N° 199 | juillet 2019

Quand les jeunes médecins français s’engagent pour une alimentation saine

Édito

En France, le patient qui consulte un médecin généraliste (MG) vient avec 2 à 3 motifs de consultation. La durée moyenne d’une consultation est de 15 minutes, dans un contexte de paiement à l’acte. Si le MG est l’interlocuteur naturel du patient en matière de conseil nutritionnel, il dispose de peu de temps pour le faire. Il nous a paru intéressant de rechercher comment il s’acquittait de cette mission. Le symposium Pré-EGEA qui s’est tenu à Lyon en 2018 a été l’occasion de lancer un appel à travaux de thèse auprès des jeunes médecins en fin de spécialisation en médecine générale. Cet appel a été entendu et les résultats de cinq thèses ont été présentés au Pré-EGEA. Trois d’entre elles font l’objet d’articles dans cette revue.

Le premier travail s’est intéressé aux internes de médecine générale. Il est encourageant de constater que ces étudiants (avec un taux de réponse majoritairement féminin), sont sensibilisés à la qualité de leur alimentation. Ils essayent de suivre les recommandations du Plan National Nutrition Santé (PNNS), malgré les contraintes de leur profession ; les freins sont les problèmes de conservation et le temps de préparation. Ils souhaitent une amélioration de leur formation en nutrition sous la forme d’ateliers culinaires pratiques plus que de cours théoriques.

Le second travail s’est intéressé aux médecins. Il montre que l’histoire personnelle du médecin, ses habitudes alimentaires, souvent familiales, ainsi que son aspect physique, influencent la façon de donner des conseils. Ce médecin se sent plus ou moins légitime pour le faire. Les MG se disent peu formés à la nutrition. Les conseils nutritionnels généraux sont jugés inefficaces et l’approche motivationnelle est préférée.

Le troisième travail est une étude originale qui a permis d’observer en simple aveugle la pratique des médecins généralistes. Un quart des consultations observées donne lieu à des conseils nutritionnels. La durée de ces conseils est brève ; ils sont plus fréquents chez les hommes et dans un contexte de prévention secondaire. Le contenu des conseils est basé sur les recommandations du PNNS, mais ils sont majoritairement de nature restrictive. La brièveté du message est compensée par le suivi à intervalle régulier des patients porteurs de maladies chroniques, permettant de renouveler et de diversifier les conseils au fil des consultations.

Ces travaux nous donnent des pistes de réflexion et d’amélioration de la prise en charge de nos patients pour les aider à améliorer leur alimentation. L’éducation nutritionnelle demande du savoir-faire et du temps, critère qui manque le plus aux médecins généralistes. Le savoir-faire fait appel à la qualité de la relation patient-médecin. De nouvelles formes d’exercice apparaissent en France, avec le soutien des pouvoirs publics : maisons de santé pluri-professionnelles, création des assistants médicaux, multiplication des infirmières « asalée » en charge de l’éducation thérapeutique. Ces évolutions doivent permettre au médecin généraliste d’améliorer sa prise en charge en matière de prévention, et plus spécifiquement d’éducation nutritionnelle.

Jean-Pierre Dubois
Professeur émérite des Universités, Collège Universitaire de Médecine Générale, Université Claude-Bernard Lyon 1, FRANCE
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