boushey HA, Busse WW, et al. An official American Thoracic Society/ European Respiratory Society statement: asthma control and exacerbations: standardizing endpoints for clinical asthma trials and clinical practice. Am J Respir Crit Care Med. 2009 Jul 1;180(1):59-99.
  3. Butland BK, Strachan DP, Anderson HR. Fresh fruit intake and asthma symptoms in young British adults: confounding or effect modifi cation by smoking? Eur Resp J. 1999;13:744-50.
  4. Miedema I, Feskens EJM, Heederik D, Kromhout D. Dietary determinants of long-term incidence of chronic non-specifi c lung diseases: the Zutphen study. Am J Epidemiol. 1993;138:37-45.
  5. Cook DG, Carey IM, Whincup PH. Effect of fresh fruit consumption on lung function and wheeze in children. Thorax. 1997;52:628-33.
  6. Carey I, Strachan D, Cook D. Effects of changes in fresh fruit consumption on ventilatory function in healthy British adults. Am J Respir Crit Care Med. 1998;158:728-33.
  7. Troisi RJ, Willett WC, Weiss ST, Trichopoulis D, Rosner B, Speizer FE. A prospective study of diet and adult-onset asthma. Am J Respir Crit Care Med. 1995;151:1401-8.
  8. Ellwood P, Asher MI, Bjorksten B, Burr M, Pearce N, Robertson CF, et al. Diet and asthma, allergic rhinoconjunctivitis and atopic eczema symptom prevalence: an ecological analysis of the International Study of Asthma and Allergies in Childhood (ISAAC) data. Eur Respir J. 2001;17:436-43.
  9. Hijazi N, Abalkhail B, Seaton A. Diet and childhood asthma in a society in transition: a study in urban and rural Saudi Arabia. Thorax. 2000;55:775-9.
  10. La Vecchia C, Decarli A, Pagano R. Vegetable consumption and risk of chronic disease. Epidemiology. 1998;9:208-10.
  11. Wood LG, Garg ML, Powell H, Gibson PG. Lycopene-rich treatments modify noneosinophilic airway infl ammation in asthma: proof of concept. Free Radical Research. 2008;42:94-102.
  12. Australian Government Department for Health and Aging. National Health and Medical Research Council. Australian dietary guidelines.2013.
  13. US Department of Health and Human Services. US Department of Agriculture. Dietary guidelines for Americans 2005. wwwhealthierusgov/dietaryguidelines (accessed January 2011).
  14. Australian Bureau of Statistics. Australian Health Survey: Updated Results2011-12.
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