N° 154 | juin 2015

Les tendances de la consommation alimentaire

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Édito

L’étude sur le fardeau global des maladies (The Global Burden of Disease) montre que les facteurs nutritionnels, parmi lesquels une faible consommation de fruits et légumes, font partie des cinq plus importants facteurs de risque de mauvaise santé. D’où l’importance de mesurer la consommation alimentaire dans différents pays et d’en suivre l’évolution au fil du temps, afin de bien comprendre les liens entre alimentation et santé. Malgré les difficultés méthodologiques rencontrées dans l’évaluation correcte de la consommation, les trois articles de ce numéro illustrent l’importance des recherches en nutrition afin de mieux orienter les politiques et les pratiques en matière d’alimentation.

Le Royaume Uni a une grande expérience du suivi de l’alimentation, avec des enquêtes nationales qui durent plusieurs décennies. De plus, il existe des cohortes prospectives qui incluent des données nutritionnelles. L’article de Pot et col. montre des modifications de l’alimentation dans la cohorte de naissance 1946 qui correspondent globalement aux tendances au sein de la population générale. En examinant la vie de cette cohorte, il est facile de replacer ces changements dans un contexte social plus large. Cet article montre que des évolutions au niveau du marché (par exemple, la disponibilité du lait écrémé), des recommandations officielles (par exemple, augmenter la consommation des produits végétaux et diminuer celle des produits animaux) ou même des modifications des normes sociales (par exemple, l’augmentation de la consommation du vin chez les femmes) ont affecté les habitudes alimentaires à long terme.

Les données globales présentées par Imamura et coll. soulignent l’importance des changements au niveau des aliments et des nutriments qui ont eu un impact sur l’obésité et les maladies non-transmissibles au cours des deux dernières décennies. Les pays à revenus moyens et élevés ont connu des améliorations des facteurs liés à une alimentation saine (comme les fruits, les légumes, le poisson, les fibres alimentaires, les graisses insaturées, etc.) tandis que la consommation de ces aliments et nutriments sains n’a pas augmenté dans les régions les plus pauvres. En parallèle, la consommation d’autres aliments et boissons, comme la viande et les boissons sucrées, a augmenté dans la grande majorité des régions du globe, contribuant à une consommation croissante de sucres et de graisses saturées.

Dans le cas de l’obésité, la densité énergétique alimentaire est un facteur de risque bien connu. Il existe une corrélation positive entre l’obésité et la consommation de graisses ainsi que de sucres et négative avec les fruits et légumes. Dans une population irlandaise, O’Connor et coll. montrent qu’une alimentation à forte densité énergétique est associée à une consommation d’aliments plutôt malsains (comme les snacks, la confiserie, les boissons sucrées ou alcoolisées…). Paradoxalement, il est intéressant de noter que la densité énergétique globale est restée stable entre 2001 et 2010, malgré une augmentation marquée de la prévalence de l’obésité. Il est clair que d’autres travaux sont nécessaires pour élaborer une méthode de mesure qui intègrerait les propriétés saines de l’ensemble du régime alimentaire et qui pourrait montrer des liens clairs avec l’obésité ainsi que d’autres paramètres de santé.

Cette perspective globale sur les tendances alimentaires offre une lueur d’espoir au lendemain d’améliorations récentes, au moins pour certains sous-groupes en Europe et ailleurs dans le monde. Ces changements sont néanmoins lents. Il est urgent d’identifier les types d’interventions qui pourraient aider les pays à faibles et moyens revenus à accroitre les opportunités de transition alimentaire, tout en évitant les dommages provoqués par une consommation excessive de graisses saturées et de sucre.

Carmen Piernas
Département Nuffield des Soins de Santé Primaires (Primary Care Health Sciences), Université d’Oxford, Royaume Uni
Susan Jebb
Département Nuffield des Soins de Santé Primaires (Primary Care Health Sciences), Université d’Oxford, Royaume Uni
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