N° 207 | juin 2020

Bonnes habitudes alimentaires : un levier pour réduire la charge des maladies cardiovasculaires

Selon l’étude Global Burden of Diseases (GBD) 2016, les maladies cardiovasculaires (MCV) sont la première cause de décès dans le monde1. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’un régime alimentaire sous optimal est un facteur majeur de risque de maladies cardiovasculaires, en plus des facteurs liés au mode de vie comme l’inactivité physique, le tabagisme et l’alcool2. En 2016, les risques d’origine alimentaire étaient responsables de plus de 9,1 millions de décès prématurés par MCV dans le monde, soit 52 % de tous les décès liés aux MCV3. Des habitudes alimentaires saines pourraient donc être un levier efficace pour réduire le fardeau des MCV. Cette étude vise à mettre en évidence le lien entre les facteurs de risque nutritionnels et les MCV dans 51 pays de la région européenne de l’OMS entre 1990 et 2016.

Douze facteurs de risque alimentaires pertinents dans le développement des MCV

Sur les 15 facteurs de risque alimentaires relevés par le cadre d’évaluation comparative des risques de la GBD, 12 étaient pertinents dans le développement des MCV :

Facteurs de risque alimentaire Niveau théorique minimum d’exposition au risque (TMREL)
Un régime alimentaire pauvre en : Fibres de toutes origines, y compris les fruits, les légumes, les céréales et les légumineuses

Fruits

Légumes

Légumineuses

Fruits à coque et graines

Acides gras polyinsaturés (AGPI)

Acides gras oméga-3 des fruits de mer (EPA, DHA)

Céréales complètes

19 à 28 g/jour

200 à 300 g/jour

290 à 430 g/jour

50 à 70 g/jour

16 à 25 g/jour

9 à 13 % de l’apport énergétique quotidien total

200 à 300 mg/jour

100 à 150 g/jour

Un régime alimentaire riche en : Viande transformée

Sel

Boissons sucrées

Acides gras trans

0 à 4 g/jour

1 à 5 g/jour

0 à 5 g/jour

0 à 1 % de l’apport énergétique quotidien total

2,1 millions de décès attribuables à des MCV liées à l’alimentation en 2016

En 2016, les risques liés à l’alimentation étaient associés à 2,1 millions de décès dus à des MCV dans la région européenne de l’OMS, soit 22,4 % du nombre total de décès. Les facteurs de risque alimentaires présentant la fraction attribuable la plus élevée correspondent à un régime alimentaire pauvre en céréales complètes, en fruits à coque et en graines, en fruits et en AGPI oméga-3 des fruits de mer, et à un régime alimentaire riche en sodium (Figure 1).

De 1990 à 2016, la part de décès dus aux MCV liées à l’alimentation par rapport à la mortalité totale dans les 51 pays inclus dans l’étude était comprise entre 38,2 % en Ukraine et 9,8 % en Israël. Entre 2010 et 2016, le nombre absolu de décès prématurés dus aux MCV liées à l’alimentation a augmenté de 25 600 (+4,5 %) en Europe occidentale et de 4 300 (+1,9 %) en Asie centrale. En outre, dans 32 pays, la mortalité absolue due aux MCV liées à l’alimentation a augmenté de 20 000 décès chez les adultes de moins de 70 ans entre 2010 et 2016, soit un total de 601 000 décès dans cette tranche d’âge (28,6 % de tous les décès dus à des MCV liées à l’alimentation). En revanche, les taux de mortalité standardisés selon l’âge ont diminué dans toutes les sous-régions de l’étude.

En conclusion, l’adoption d'une alimentation saine tenant compte des 12 facteurs de risque nutritionnels précédemment cités pourrait prévenir environ 1 décès prématuré sur 5. Par rapport à d’autres facteurs de risque comportementaux modifiables, tels que l’inactivité physique, la consommation de drogues et d’alcool, le tabagisme, etc., l’amélioration du régime alimentaire est le moyen le plus efficace de prévenir les décès prématurés dus aux MCV dans la région européenne de l’OMS.

Toni Meier
Institute for Agriculture and Nutritional Sciences, Martin Luther University Halle-Wittenberg, Competence Cluster for Nutrition and Cardiovascular Health (nutriCARD), Jena-Halle-Leipzig, ALLEMAGNE
  1. GBD 2016 Mortality and Causes of Death Collaborators. Global, regional, and national age-sex specific mortality for 264 causes of death 1980–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. The Lancet. 2016;390(10100):1151–210.
  2. World Health Organization. Diet, nutrition, and the prevention of chronic diseases: report of a joint WHO/FAO expert consultation, vol. 916. Geneva: World Health Organization; 2003.
  3. GBD 2016 Risk Factors Collaborators. Global, regional, and national comparative risk assessment of 84 behavioural, environmental and occupational, and metabolic risks or clusters of risks, 1990–2016. The Lancet. 2016;390:1345–422.
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