N° 188 | juillet 2018

L’exposition visuelle: une stratégie utile pour faciliter la consommation de légumes rejetés par les enfants

On définit la néophobie alimentaire comme le refus de manger des aliments nouveaux ¹ et la sélectivité alimentaire comme le refus de manger certains aliments et certaines textures ². Ces phénomènes sont en grande partie responsables de la faible consommation de fruits et légumes chez les enfants 3,4 qui peut avoir des conséquences préoccupantes sur la santé. Des campagnes efficaces pour diminuer ces rejets alimentaires (néophobie et sélectivité) chez les enfants sont donc essentielles.

10 à 15 expositions gustatives sont nécessaires pour accepter un nouvel aliment chez les enfants !

De nombreux travaux soulignent l’efficacité de l’exposition gustative sur la néophobie et la sélectivité alimentaire 5. En effet, l’exposition répétée à un nouvel aliment (initialement rejeté) permettrait d’augmenter l’envie de consommer cet aliment. Les mécanismes responsables de cet effet positif d’exposition restent encore largement méconnus. De plus, en pratique, ces stratégies peuvent avoir une efficacité limitée pour diminuer la néophobie et la sélectivité alimentaire. Plusieurs études ont révélé que 10 à 15 expositions gustatives à un nouvel aliment pouvaient être nécessaires pour son acceptation chez les enfants d’âge préscolaire , ce qui représente un nombre supérieur à celui que la plupart des parents sont prêts à fournir.

Effets de l’exposition visuelle sur la consommation de légumes chez 70 enfants de maternelle

A la lumière des résultats de précédentes études montrant une relation entre le développement des capacités de catégorisation et les rejets alimentaires 6,7, nous avons émis l’hypothèse que les campagnes d’exposition peuvent s’avérer efficaces lorsqu’elles permettent d’améliorer les capacités de catégorisation et de raisonnement inductif des enfants (notamment des enfants très néophobes). En effet, si l’exposition, en enrichissant le contenu des catégories alimentaires chez les enfants, facilite le processus de reconnaissance (p. ex. reconnaitre une courgette), de catégorisation (p.ex. savoir qu’une courgette est un légume) et d’induction (p.ex. savoir que si une courgette contient des vitamines, une autre courgette en contient également), elle pourrait réduire la probabilité qu’un aliment soit rejeté.

Pour tester cette hypothèse, notre étude a développé une intervention fondée sur l’exposition et tenté d’expliquer les mécanismes à l’origine de ses effets. Nous avons travaillé uniquement sur l’exposition visuelle, ce qui est novateur. Ainsi nous analysons les rejets qui se font principalement à la simple vue des aliments et, par ailleurs l’exposition visuelle est plus simple à mettre en place dans un contexte scolaire ou familial.

Cette étude a été réalisée en 2 temps avec 70 enfants scolarisés dans 3 écoles maternelles du sud-est de Lyon. Avant l’intervention en cantine, un test mesurant les performances de catégorisation et un test de dégustation ont été proposés aux enfants. Par la suite ceux-ci ont été exposés visuellement à différents légumes à l’aide des sets de tables déposés tous les jours à la cantine pendant deux semaines. Au terme de l’intervention, leurs performances de catégorisation et leur envie de goûter des aliments inconnus ont été de nouveau mesurées.

Les résultats sont très prometteurs car ils montrent un effet bénéfique de l’exposition visuelle aux légumes sur l’envie de goûter ces aliments chez les enfants. En effet, suite à l’exposition visuelle, les enfants ont mangé plus de nouveaux légumes. En outre, les performances de catégorisation des enfants (p.e. savoir reconnaitre une courgette, savoir que c’est un légume) influencent positivement cette envie de goûter.

Des outils pédagogiques pour favoriser la consommation des légumes par les enfants

Ces résultats peuvent être utiles pour développer de nouveaux outils pédagogiques visant à promouvoir la consommation d’aliments rejetés, comme les légumes. Ces outils pourraient s’apparenter à des « serious game » (jeux à destination pédagogique) par exemple sous la forme de jeux de loto, qui favoriseraient une familiarisation visuelle avec différents légumes, sous diverses formes et couleurs. Ainsi l’exposition visuelle seule (sans exposition gustative) étant efficace pour augmenter la consommation des légumes chez les enfants, l’utiliser via des jeux dans un contexte ludique, semble adapté à cette population.

Camille Rioux
Institut Paul Bocuse, FRANCE
Jeremie Lafraire
Institut Paul Bocuse, FRANCE
Delphine Picard
Université Aix Marseille, FRANCE
Rioux, C., Picard, D., & Lafraire, L. (2016). Food rejection and the development of food categorization in young children. Cognitive Development, 40, 163-177.
  1. Pliner, P., & Hobden, K. (1992). Development of a scale to measure the trait of food neophobia. Appetite, 19(2), 105–120.
  2. Taylor, C. M., Wernimont, S. M., Northstone, K., & Emmett, P. M. (2015). Picky/fussy eating in children: review of definitions, assessment, prevalence and dietary intakes. Appetite, 95, 349–359.
  3. Dovey, T. M., Staples, P. A., Gibson, E. L., & Halford, J. C. G. (2008). Food neophobia and “picky/fussy eating in children: a review. Appetite, 50(2-3), 181–193.
  4. Lafraire, J., Rioux, C., Giboreau, A., & Picard, D. (2015). Food rejections in children: Cognitive and social/environmental factors involved in food neophobia and picky/fussy eating behavior. Appetite, 96, 347-357.
  5. Cooke, L. J. (2007). The importance of exposure for healthy eating in childhood: a review. Journal of Human Nutrition and Dietetics: The Official Journal of the British Dietetic Association, 20(4), 294– 301.
  6. Heath, P., Houston-Price, C., & Kennedy, O. B. (2011). Increasing food familiarity without the tears. A role for visual exposure? Appetite, 57(3), 832–838.
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