N° 200 | septembre 2019

Rôle des médecins dans la prévention : importance des conseils nutritionnels

Édito

Comme l’affirmait Hippocrate: « Que ton aliment soit ta seule médecine. »

Aujourd’hui, le lien entre nutrition, activité physique et santé est largement établi. L’amélioration du mode de vie permet de réduire les risques cardiovasculaires. La plupart des études épidémiologiques portant sur l’analyse des facteurs nutritionnels impliqués dans la prévention des maladies non transmissibles ont mis en évidence l’importance des fruits et légumes (F&L) pour prévenir et traiter le diabète de type 2 et l’obésité. L’Organisation mondiale de la Santé  a également souligné la nécessité d’intégrer la « prescription » d’un régime équilibré et d’une activité physique aux consultations médicales.

Ce nouveau numéro confirme l’importance des médecins généralistes pour encourager leurs patients à changer leur mode de vie.

Dans les deux premiers articles, deux jeunes médecins généralistes partagent les résultats de leurs thèses, présentées au cours du Symposium Pré-EGEA 2018 (cf. GFVN n° 45) :

  • Estelle Tang présente les difficultés potentielles de l’amélioration du mode de vie de patients souffrant d’une maladie cardiovasculaire, même si de nombreuses études ont clairement établi l’efficacité d’un programme de nutrition personnalisé en termes de prévention secondaire ou tertiaire. Un programme de suivi multidisciplinaire proposant un soutien permanent aux patients a entraîné une augmentation radicale de la consommation de F&L chez les ¾ d’entre eux. L’auteure a également mis en avant l’importance des entretiens motivationnels afin d’aider les patients à changer leurs habitudes.
  • Dariny Rughoo aborde la nouvelle tendance des régimes végétarien/vegan. Les patients concernés étaient fortement demandeurs d’informations et de conseils nutritionnels auprès de leur médecin généraliste. Ce dernier ne semblait toutefois pas à l’aise face à leurs attentes, probablement en raison du manque de formation sur ce sujet particulièrement controversé. Il est donc important d’envisager d’intégrer au cursus de médecine une meilleure formation à la nutrition clinique, ou de mettre en place des programmes de formation continue dans ce domaine.

Autre sujet délicat : la stigmatisation, par les médecins des patients souffrant d’obésité. Ce phénomène est principalement dû à la croyance que chaque individu est maître de son poids, et que l’obésité n’est que la conséquence d’une alimentation de mauvaise qualité nutritionnelle et d’un manque d’activité physique. Cependant, de nombreuses études ont démontré que l’obésité est une véritable maladie. Une telle stigmatisation peut entraîner chez ces patients une perte de confiance en eux, une détérioration de leur image corporelle, une augmentation des troubles alimentaires, un rejet de toute activité physique, une dépression, ainsi qu’un refus de consulter un médecin alors qu’ils ont justement besoin de l’aide de ce dernier.

Sophie Bucher Della Torre présente une étude récente menée au sein de l’Hôpital universitaire de Genève. L’étude vise à évaluer les connaissances, attitudes et croyances du personnel médical/paramédical impliqué dans la prise en charge de l’obésité. Le niveau de stigmatisation au sein de cet hôpital était inférieur à celui observé lors d’études précédentes. Les professionnels de santé se sont toutefois plaints d’un manque de formation à la prise en charge de l’obésité. Pourtant, 80 % d’entre eux connaissaient les recommandations nutritionnelles en termes de consommation de F&L.

En conclusion, les patients demandent et ont besoin d’un soutien objectif, d’informations et de conseils pratiques de la part de leur médecin généraliste, concernant leur mode de vie et leur alimentation. C’est la raison pour laquelle leur formation en nutrition clinique devrait être améliorée. Des connaissances approfondies et la pratique des entretiens motivationnels aideront les patients à changer leur mode de vie.

Dominique Durrer Schutz
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